Baisse du niveau des élèves en maths : "On a une école qui fait peur", regrette un professeur

Bertrand Galliot, enseignant en lycée, estime que les élèves n'osent pas faire part de leurs difficultés aux professeurs.

Une classe de mathématiques à Nice. (illustration)
Une classe de mathématiques à Nice. (illustration) (YANN COATSALIOU / AFP)

Les petits Français de plus en plus mauvais en mathématiques. C'est ce que révèle une étude de l'agence statistiques du ministère de l'Education nationale. Un constat partagé par Bertrand Galliot, professeur de maths en lycée et coordinateur du site de soutien scolaire "Les bons profs". D'après lui, il y a "des élèves au lycée qui ne savent pas compter de deux en deux". La faute à "une école qui fait peur" et des professeurs qui ont du mal à arrêter leurs cours pour aider un élève qui confie ses difficultés.

franceinfo : Cette baisse de niveau est-elle nouvelle ?

Bertrand Galliot : Depuis 30 ans, on voit le niveau des élèves qui baisse, notamment sur les fondamentaux. Sur les opérations élémentaires, par exemple, 37% des élèves savent aujourd'hui faire une division. Avant ils étaient 74%. Sur les savoirs fondamentaux il y a clairement une baisse de niveau.

Quels sont les facteurs qui expliquent cette baisse de niveau selon vous ?

Il y a sans doute plusieurs raisons, il semblerait que le niveau de formation des professeurs des écoles en mathématiques ne soit pas celui attendu, ou en tout cas que l'on soit moins forts que nos voisins européens, mais il y a sans doute d'autres facteurs.

Il y a quand même une école qui fait peur. Il y a un tiers des élèves qui entrent en classe en ayant mal au ventre et moi je me demande comment on fait pour apprendre en ayant mal au ventre. On a système d'évaluation où on part du principe que l'élève ne veut pas apprendre, donc on va lui faire peur avec des contrôles, et ça ne marche pas.

Je pense que l'idée même de se dire qu'un élève ne veut pas travailler et que l'on va faire en sorte, avec des interros surprises et des notes qui le dévalorisent, ça marche bien pour les élèves qui s'en sortent bien, mais on a des élèves qui sont complètement perdus, et qui ne se sentent même plus concernés par ce que l'on explique. Moi, je reçois des élèves en seconde ils ne savent même pas ce que veut dire 5 demis, ils pensent que c'est 5 moins 2 ou +2, le sens même de l'opération a disparu.

D'après vous, ce n'est donc pas un problème de nombre d'heures mais un problème de recrutement et d'accompagnement par les enseignants ?

J'ai des collègues qui vont dire "plus on fait d'heures mieux c'est", mais je n'en suis pas convaincu. Il y a par exemple quelque chose que l'on trouve chez certains profs et qui devrait presque être interdit, c'est quand un élève en classe dit "monsieur, j'ai pas compris ça" et très souvent la réponse du prof c'est "désolé j'avance, je dois suivre le programme". Cela devrait être interdit.

Si un élève ne comprend pas une notion, on arrête le cours. Parce qu'on se retrouve avec des élèves au début de lycée qui ne savent pas compter de deux en deux, ça n'a plus aucun sens et on devrait être capable de dire stop, on arrête le programme. Même si j'ai conscience que c'est compliqué.