Mobilisation contre la réforme de l'université : "Il y a une forme d'hypocrisie" sur l'absence annoncée de sélection

Valentin Heitzler, président du syndicat lycéen FIDL, a affirmé, jeudi sur franceinfo, que le gouvernement comptait mettre en place "une forme de sélection" à l'entrée des universités.

Etudiantes et étudiants dans un amphithéâtre, ici à Toulouse en faculté de droit économie et gestion.
Etudiantes et étudiants dans un amphithéâtre, ici à Toulouse en faculté de droit économie et gestion. (MAXPPP)

Alors qu'une dizaine d'organisations lycéennes et étudiantes appellent à manifester partout en France, jeudi 30 novembre, contre la réforme de l'enseignement supérieur, Valentin Heitzler, président du syndicat lycéen FIDL, dénonce, sur franceinfo, une "hypocrisie" de la part du gouvernement, qui affirme qu'il n'y aura pas de sélection à l'entrée à l'université.

franceinfo : Vous demandez l'abandon de toute forme de sélection, or le mot "sélection" n'est pas prononcé dans cette réforme ?

Valentin Heitzler Justement, c'est là l'un de nos principaux problèmes : il y a une forme d'hypocrisie. Aujourd'hui, ce que compte mettre en place le gouvernement est une forme de sélection, simplement parce que les universités auront désormais accès aux dossiers des élèves pour sélectionner leurs étudiants. Pour nous, cette sélection sera discriminatoire, parce qu'on sait très bien que ceux qui seront mis en priorité sur le carreau, ce seront les jeunes issus des quartiers populaires, en filière professionnelle et technologique. Pour nous, l'université est un droit pour tous les bacheliers. Pour nous, cette réforme va donc à l'encontre des aspirations de la jeunesse qui sont d'avoir une perspective de formation pour tout le monde.

Pourtant, sur le papier, la réforme semble pleine de bonnes intentions…

Le gouvernement met en priorité plein de petites bonnes réformes. Ils disent qu'ils veulent notamment améliorer l'orientation au lycée, mais nous, on veut l'université pour tous. Ils annoncent, notamment, un milliard supplémentaire sur cinq ans dans les universités et la création de 32 000 places en cinq ans. Sauf qu'ils oublient de spécifier que, en cinq ans, ce ne sont pas 32 000 étudiants supplémentaires qui vont aller vers le supérieur, mais 200 000. Il n'y a pas besoin d'avoir 20/20 en maths pour comprendre que derrière, cela va être une sélection généralisée. Toute une partie de la jeunesse va se voir interdire l'accès à l'enseignement supérieur. (...) Pour que les jeunes s'insèrent dans le monde du travail, ils ont besoin de formation et de qualifications.

Dans certaines filières, il n'y a pas assez de places. Quelle est la solution ?

La solution est simple et on la connaît depuis des années. Il faut mettre de l'argent sur la table, créer de nouvelles places, des postes supplémentaires de profs, de conseillers d'orientation au lycée. Bref, il faut mettre des moyens pour l'avenir de la jeunesse. Malheureusement, cette solution-là ne semble pas être la priorité d'Emmanuel Macron.