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Vidéo Victime de viol, elle monte sur scène avec son agresseur pour raconter son histoire

Vingt ans après son viol, l'Islandaise Thordis Elva a décidé de raconter son histoire, accompagnée de son agresseur. Une démarche pour déculpabiliser les victimes.  

Article rédigé par
Licia Meysenq - franceinfo
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Thordis Elva et son agresseur Tom Stranger racontent leur histoire lors d'une conférence TED, en octobre 2016 à San Francisco (Californie). (CAPTURE ECRAN / TEDWomen 2016)

L'histoire d'amour d'une jeune Islandaise s'est transformée en cauchemar lorsqu'elle a été violée par son petit ami, un soir de 1996, alors qu'elle se trouvait en état d'ébriété. Vingt ans après les faits, c'est accompagnée de son agresseur qu'elle a raconté son histoire lors de la conférence TEDWomen, organisée à San Francisco, en octobre 2016. 

Leur intervention, filmée à l'époque, a été mise en ligne mardi 7 février sur le site TED et a été vue près d'un million de fois depuis sa publication. Dans cette conférence, Thordis Elva et son compagnon de l'époque Tom Stranger confrontent leur version de l'événement. Leur objectif : déculpabiliser les victimes et apporter un message positif. "Il y a de l'espoir après un viol et on peut même trouver le bonheur."

Une romance adolescente qui vire au drame

Tout commence en 1996. Thordis Elva, devenue écrivaine et journaliste, est alors une lycéenne de 16 ans quand elle rencontre Tom Stranger, un jeune Australien de 18 ans venu en Islande pour un échange universitaire. Leur histoire semble idyllique : "Nous vivions une romance adolescente, nous passions nos repas à nous tenir la main. Nous nous promenions dans le centre-ville de Reykjavik", se remémore Tom. "J'étais amoureuse pour la première fois, soupire Thordis, j'avais l'impression d'être la plus chanceuse du monde"

Lors du bal de Noël de son lycée, la jeune fille goûte du rhum pour la première fois et se sent vite très mal. Son petit ami la ramène alors chez elle. "C'était comme un conte de fées, quand il m'a entourée de ses bras virils pour me coucher dans mon lit." Mais la scène romantique tourne vite à l'horreur : "Il a commencé à enlever mes vêtements et à se coucher sur moi. Si c'était clair dans ma tête, mon corps était trop faible pour se débattre et la douleur m'aveuglait."

Le déni et la honte

Thordis vit très mal cette nuit. "Pour ne pas devenir folle, j'ai compté silencieusement les secondes sur mon réveil. Et depuis cette nuit, je sais qu'il y a 7 200 secondes dans deux heures." La jeune fille ne prend pas immédiatement conscience qu'il s'agit d'un viol, tant la réalité de ce qu'elle vit est loin de l'image des agressions véhiculées à la télévision. "Tom n'était pas un forcené, il était mon petit ami. Ça ne s'est pas passé dans une allée crasseuse, mais dans mon propre lit."

Celui qui était à l'époque son petit ami est également dans le déni, au lendemain de cette soirée trop arrosée. "Le mot viol ne trouvait pas écho en moi et je ne culpabilisais pas avec les souvenirs de la nuit d'avant, avoue-t-il sur un ton solennel, j'ai nié la vérité en me convainquant que c'était du sexe et pas un viol."  Pourtant, il le sent : "Au fond de moi, je savais que j'avais commis quelque chose de grave. Mais j'ai enfoui mes souvenirs, et je leur ai attaché une pierre." 

Une prise de conscience libératrice

"Le temps que je prenne conscience que c'était un viol, Tom avait terminé son échange universitaire", se souvient Thordis. Leur histoire aura duré un mois. L'Islandaise mettra beaucoup plus de temps à mettre des mots sur ce qui s'est passé et arrêter de culpabiliser. 

Cela m'a pris des années pour réaliser que la seule chose qui aurait pu empêcher que je sois violée cette nuit-là n'était pas ma jupe, ni mon sourire, ni ma confiance, mais mon agresseur. Il était le seul qui aurait pu arrêter tout cela.

Thordis Elva

à la conférence TEDWomen 2016

Neuf ans après les faits, Thordis n'est toujours pas remise de cet événement. Souffrant de stress post-traumatique et isolée socialement, Thordis écrit une lettre à son agresseur. "Je veux trouver le pardon, écrit-elle. L'ère de la honte est terminée." Ce geste est salutaire : le jeune homme lui répond et, à sa plus grande surprise, lui confie ses souffrances, ses regrets et admet totalement les faits. Naît alors entre l'agresseur et sa victime une correspondance longue de huit ans, "jamais très facile, mais toujours honnête"

C'est en 2013 qu'ils décident de se revoir pour la première fois, en Afrique du Sud, "à mi-chemin entre l'Australie et l'Islande", au Cap, "une ville parfaite pour le pardon et la réconciliation". Une rencontre qui permettra à Thordis d'extérioriser sa colère et ses démons et de trouver "la paix" qu'elle cherchait. 

Les deux jeunes gens racontent leur histoire, ensemble, dans South of Forgiveness un livre – inédit en France –, qui retrace leur parcours "parce que c'était le genre d'histoire que nous aurions aimé entendre lorsque nous étions plus jeunes", explique Thordis. Dans un mot de la fin, la femme lance un message : "Il faut considérer les auteurs de ces crimes comme des êtres humains."

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