Sanctions contre l'inégalité salariale femme-homme : "Une très bonne nouvelle" si elles sont "suffisamment élevées"

Rebecca Amsellem, fondatrice de l'association féministe Les Glorieuses, assure jeudi sur franceinfo que la question de l'égalité salariale entre les femmes et les hommes "est quelque chose qu'on peut résoudre".

Une manifestation pour l\'égalité salariale entre les femmes et les hommes à Toulouse, le 3 novembre 2017.
Une manifestation pour l'égalité salariale entre les femmes et les hommes à Toulouse, le 3 novembre 2017. (MAXPPP)

À l'occasion de la 41e Journée internationale des droits des femmes, le gouvernement s'apprête à dévoiler jeudi 8 mars des mesures pour lutter notamment contre l'inégalité de salaire entre femmes et hommes. À partir de 2022, les entreprises de plus de 50 salariés qui affichent des écarts "injustifiés" de salaires seront sanctionnées par une pénalité financière. Rebecca Amsellem, fondatrice de l'association féministe Les Glorieuses, s'est réjouie jeudi sur franceinfo de cette annonce.

franceinfo : Ces mesures du gouvernement vont-elles dans le bon sens ?

Rebecca Amsellem : Absolument. Je trouve que c'est une très bonne nouvelle que le gouvernement prenne la question de l'inégalité salariale au sérieux. Je vois deux points par rapport à cette mesure. Le premier, c'est que si les sanctions sont suffisamment élevées, les entreprises vont suivre ce mouvement. Si les sanctions ne sont pas suffisamment élevées, ce sera assez facile pour elles de ne pas les suivre. Le deuxième point, c'est que ça touche à un type d'inégalité salariale qui est l'inégalité de salaire à poste égal, à compétence égale, à travail égal et à ancienneté égale. Ce type d'inégalité salariale est de 10,5% aujourd'hui en France. Les inégalités salariales globales, elles, s'élèvent à plus de 25%, tout temps de travail confondu et qui prend notamment en compte la différence du temps partiel, car finalement les femmes subissent davantage le temps partiel que les hommes à cause, en partie, de la charge domestique.

Vous faites des propositions au sein de votre association, comme la transparence des salaires au sein de l'entreprise. Pourquoi ?

C'est une question de pouvoir : le pouvoir de l'information. Quand on postule à un emploi ou lorsque l'on demande une augmentation de salaire, si on a la grille des salaires de l'entreprise, ça permet d'avoir une visibilité et donc de savoir pourquoi négocier. On a tendance à dire que si les femmes gagnent moins c'est parce qu'elles demandent moins d'augmentations ou qu'elle sont moins attirées par un salaire plus élevé. C'est faux. Les femmes demandent des augmentations de salaire mais le fait est - et les études le montrent - qu'on leur donne moins souvent qu'aux hommes.

Vous êtes aussi favorable aux quotas. L'égalité femme-homme dans l'entreprise doit-elle encore passer par des mesures coercitives ?

Le constat est qu'aujourd'hui les femmes dans le monde perçoivent 1% des revenus de la propriété, les hommes 99%. Donc fondamentalement, on vit dans une société où les hommes ont davantage de propriété que les femmes. Si on veut construire une société égalitaire, il faut procéder à un transfert de richesses vers les femmes pour qu'elles aient davantage de privilèges. On ne peut pas le faire sans l'aide de l'État. Ou alors on fait une révolution. Mais le fait d'avoir des politiques publiques incitatives qui incitent notamment les acteurs privés à faire en sorte que les entreprises respectent ces mesures-là, ce sera obligatoire.

Sentez-vous globalement une prise de conscience plus grande pour qu'un gouvernement se sente obligé de dévoiler 50 mesures dans ce sens ?

Absolument. Malgré le fait qu'en 2018 en France on en soit encore à 25% d'inégalité salariale entre les femmes et les hommes, je suis extrêmement positive pour la suite. Je pense que la question de l'égalité salariale est quelque chose qu'on peut résoudre, et dans peu de temps. C'est fondamental pour le combat féministe.