TRIBUNE. "Nous nous sommes engagés en politique pour les droits des femmes"

Dans une tribune publiée par franceinfo, quatre députés LREM de la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale rappellent leur engagement en faveur de l'égalité femmes-hommes.

Les questions au gouvernement à l\'Assemblée nationale, à Paris, le 3 février 2015.
Les questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 3 février 2015. (CITIZENSIDE/JALLAL SEDDIKI/CITIZENSIDE)

Les droits des femmes revus à la baisse ? Alors que la polémique autour du budget alloué aux associations féministes bat son plein, quatre députés LREM de la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale souhaitent faire entendre une autre voix. Dans une tribune publiée par franceinfo, Céline Calvez, députée des Hauts-de-Seine, Bérangère Couillard, députée de Gironde, Guillaume Gouffier-Cha, député du Val-de-Marne et Mickaël Nogal, député de Haute-Garonne, font valoir leur attachement au combat en faveur de l'égalité femmes-hommes. Ils s'expriment ici librement.

Plusieurs semaines ont passé depuis les dernières élections législatives. Chacun d’entre nous commence à prendre ses marques, ses repères, avec un objectif : agir pour l’intérêt général et améliorer le quotidien des Françaises et Français. Au moment où nous débutons cette législature, nous devons nous rappeler les raisons, les indignations ou les combats qui ont fait, qu’un jour, nous nous sommes engagés en politique pour améliorer les lois, pour changer la vie. Pour notre part, il y a au départ une indignation, les inégalités persistantes entre les femmes et les hommes dans notre société. Il y a un combat, celui des droits des femmes. Une lutte, celle contre les violences sexistes et sexuelles. Ces dernières années, beaucoup de choses ont été faites pour faire évoluer la loi et nous nous en félicitons. Aujourd’hui, il faut aller encore plus loin pour changer la vie et faire de l’égalité entre les femmes et les hommes une réalité.

Ce travail ne sera pas évident tant les débats sur ce sujet sont passionnés et cela nous le comprenons parfaitement. Mais si nous voulons aller plus loin, il est nécessaire que nous dépassions les clivages dogmatiques, les postures politiciennes et que nous apportions des solutions concrètes aux injustices et aux inégalités que connaissent des milliers de femmes dans notre pays. Alors oui, parfois, nous choquerons peut-être les bonnes consciences en abordant des sujets tabous. Mais nous le ferons sans hésitation, avec détermination et conviction. Nous le ferons pour les femmes et pour les hommes, qui gagneront aussi en liberté en s’émancipant des modèles patriarcaux.

Marlène Schiappa systématiquement attaquée

Pour juger de la difficulté de la tâche qui nous attend, il suffit d’observer la virulence des attaques que subit la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, depuis le début de ce quinquennat. Ces attaques permanentes qui accompagnent le moindre de ses diagnostics, chacune de ses propositions, sont révélatrices des difficultés de notre société à se moderniser et à prendre en compte tous les parcours de vie, quels qu’ils soient, à reconnaître le caractère abject de la moindre violence sexiste ou sexuelle. 

Il n’est plus possible de donner du crédit à certaines excuses, il n’est plus possible de toujours donner le sentiment que les femmes victimes de telles violences auraient une part de responsabilité.Quatre députés LREMà franceinfo

La feuille de route gouvernementale en la matière est claire et ambitieuse. L’égalité entre les femmes et les hommes est la grande cause nationale de ce quinquennat. Le président de la République lui-même a pris des engagements sans précédent qui seront mis en œuvre durant les cinq prochaines années, des engagements construits autour de trois axes : l’égalité dans la sphère privée, l’égalité dans la sphère professionnelle et publique et, enfin, la lutte contre les violences faites aux femmes.

Pour mettre en œuvre ces engagements, nous avons fait le choix de sortir de la symbolique et de rechercher l’efficacité. L’efficacité, c’est de ne pas limiter notre action à un périmètre particulier. L’efficacité, c’est de penser notre action de manière interministérielle, c’est-à-dire de toucher toutes les politiques publiques. Il est nécessaire d’agir de la sorte si nous voulons insuffler un vrai changement et si nous voulons mener une politique volontariste innovante qui réponde aux multiples situations difficiles qui existent dans notre pays.

Cette action est nécessaire si nous voulons mettre en œuvre le congé maternité unique, si nous voulons organiser un tour de France de l’égalité femmes-hommes, si nous voulons créer un gender budgeting, ce budget "sensible au genre" qui vise à mesurer la répartition de l’argent public entre les sexes de manière à résorber les inégalités existantes dans l’attribution des crédits publics. Autant de mesures courageuses à mettre en œuvre qui nécessiteront la mobilisation de chacune et chacun. 

Le CAP petite enfance ouvert aux parents sans qualification "peut changer la vie"

Nous ne serons pas forcément d’accord. Mais nous devrons toujours faire vivre le débat démocratique pour améliorer la protection des droits des femmes et renforcer l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est notre responsabilité, cette responsabilité qui nous conduit aujourd’hui à soutenir par exemple la mesure proposée par Marlène Schiappa sur la création d’un dispositif d’accès à une formation diplômante pour les femmes et les hommes qui, faute de qualifications professionnelles et du fait d’avoir eu des enfants jeunes, se retrouvent dans des situations de très fortes précarités.

Ce dispositif permettrait à des jeunes parents, sans qualification, d’intégrer un parcours diplômant en vue de l’obtention d’un CAP permettant de travailler dans le secteur de la petite enfance. Une telle initiative permettrait à de nombreux jeunes parents, partout en France, de valoriser leur expérience de vie privée pour s’insérer dans le monde du travail dont ils sont trop souvent exclus.

Bien entendu, cette mesure anime le débat public cette semaine, de manière agressive et irréfléchie parfois. Pourquoi ? Tout simplement parce que dans la réalité, ce sont essentiellement des femmes qui sont confrontées à cette situation. Cette réflexion marque-t-elle un retour en arrière ? Non. Bien au contraire. Elle vise à reconnaître la réalité d’une situation que connaissent bien des femmes. Et ce n’est pas en taisant les difficultés qu’on apporte des solutions.

Une telle mesure doit être proposée et mise en discussion tant elle interpelle l’organisation de notre société, la construction des carrières professionnelles, qui ne peut plus reposer uniquement sur les diplômes que l’on a passés, ou pas, dans sa jeunesse. Une telle mesure doit nous interpeller car, avant tout, oui, elle peut être une solution qui demain changera en profondeur la vie de certaines familles ! Cette mesure leur permettra d’accéder à l’emploi, de construire leur parcours de vie, leur foyer, de manière sereine. Cette mesure n’est pas de l’ordre du symbolique. Cette mesure part du réel, de situations que connaissent des milliers de familles à travers le pays. Cette mesure peut changer la vie. Alors, parlons-en, sans en avoir peur, sans tomber dans le mélodrame politicien.

L’indignation est une chose nécessaire pour mener un combat politique. Mais la volonté d’agir avec responsabilité est une nécessité pour obtenir un jour des résultats et changer le quotidien des Françaises et des Français.