Akli Tadjer face aux lycéens qui ne voulaient pas lire son livre, car l'auteur "n'est pas français"

Le romancier Akli Tadjer se déplace vendredi dans la Somme devant des lycéens picards qui n'avaient pas souhaité lire son livre, notamment parce que l'ouvrage comportait des mots arabes.

L\'auteur Akli Tadjer à Paris, en 2012.
L'auteur Akli Tadjer à Paris, en 2012. (A. AUBOIROUX / MAXPPP)

Vont-ils oser répéter leurs réflexions racistes devant Akli Tadjer vendredi 16 novembre ? Fin septembre, des élèves du lycée professionnel Pierre Mendès-France de Péronne (Somme) avaient refusé de lire des extraits du roman Le Porteur de cartable de l'écrivain franco-algérien, publié en 2002. La raison : l’auteur n’était pas français et l’histoire ne concernait pas la France, le livre comportait des mots arabes et le héros s’appelait Messaoud.

La professeure de français qui avait proposé la lecture aux lycéens a envoyé un mail à l’auteur franco-algérien, qu'il a relayé sur les réseaux sociaux. Akli Tadjer sera devant les élèves. "Je ne veux pas les accabler plus que ça, je ne vais pas les traiter de petits fachos, ni de petits nazis. Moi, je vais là-bas pour comprendre comment des jeunes gens, des jeunes filles, qui vont voter l’an prochain, peuvent penser comme ça. Le racisme, ce n’est pas une idée, c’est un délit en France", indique le romancier.

Le livre raconte l'histoire d'une amitié entre Omar, fils d'un combattant du Front de libération nationale et Raphaël, fils de pieds noirs. Les deux garçons se retrouvent à la fin de la guerre d'Algérie sur le même palier et ils échangent sur la France, l'Algérie et leur avenir.

Trois élèves sanctionnés

Akli Tadjer est prêt à rencontrer ces élèves. Il a bien travaillé son argumentaire, notamment pour le jeune homme qui a refusé de prononcer en public le prénom de Messaoud, l'un des héros du livre : "En Picardie, c’était une vraie boucherie pendant la Première Guerre mondiale. Beaucoup de soldats coloniaux sont morts là-bas. Ils avaient un ou deux ans de plus qu’eux. À Péronne où ils vivent, j'ai compté, 44 Messaoud sont morts sur les champs de betteraves. En ne voulant pas prononcer son nom, c’est comme si on tuait deux fois ces jeunes soldats morts pour eux."

Si la prise de conscience n'opère pas, Akli Tadjer passera à la vitesse supérieure, en dénonçant d'abord certains médias, accusés de donner la parole à des idéologues comme Eric Zemmour. Il pointera aussi du doigt la responsabilité de l'Éducation nationale, pas assez prompte selon l'écrivain, à condamner le racisme à l'école. De son côté, le rectorat dit avoir reçu immédiatement les sept élèves concernés, dont trois ont été sanctionnés. Ils auraient regretté leurs mots. L'inspecteur d'académie, référent laïcité, parle même "d'une prise de conscience."