VRAI OU FAKE À vrai dire. Certains jeunes Français n'ont-ils vraiment que 400 mots de vocabulaire ?

La pauvreté du langage peut aussi être synonyme d'exclusion. Un chiffre -souvent cité dans la presse- laisse croire que 10% des Français ne maîtriseraient que 400 à 500 mots. Premiers concernés : les jeunes et les plus démunis. Sauf que cette statistique semble largement exagérée.

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Le chiffre est cité dans plusieurs articles de presse depuis plus d'une décennie, comme sur les sites d'Atlantico, de Ouest France ou encore de Valeurs Actuelles. A chaque fois, il est indiqué que "10% de la population ne maîtriserait que 400 à 500 mots". Une affirmation floue et contestée.

D'où vient ce chiffre ?

C'est le célèbre linguiste français Alain Bentolila qui a popularisé ce chiffre, qui semble ne s'appuyer sur aucune étude statistique. Au cours de plusieurs interviews, cet éminent professeur déplore la pauvreté linguistique de certains jeunes. Il dénonce régulièrement les différences sociales et les lacunes de l'éducation nationale pour les prendre en charge. Comme lors de cet entretien sur RMC en 2017 où il évoque des élèves en fin de maternelle : "les 20% les moins dotés, les moins nantis, ont à peu près 250 à 300 mots. Ceux qui en ont le plus en ont 2000 à peu près."

Ce chiffre est-il crédible ?

Ces affirmations sont contestées. Certains autres linguistes ne nient pas les inégalités sociales dans l'accès à langue française. Mais ils estiment ces chiffres farfelus et très exagérés.

Parmi eux, Laélia Véron, enseignante en stylistique à l'université d'Orléans, affirme que "400 mots, c'est le vocabulaire moyen d'un enfant de deux ans. Impossible qu'un jeune, quelque soit sa situation sociale, ait 400 mots de vocabulaire. Il y a des inégalités de vocabulaire, il y a des jeunes qui ont un vocabulaire qui est pauvre. Mais ce nombre-là est rigoureusement, scientifiquement impossible. Il n'y a pas besoin de mentir pour dénoncer des inégalités linguistiques. On voit bien ce qu'il y a derrière ces jeunes, il veut dire "jeunes de banlieue"" ajoute la linguiste.

Il est vrai qu'Alain Bentolila semble se contredire lui-même. Dans un rapport datant de 2007, remis au ministre de l'Education nationale d'alors, il affirmait : "à la fin du CE1, les enfants au vocabulaire le plus pauvre connaissent une moyenne de 3000 mots. Ceux moyennement pourvus atteignent 6000, et le quartile supérieur à peu près 8000."

Le chiffre de 400 à 500 mots paraît donc une sérieuse exagération d'un problème bien réel : l'école ne parvient pas à effacer les différences sociales des élèves en matière d'apprentissage de la langue.

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