Trafic de crack à Paris : "C'est de pire en pire", affirment les riverains de la Porte de la Villette, le préfet de police répond

Éradiquer le crack à Paris d'ici un an, la feuille de route du nouveau préfet de police de Paris Laurent Nuñez paraît très ambitieuse tant le problème est ancré dans la capitale. En témoignent les différents déplacements des "crackeux" ces dernières années, depuis "la colline du crack" jusqu'à la Porte de la Villette, il y a un an. 

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Radio France
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"Crack Land", "Terre du crack", un tag sinistre peint sur un mur où des drogués s'étaient installés, Porte de la Villette à Paris, le 24 août 2022. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Porte de la Villette à Paris, chargée de ses courses, Marie* rentre chez elle, juste en face du métro. Elle habite ici depuis décembre 2019. "Le digicode est cassé une fois par semaine. Je travaille tôt le matin et lorsque j’appelle l’ascenseur, il y a des drogués qui sont en train de dormir dedans ou en train de faire leurs besoins, raconte-t-elle. Il y a de l’insécurité dès le matin très tôt et le soir à partir de 20 heures. Le quartier est complètement abandonné et tous mes voisins s’en vont." 

Éradiquer le crack en moins d'un an à Paris, c'est la mission qui a été confiée à la préfecture de police de Paris. Mais Marie n'y croit pas : "Les policiers sont dans leur van stationné près du métro et ils n’en sortent pas. Vous pouvez même frapper à la fenêtre de leur van, ils ne vous répondent pas, ils sont sur leurs téléphones. Rien n’est fait. C’est de pire en pire, jour après jour. Tous les accès au métro sont cassés, ils ont enlevé tous les sièges. On n’y croit absolument plus et les gens s’en vont."  

"Ce qui est 'comique', c’est qu’on habite à côté du commissariat."

Marie*, une habitante

à franceinfo

"Je leur ai demandé une fois ce qu’on pouvait faire. ils m’ont répondu : 'Faites attention à vous madame', poursuit Marie. Ils m’ont aussi expliqué que si les 'crackeux' [toxicomanes consommant du crack] ont été déplacés là, c’est parce qu’au moins la Porte de la Villette, c’est à l’extrémité de Paris, et c’est la meilleure solution parce que personne n’en veut."

"Le soir, ça se bagarre"

À Stalingrad et sur les quais du bassin de la Villette, aux alentours du cinéma MK2, si l'évacuation des toxicomanes en septembre 2021 permet aux riverains de souffler, selon plusieurs témoignages que nous avons recueillis, les consommateurs de crack commencent à revenir le soir. La pression policière les chasse de la Porte de la Villette, expliquent plusieurs associations de riverains et d’aide aux toxicomanes. Ce va-et-vient, c'est ce que voit tous les jours Catherine : "Il y en a toujours eu ici, même depuis qu’ils sont partis à Pantin et à La Villette. Le soir, ça se bagarre. Quelquefois, on voit des traces de sang le lendemain par terre."   

Ce constat dressé par tous ces riverains, la préfecture de police de Paris l’entend, mais le nouveau préfet ne "peut pas laisser dire que ce secteur est laissé à l'abandon. Je comprends la détresse de certains riverains, mais je ne peux pas laisser dire que nous sommes inactifs", se défend jeudi 15 septembre sur franceinfo Laurent Nuñez, qui a succédé à Didier Lallement au poste de préfet de police de Paris début août. 

"Depuis le 4 août, nous déployons près de 200 policiers quotidiennement sur ce secteur, qui visent évidemment à disperser les consommateurs de crack et à interpeller les trafiquants."

Laurent Nuñez, préfet de police de Paris

à franceinfo

"Évidemment cela ne suffira pas, a convenu le préfet. Il faudra que nous bâtissions un plan de prise en charge de ces personnes, de ces consommateurs, qui fera appel bien évidemment à des mesures sanitaires, sociales, psychologiques, voire psychiatriques pour essayer de faire en sorte que ces personnes sortent de l'addiction au crack. C'est évidemment l'ambition du plan, mais dans le même temps, il faut aussi avoir une action de police répressive qui est absolument indispensable."  

Onze trafiquants en attente de reconduite à la frontière

Le nouveau préfet a organisé une nouvelle opération de police place Auguste Baron mardi 13 septembre. Menée par 450 policiers, elle a permis d’interpeller 113 personnes dont 70 étrangers en situation irrégulière, les autres pour délits de droit commun. Deux personnes ont fait l’objet d’un envoi à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police. Depuis sa prise de poste en août, Laurent Nuñez indique que ses services ont réalisé 385 interpellations donnant lieu à 250 gardes à vues qui ont conduit à des mises en détention pour trafic. Les enquêteurs de la PJ parisienne, les policiers du groupe crack de la brigade des réseaux ferrés et les policiers des commissariats traitent 300 affaires en lien avec le crack depuis le début de l’année, ce qui a permis de saisir 2,3 kilos de crack et plus de 160 000 euros d’avoirs criminels, et de démanteler 14 "cuisines" de crack, ces laboratoires où est fabriquée cette drogue. Le travail des enquêteurs a enfin permis de mettre en détention 11 "modous", ces dealers sénégalais qui sont les principaux fournisseurs de crack.

Ce premier bilan est dressé par le préfet de police après un peu plus d’un mois de fonctions, alors que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a prévu de se rendre en Afrique de l’Ouest pour "avoir un dialogue franc avec les pays concernés et créer les conditions de reconduite très rapide des trafiquants dans leurs pays d’origine". "Nous avons besoin de fluidifier la relation avec un certain nombre d'autorités de ces pays d'Afrique de l'Ouest pour pouvoir obtenir plus facilement des laissez-passer consulaires pour permettre de pouvoir reconduire ces trafiquants ", précise Laurent Nuñez. Les onze "modous" interpellés ont été placés en CRA [centre de rétention administrative] en vue d'être reconduits.

*Le prénom a été modifié

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