Fini les amphis bondés : pour éviter le tirage au sort, l'université de Grenoble teste la pédagogie inversée

La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, doit faire un point, jeudi, sur les concertations visant à remplacer le système Admission post-bac (APB), dès l'année prochaine. La pédagogie inversée fait partie des pistes évoquées.

A l\'université de Grenoble, la pédagogie inversée permet aux étudiants de suivre les cours sur Internet, avant des sessions en petits groupes avec un professeur. 
A l'université de Grenoble, la pédagogie inversée permet aux étudiants de suivre les cours sur Internet, avant des sessions en petits groupes avec un professeur.  (SOLENNE LE HEN / RADIO FRANCE)

La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, doit faire un point, jeudi 28 septembre, sur les concertations organisées depuis deux semaines pour remplacer le système Admission post-bac (APB). Syndicats étudiants, professeurs, présidents... tous les acteurs de l'université sont amenés à se pencher sur le sujet pour mettre fin au tirage au sort. Ils ont jusqu'à la fin du mois d'octobre pour trouver une solution.

Parmi les options sur la table, l'instauration de prérequis, c'est-à-dire une forme de sélection, mais aussi la "pédagogie inversée", ou "flipped classroom". Cette deuxième solution est examinée attentivement. Le principe : les étudiants suivent les cours chez eux, à l’aide de vidéos ou de podcasts. Ils viennent à l'université seulement pour approfondir avec un enseignant, ce qu'ils ont étudié, en plus petits groupes. Fini le cours magistral dans des amphithéâtres pleins à craquer,

À Grenoble, la pédagogie inversée est déjà mise en place. Elle permet d'éviter le tirage au sort dans les filières en tension, comme en médecine ou en Staps, la filière sport. Grâce à ce système, tous les candidats de l'académie ont été acceptés dans ces deux filières à la fac.

Un cycle d'enseignement en trois étapes

Avec la pédagogie inversée, les cours sont remplacés par des vidéos sur Internet. Alexandre assiste donc à son cours magistral de biomécanique devant son ordinateur. "Je sélectionne la vidéo, j'appuie et je la lance", décrit cet étudiant de 3e année de licence. Une salle et un ordinateur sont mis à la disposition des élèves qui en ont besoin.

Les professeurs enregistrent leurs vidéos dans un studio spécifique. Elles sont ensuite consultables sur Internet par les élèves.
Les professeurs enregistrent leurs vidéos dans un studio spécifique. Elles sont ensuite consultables sur Internet par les élèves. (SOLENNE LE HEN / RADIO FRANCE)

Les cycles d'enseignement sont organisés sur trois semaines. La première, les étudiants visionnent librement les cours sur Internet ; la deuxième, ils sont réunis en groupe de 60 à 100 pour une "régulation", face à un professeur qui répond à leurs questions ; enfin, la troisième semaine se passe en plus petits groupes et toujours devant un professeur.

De 500 à 830 étudiants dans la même promotion

Grâce à ce système, le casse-tête des réservations d’amphithéâtres, denrée rare dans toutes les universités, a disparu à Grenoble. Le tirage au sort a lieu aussi disparu du paysage : "Dans notre organisation précédente, la limite essentielle était la capacité des amphithéâtres. On était à peu près limités à 500 étudiants", explique Jean-Philippe Heuzé, directeur de la filière Staps de Grenoble.

En n'étant plus contraint par ces amphithéâtres, on est actuellement à 700 étudiants, sachant qu'il y a une année où on est montés à 830 étudiants.Jean-Philippe Heuzé, directeur de la filière Staps à l'université de Grenobleà franceinfo

Le risque pour les étudiants avec ces profs numériques serait d’être lâchés dans la nature. "Au contraire, dit Alexandre, on est accompagnés dans la nature." Selon le jeune homme, ce procédé est vraiment sécurisant pour les étudiants. "Au début, on était tous un peu perdus mais on y prend vite goût. Les profs nous accompagnent, il y a vraiment un suivi et des soutiens."

Au cours du semestre, les contrôles sont réguliers et les professeurs vigilants. "Je vais pouvoir voir tout au long du semestre ce que l'étudiant a fait sur la plateforme : combien de temps il y a passé, combien d'exercices il a effectués, etc.", détaille Karine Couturier, enseignante en physiologie de l'exercice. "De temps en temps, je leur envoie un petit mail en disant 'Ça fait déjà dix jours que tu ne t'es pas connecté sur la plateforme, il est temps de te mettre au travail'", raconte-t-elle. Ce système induit donc une forme de surveillance : "Je les flique !", reconnait Karine Couturier.

Un taux de réussite plus élevé en première année

Si les étudiants semblent satisfaits de la pédagogie inversée, les enseignants également ne reviendraient pour rien au monde au cours en amphithéâtres. "Les cours que l'on faisait avant étaient des grandes messes. Quand vous posiez des questions à la fin pour savoir ce que les étudiants avaient retenu, vous pleuriez", se souvient Philippe Sarrazin, professeur de psychologie du sport.

En plus de la satisfaction des professeurs et des étudiants, les résultats sont là, selon Jean-Philippe Heuzé. "Le taux de réussite en première année était souvent juste en dessous de 40%, ce qui n'était quand même pas un taux très élevé. Cette année on atteint 48%." La pédagogie inversée permettrait de laisser moins d'étudiants sur le bord de la route.

On a beaucoup moins d'étudiants qui décrochent en cours d'annéeJean-Philippe Heuzé, directeur de la filière Staps à l'université de Grenobleà franceinfo

La pédagogie inversée est un moyen d’éviter le tirage au sort jusqu’à présent mais les portes de la fac ne sont pas extensibles à l’infini. L’an prochain, la génération baby-boom de l’an 2000 devrait entrer dans les études supérieures avec 30 000 étudiants supplémentaires par rapport à cette année.