"Quelqu'un a dû mourir pour gagner ce droit" : des supportrices iraniennes vont pouvoir assister à un match de foot dans les tribunes de Téhéran

Jeudi, 3 500 supportrices iraniennes vont pouvoir voir assister au match de football Iran-Cambodge au stade Azadi de Téhéran. Une première.

A Düsseldorf (Allemage), le 13 septembre 2019, des supporters brandissent une banderole pour dénoncer un \"apartheid de genre\" en Iran et saluer la mémoire de Sahar Khodayari, surnommée \"Blue Girl\". 
A Düsseldorf (Allemage), le 13 septembre 2019, des supporters brandissent une banderole pour dénoncer un "apartheid de genre" en Iran et saluer la mémoire de Sahar Khodayari, surnommée "Blue Girl".  (ANKE WAELISCHMILLER/SVEN SIMON / SVEN SIMON)

C'est une première depuis 40 ans : à l'occasion du match de football Iran-Cambodge, jeudi 10 octobre, des femmes vont pouvoir acheter leur place et s'installer dans les tribunes du stade Azadi de Téhéran ("azadi" signifie "liberté"). En Iran, les femmes sont bannies des stades depuis la Révolution islamique en 1979, les responsables religieux arguant qu'elles doivent être protégées de "l'atmosphère masculine". C'est donc une autorisation historique du pouvoir face à la pression des femmes iraniennes, relayées à l'étranger jusqu'à la Fifa, l'instance dirigeante du football mondial.

Le suicide de "la fille en bleue"

En novembre 2018, un petit millier de femmes avait déjà été admises en tribune lors d'un match de Ligue des champions asiatique, FC Persépolis-Kashima Antlers mais elles avaient été "invitées" et triées sur le volet. Cette fois, 3 500 iraniennes ont pu acheter un billet pour Iran-Cambodge. Parmi elles, Hedieh 32 ans : "Je suis contente. C'est la victoire de toute une partie de la société après un long combat pour gagner ce droit universel. Mais d'un autre côté, c'est triste aussi car quelqu'un a dû mourir pour qu'on l'obtienne".

Cette mort, c'est celle de "la fille bleue".Sahar Khodayari, arrêtée pour avoir tenté d'assister à un match, déguisée en homme, coiffée d'une perruque bleue aux couleurs de son équipe, le Esteghlal FC de Téhéran, et qui s'est immolée par le feu en septembre dernier devant l'entrée d'un tribunal à Téhéran.

C'est son suicide qui a provoqué l'émoi de la communauté internationale et poussé la Fifa à faire pression sur l'Iran. Une victoire au goût amer pour Azadeh Kian, professeur franco-iranienne de sociologie à l'université Paris-Diderot : "C'est un tournant. Le problème c'est qu'on ne leur a accordé que 3 500 places alors que des dizaines de milliers de places sont attribuées aux hommes restent vides"

Amnesty International a dénoncé un coup publicitaire cynique avec des femmes parquées dans des portions de tribunes. La Fifa, qui supervisera le match, promet de maintenir la pression pour qu'à l'avenir, tous les stades soient ouverts aux Iraniennes sans aucune limitation.