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Etats-Unis : après une vidéo virale dénonçant le harcèlement scolaire, une famille fait polémique

Kimberly Jones, la maman de l’adolescent américain devenu le symbole du harcèlement scolaire avec sa vidéo poignante, est accusée de racisme et d’opportunisme. 

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
Capture d'écran de la vidéo mise en ligne sur Facebook par la mère de Keaton Jones, vendredi 8 décembre, et repris sur les réseaux sociaux. (EVERYTHING TN / YOUTUBE)

C'est l'histoire d'un emballement que le web a déjà connu : une vidéo postée sur les réseaux sociaux sur le harcèlement à l'école devient virale, elle est largement relayée par les médias du monde entier, suscitant un élan de solidarité de la part de célébrités... puis la polémique et le retour de bâton. 

Tout commence vendredi 8 décembre, quand la mère de Keaton Jones, Kimberly, publie une vidéo sur Facebook. Kimberly explique que son fils lui a demandé de le filmer. Agé de 11 ans, il a supplié sa mère de venir le chercher à son collège de Maynardville dans le Tennessee, où il est scolarisé en 6e : il a peur d'aller à la cantine. Dans la vidéo, Keaton s'interroge sur le harcèlement dont il est victime : "Juste par curiosité, pourquoi est-ce qu'ils harcèlent ? Quel est le but ? Est-ce qu'ils aiment trouver des gens innocents et trouver une façon d'être méchants avec eux ? Ca ne va pas."

"Je n'aime pas ce qu'ils me font et je n'aime pas qu'ils le fassent à d'autres"

S'adressant à sa mère, il décrit la situation dont il est victime : "Ils se moquent de mon nez, ils disent que je suis moche, ils disent que je n'ai pas d'amis." Et Keaton raconte l'épreuve de la cantine : "Ils me versent du lait dessus et mettent du jambon sur mes habits, ils me jettent du pain." Lucide et touchant, le jeune garçon conclut, le visage ruisselant de larmes : "Je n'aime pas ce qu'ils me font et bien sûr, je n'aime pas qu'ils le fassent à d'autres."

Les gens qui sont différents n'ont pas besoin d'être critiqués pour ça, ce n'est pas leur faute. Si on se moque de vous, ne vous laissez pas embêter par ça. Restez forts, simplement, mais c'est dur. Ca ira probablement mieux un jour.

Keaton Jones

La mère de Keaton Jones accompagne la vidéo d'un petit texte. "Mes enfants ne sont pas parfaits et à la maison, il est comme tous les garçons. Mais, à ce que je sache, il se comporte bien à l'école. Parlez à vos enfants", écrit Kimberly Jones. Et elle ajoute : "Nous savons tous ce que cela fait de vouloir appartenir à un groupe. Mais seule une poignée d'entre nous sait ce que cela fait d'être inclus nulle part."

Dimanche soir, soit deux jours après la publication de la vidéo, la séquence a été vue plus de 22 millions de fois sur le compte de Kimberly Jones. Elle est aussi partagée et reproduite. Sur Twitter, le hashtag #StandWithKeaton ("je suis avec Keaton") devient populaire. Face à la viralité de la vidéo et à la vague de sympathie pour le garçon harcelé, les médias du monde entier (dont franceinfo) s'emparent de l'histoire de Keaton Jones.

Le soutien de Rihanna, Chris Evans, Justin Bieber, Katy Perry...

Très vite, le garçon reçoit le soutien de grands noms du cinéma, du sport ou du rap. Lundi, l'AFP titre sa dépêche : "Etats-Unis : un garçon harcelé à l'école devient le meilleur ami des célébrités." Sur Twitter, Chris Evans, l'acteur qui incarne Captain America s'adresse à lui : "Reste fort Keaton. Ne les laisse pas t'abattre. Je te promets que ça va aller mieux." Et il l'invite à "la première des Avengers l'an prochain à Los Angeles". Mieux, la jeune actrice Millie Bobby Brown qui incarne Eleven dans la série Stranger Things souhaite être "[s]on amie (sérieux !)." 

