"Les filles sont le diable" : des anciennes élèves de Saint-Cyr dénoncent les "tradis", un groupe d'élèves misogynes qui mine les classes préparatoires

Dans son édition de demain, "Libération" publie une longue enquête sur le harcèlement au lycée militaire de Saint-Cyr, "une machine à broyer les femmes".

Les membres de l\'Ecole spéciale militaire défilent à Paris, le 14 juillet 2017. 
Les membres de l'Ecole spéciale militaire défilent à Paris, le 14 juillet 2017.  (JOEL SAGET / AFP)

Elles rêvaient d'intégrer l'armée, certaines ont dû renoncer, minées par la misogynie de ceux qui auraient dû être leurs camarades de classe. Dans son édition de vendredi 23 mars, Libération publie les témoignages d'anciennes étudiantes des classes préparatoires du lycée militaire de Saint-Cyr l'école, censées préparer au concours de l'Ecole spéciale militaire.

Elles font part des insultes, des humiliations et du harcèlement qu'elles subissent de la part des "tradis", un groupe d'élèves masculins, catholiques ultra-conservateurs, proches de l'extrême-droite, homophobes, misogynes et donc hostiles à la présence de femmes dans l'armée. C'est l'une d'elles, Mathilde, 20 ans, qui a sollicité le journal, après avoir adressé le 2 décembre 2017 une lettre à Emmanuel Macron. Depuis, "une quinzaine d’autres personnes" ont "spontanément" livré des témoignages accablants. 

 "Saper les ambitions des étudiantes" 

"Coups de pied dans les portes la nuit pour empêcher les filles de dormir, défécation devant leur chambre, refus de manger à la même table qu’elles à la cantine", mais aussi "menaces de 'scalp', pancartes 'à mort les grosses' affichées dans l’internat", et autres refus d'adresser la parole à leurs camarades féminines... Libération liste les comportements de ces étudiants et détaille leurs codes ("les 'grosses', ce sont les jeunes femmes. Parce qu’elles 'sont juste bonnes à être engrossées'," explique ainsi une ancienne élève, qui s'est elle aussi réorientée.) L'objectif de ce harcèlement : "saper les ambitions des étudiantes."

"Il faut savoir que chez les tradis, les filles des classes prépa sont le diable", confie un ancien "tradis", qui concède avoir été un "bourreau." "Elles sont les moins considérées parmi tous les groupes. Elles sont des pestiférées, les voleuses de concours qui devraient plutôt s’occuper du foyer, les ennemies à éliminer", explique-t-il. 

Si Libération affirme que "depuis la rentrée 2014, un 'référent mixité' est en poste dans chaque lycée militaire et une inspection générale a lieu chaque année pour faire le tour de l’ambiance qui y règne", les étudiantes interrogées dénoncent "l'impunité" dont bénéficient encore aujourd'hui les "tradis". Pourquoi cette inaction ? "En interne", explique Libération, "une majorité de témoins s’entendent pour dire que le véritable blocage se situe au niveau des plus hauts gradés."