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"En 50 ans, on a fait des pas de géantes !" : les militantes se souviennent des débuts du Mouvement de libération des femmes

Il y a 50 ans jour pour jour, le 26 août 1970, des femmes se mobilisaient pour la première fois sur la tombe du Soldat inconnu à Paris, prémices du Mouvement de libération des femmes. Elles sont peu nombreuses à pouvoir encore raconter ces toutes premières années de lutte pour la libération des femmes.

Article rédigé par
Perrine Roguet, édité par Pauline Pennanec'h - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Des femmes se mobilisent, place de l'Etoile à Paris, le 26 août 1970, sur la tombe du Soldat inconnu. (STF / AFP)

Ce 26 août 1970, elles sont dix, une gerbe de fleurs à la main. Sur leurs banderoles, des slogans écrits au feutre : "Plus inconnue que le soldat inconnu, sa femme", mais aussi "Un homme sur deux est une femme". Elles viennent honorer sa mémoire, celle de la moitié de l'humanité, oubliée selon elles.

Cette première manifestation, c'est un déclic pour Liliane Kandel, qui a 36 ans à l'époque. "J'ai lu un article dans le journal le Monde, et je trouvais ça tellement drôle, tellement intelligent, que je me suis dit : 'Il faut absolument que j'aille voir qui sont les personnes qui ont fait ça'", se souvient-elle. "Ces femmes se disent qu'elles ne sont pas si seules, et elle se rencontrent, elles s'aperçoivent qu'elles sont d'accord à peu près sur tout, fondamentalement, elles n'en peuvent plus, et ça fait un mouvement politique."

L'esprit du mouvement, c'est justement son humour et sa provocation, à l'image de ses slogans comme "Qui viole un oeuf, vole un boeuf !". "Ça n'a aucun sens !", s'exclame Liliane Kandel. "Il y a eu ': Avez vous déjà été violé par une femme ? Ça a été un des slogans du Mouvement de libération des femmes (MLF), comme 'Mais qu'est ce qu'elles voulaient encore ?' On voulait encore beaucoup de choses."

"On nous a traité de réformistes, de collabos !"

Le féminisme vient de plonger dans une nouvelle ère. Il faut libérer le corps des femmes, alors que leurs aînées, les suffragettes, se battaient pour l'égalité. En avril 1971, Anne Zelensky rédige le manifeste des 343. À la Une de l'Observateur, les signataires l'écrivent noir sur blanc : elles ont avorté. Pourtant, c'est illégal.

"La première fois qu'on en a parlé en assemblée générale, on s'est fait huer !", raconte Anne Zelensky. "On nous a traitées de réformistes, de collabos, de pactiser avec la presse pourrie, voyez ! J'étais sur le cul, je me suis dit :'C'est pas vrai, elles ne comprennent rien !' Eh bien on a fait notre truc, dans notre coin."

Je pense qu'il y a chez la plupart des femmes une envie de relever la tête, ne plus accepter n'importe quoi.

Anne Zelensky

à franceinfo

Cela fonctionne : trois ans plus tard, Simone Veil fait adopter le droit à l'avortement. "Je n'aime pas quand on dit : 'Ah, on en est encore là ?'. Mais bien sûr qu'on en est encore là ! Vous rendez-vous compte d'où l'on vient ?", se demande-t-elle. "Je trouve qu'en 50 ans on a fait des pas de géantes ! Ce qui fait avancer les femmes fait avancer l'humanité."

Ne plus accepter n'importe quoi, continuer de se battre et faire changer les mentalités, c'est ça, que veulent transmettre ces féministes "historiques" aux nouvelles générations de femmes.

La toute première manif de MLF, 50 ans après, les militantes se souviennent au micro de Perrine Roguet.
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