Harcèlement scolaire : une spécialiste vous explique comment aider votre enfant s'il en est victime

Les situations de harcèlement scolaire isolent les enfants qui en sont victimes. Une spirale parfois difficile à briser. Catherine Verdier, psychothérapeute et vice-présidente de l'association Marion La Main tendue, livre quelques conseils à l'attention des parents.  

Un enfant sur deux, dès 7 ans, est victime d\'attaques et de moqueries selon l\'Unicef (photo d\'illustration).
Un enfant sur deux, dès 7 ans, est victime d'attaques et de moqueries selon l'Unicef (photo d'illustration). (SOPHIE DUPRESSOIR / HANS LUCAS / AFP)

Lutter, sensibiliser, prévenir. La journée nationale de lutte contre le harcèlement à l'école a lieu jeudi 8 novembre. A cette occasion, l'Unicef a publié les résultats de sa quatrième consultation nationale des 6-18 ans. On apprend qu'un enfant sur deux, dès 7 ans, et qu'un adolescent sur quatre, à 18 ans, sont victimes d'attaques et de moqueries. Pour tenter de répondre à ces situations, franceinfo a contacté Catherine Verdier, psychothérapeute et vice-présidente de l'association Marion La Main tendue. 

Franceinfo : Comment un enfant doit-il répondre à des brimades ?

Catherine Verdier : L'enfant peut d'abord essayer de résoudre directement le problème avec les camarades en cas de chicanerie ou de petite dispute. Si le problème perdure le lendemain ou le surlendemain, il doit en parler à un adulte. Encore faut-il que celui-ci soit apte ou comprenne ce qu'il se passe. Grands-parents, parents, enseignants... On n'est jamais tout seul, il y a toujours un adulte quelque part. J'ai vu des enfants se confier à des frères et sœurs qui peuvent parler à leur tour aux parents. Cette parole permet à l'enfant d'être écouté et de le déculpabiliser. Toutes les victimes de violences éprouvent en effet de la honte et de la culpabilité.

Existe-t-il des moyens d'aider les enfants à exprimer leur ressenti ?

Il m'arrive de demander aux enfants de dessiner ce qui se passe dans la cour de récré. Cela leur permet d'exprimer des émotions difficiles à mettre en mots. Une jeune ado a par exemple dessiné un groupe de filles dans un coin de la cour et un adulte qui grondait un petit garçon dans l'autre. Je lui ai répondu que cet adulte, inutile dans son dessin, pouvait lui venir en aide dans la réalité. Ces dessins permettent également d'évaluer la gravité du ressenti d'un enfant victime de harcèlement. La difficulté, c'est que les petits n'ont pas envie de parler de tout ça en rentrant à la maison.

Mais encore ?

Il ne faut pas négliger non plus les activités extra-scolaires. Très souvent, cela peut mal se passer à l'école pour une victime, alors que les choses pourraient bien se passer dans une autre. Dans l'immense majorité des cas, il n'y a pas de problème dans le cadre d'une activité extra-scolaire. Cela permet à l'enfant de comprendre que le harcèlement n'est pas de son fait.

En revanche, il est évidemment déconseillé de répondre par un coup de poing. Cela risque d'aggraver la situation. Le harcèlement, par ailleurs, est un phénomène de groupe et tous les témoins de violences sont également des victimes. Ces situations génèrent de l'inquiétude, de l'anxiété et de la culpabilité.

Que faire dans un cas de harcèlement en ligne ?

On distingue généralement cinq types de harcèlement : physique, verbal, social (ostracisme avec une mise à distance ou une rumeur), sexuel et cyber-harcèlement. Le retrait du téléphone portable ne permet pas de lutter contre cette dernière forme de harcèlement. Les violences se déroulent après la sortie de l'école, le jour et la nuit. Cacher sa caméra lors des conversations, ne pas donner ses mots de passe... Il faudrait éduquer les enfants aux dangers d'internet de la même manière qu'on les éduque aux dangers des prédateurs sexuels. Je conseille par ailleurs de conserver une trace de toutes ces violences avec des captures d'écran et des notes. Il faut absolument se constituer un dossier de preuves.

Comment les parents peuvent-ils découvrir que leurs enfants souffrent à l'école ?

Chez les petits, il faut être attentif à tout changement brusque d'attitude, à des notes en chute, des cahiers oubliés, un désinvestissement social dans les fêtes entre copains... Certains signes visibles, comme des égratignures, des bleus, des affaires scolaires saccagées, ne doivent pas être négligés. Ce harcèlement peut également se traduire par des maux de ventre ou de tête, des problèmes de sommeil ou d'endormissement, d'alimentation... Au collège, c'est plus délicat, car les parents peuvent confondre des attitudes avec une crise d'adolescence. A cet âge, ils cachent également très bien ces souffrances.

Comment discuter avec son enfant de ces choses-là ?

Il existe aujourd'hui beaucoup de livres et de BD qui évoquent ces questions. Je crois que ça devient un phénomène de société et plus seulement un problème d'école. C'est très compliqué pour les parents d'aborder cette question. Quand votre enfant parvient à se confier ou à s'exprimer par des paroles, des dessins ou des comportements, il faut adopter une posture d'écoute, bienveillante. Il ne faut pas brusquer les choses et surtout, ne pas montrer un quelconque affolement, car cela accroîtrait l'anxiété de l'enfant. Il faut enfin abandonner l'idée d'aller voir le ou les enfants harceleurs soi-même – cela empire les choses – mais il faut en revanche prendre rendez-vous avec l'établissement. Les enseignants doivent être informés de la situation.

Et si la situation perdure ?

Il existe un numéro vert "Non au harcèlement", le 3020. Autre option : faire appel au référent harcèlement de l'académie. Celui-ci est tenu de contacter les écoles et de faire des vérifications après un signalement. Si cela ne donne rien, il faut alors déposer une main courante ou porter plainte, mais c'est vraiment la dernière étape.

Changer d'établissement peut-il être une bonne option ?

Si l'enfant est vraiment en danger, il ne faut pas le laisser dans un environnement toxique, où il est en danger. Mais il faut alors lui dire qu'il n'est pas responsable de cette situation. Le problème, c'est que c'est toujours aux victimes de partir... Ce n'est pas pour cela que les problèmes seront réglés dans l'école.

Comment améliorer l'école sur ce dossier ?

Les enseignants devraient être davantage formés à l'émotion, l'estime de soi et l'empathie. Cela fait partie de l'hygiène de vie. Il faut développer l'idée des ambassadeurs ou "copains vigilants" dans les écoles, des enfants qui tentent de résoudre les petits conflits du quotidien. Pas mal de disputes sérieuses pourraient ainsi être évitées. Le dispositif existe un peu au collège, mais rien n'est fait au niveau du primaire, en l'absence d'une directive nationale.