Crack à Paris : le président de SOS Addictions plaide pour "un parcours de soins et de réduction des risques"

Depuis un an, un campement de consommateurs de crack s'est établi au nord-est de Paris, à la frontière entre la capitale, Pantin et Aubervilliers. William Lowenstein rappelle que "la répression n'a jamais suffi" face à ce problème.

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Radio France
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Une seringue retrouvée au campement située au nord-est de Paris, le 24 septembre 2022. (JULIEN DE ROSA / AFP)

Il faut "un parcours de soins, de réduction des risques, d'hébergements sociaux", a plaidé samedi 24 septembre sur franceinfo William Lowenstein, médecin addictologue et Président de SOS Addictions, alors qu'une manifestation a eu lieu ce samedi à l'hôtel de ville de Pantin pour dénoncer le campement situé au nord-est de Paris vers la Porte de la Villette où sont regroupés les consommateurs de crack. William Lowenstein souligne par ailleurs "la répression n'a jamais suffi". Selon lui, "elle complique les choses".

franceinfo : Qui sont ces consommateurs de crack qui gravitent autour de la porte de la Villette et combien sont-ils ?

William Lowenstein : Ce sont entre 300 et 500 personnes dans la plupart des estimations. La plupart cumulent les précarités. Un certain nombre sont sans papiers, sans ressources. Dans la plupart des grandes villes, on connaît bien la complexité des personnes sans domicile fixe devenu alcoolo-dépendante. Imaginez des scènes ouvertes avec 300 ou 500 SDF alcoolisés. L'objectif, c'est de mettre de la santé et de la sécurité et d'en finir avec ces scènes ouvertes. Mais en finir avec ces scènes ouvertes est horriblement complexe, comme pour les alcooliques. Et si on ne se donne pas les moyens d'un parcours, avec des moyens élevés, on aura que ces illusions ou ces bruits de petites bottes de communication politique qui, hélas, laissent les riverains en insécurité, dans l'enfer, et les personnes précarisées, avec ces multiples précarités, en risque de détérioration à la fois psychiatrique et physique.

Est-ce que vous pouvez rappeler ce qu'est le crack ?

C'est la cocaïne du pauvre. Et au contraire de l'héroïne, on n'a pas encore de traitement de substitution. Donc cela complexifie encore ce qu'on peut appeler le soin. Même si l'on peut faire des pauses, on n'a pas l'efficacité des traitements de substitution qui ont permis de régler jusqu'aux scènes ouvertes de l'héroïne il y a bien longtemps maintenant. D'un point de vue plus sociologique et expérimental, toutes les scènes ouvertes qui ont eu lieu depuis 40 ans ont tourné à la catastrophe. C'est juste insupportable. Cela suppose l'établissement de parcours de soins, de réduction des risques, d'hébergements sociaux. Imaginez les conséquences d'un rassemblement de 300 ou 500 personnes en grande difficulté avec cette cocaïne du pauvre.

Que pensez-vous de la manière forte, en incarcérant dans un lieu clos ces gens qui pourraient être mieux pris en charge ?

Je ne dis pas qu'il ne faut pas réprimer, comme l'ivresse sur la place publique. Mais à condition que derrière, il y ait des circuits de soins. Nos prisons ont à peu près un tiers de personnes avec des grands problèmes d'addiction ou des grands problèmes psychiatriques. Donc, pour l'instant, face à une complexité, on essaye d'avancer l'idée que la répression pourrait suffire. Et historiquement, depuis la prohibition de l'alcool, elle n'a jamais suffi. Pire, elle a compliqué les choses.

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