Say lil Man U gotta friend in me for life hit me on dm so we can chop it up love is the only way to beat hate ☝

Une publication partagée par snoopdogg (@snoopdogg) le

Les acteurs Mark Hamill (Stars Wars), Tom Payne (The Walking Dead) ou Mark Ruffalo (Hulk) se joignent à l'élan de solidarité. Même mobilisation du monde de la musique : Justin Bieber, Katy Perry, Rihanna, Snoop Dogg postent messages et vidéos. Les basketteurs, joueurs de football américain et de hockey ne sont pas en reste. Même le fils aîné du président américain, Donald Trump Jr. poste un message, invitant le garçon et sa famille dans l'hôtel Trump de Las Vegas.

Soupçons de racisme et d'escroquerie

Pendant que cette impressionnante vague de solidarité inonde les réseaux sociaux, certains internautes s'interrogent. En explorant le compte Facebook de Kimberly Jones, ils exhument des photos où elle s'affiche (parfois accompagnée de ses enfants) avec le drapeau confédéré, symbole du passé esclavagiste des Etats du Sud des Etats-Unis (dont faisait partie le Tennessee, où vit la famille). Le drapeau sudiste est régulièrement brandi par les groupes d'extrême droite aux Etats-Unis, et il est désormais considéré comme un emblème raciste par une partie des Américains, même s'il reste courant dans le Sud. Enfin, dans un message posté en août, la mère de Keaton appelle les Américains à cesser de "pleurer" au sujet de l'esclavage et du racisme. 

Des messages qui passent d'autant moins dans un climat de tension raciale : deux petites filles, issues des minorités raciales, se sont suicidées début décembre, aux Etats-Unis. "Elles étaient elles aussi victimes de harcèlement scolaire. Les internautes s’indignent de constater que leur disparition est passée sous silence", note 20minutes.fr

Après ces divulgations, Kimberly Jones a effacé certains de ses posts ou les a rendu inaccessibles, rapporte BuzzFeed (en anglais). "Ceux qui nous connaissent, moi et ma famille, savent que nous ne sommes pas racistes", a réagi lundi, la grande sœur de Keaton, Kalyn, sur son compte Twitter. Keaton lui-même, interviewé mardi par CBS (en anglais), a commenté : "Ce ne sont que deux photos – deux photos sur toute ma vie où j'apparais près d'un drapeau confédéré. C'était ironique, c'était marrant." Face à la polémique, plusieurs personnalités ont fait marche arrière, à l'image de Rihanna qui a supprimé son message. 

Mais la famille du collégien est également accusée de profiter de la détresse du petit garçon pour appeler aux dons. Deux cagnottes destinées à soutenir Keaton Jones ont émergé sur les réseaux sociaux. L'une d'entre elles, intitulée "Give my son a good Christmas" ("Donnez un bon Noël à mon fils"), a été fermée par le site de crowdfunding qui l'hébergeait. Une autre qui réunissait plus de 60 000 dollars a finalement été suspendue. Là encore, la fille de Kimberly a déminé sur son compte Twitter : "Nous n'avons pas reçu d'argent et ne comptons pas le faire."  

Des actions contre le harcèlement scolaire dans le collège de Keaton

Enfin, la famille Jones est prise pour la cible par celles et ceux qui mettent en doute la véracité du témoignage de Keaton. Le directeur du collège de Maynardville, Greg Clay, a indiqué ne pas être au courant de ce cas de harcèlement, ajoutant que l'incident raconté dans la vidéo datait de plusieurs semaines.

"Ce n'est pas aussi endémique que la vidéo voudrait vous faire croire (...) Je peux vous dire que des mesures ont été prises avec les enfants", explique Greg Clay, cité par USA Today (en anglais). "Keaton est un bon garçon, nous allons prendre soin de lui", promet le directeur du collège qui assure toutefois des actions contre le harcèlement scolaire seront menées au sein de son établissement.

A sa façon, Greg Clay admet que la vidéo de Keaton a permis, malgré tout, une prise de conscience autour du harcèlement : "Nous faisons tout ce que nous pouvons pour que cela ne se reproduise plus jamais. Tout le monde a vu la vidéo et c'était horrible." Keaton lui-même le reconnaît face à CBS : "It gets better" ("ça s'améliore). 

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