Des stéréotypes sexistes pénalisent les femmes dans les sciences

C'est la conclusion d'une enquête nationale menée auprès d'étudiants en en troisième cycle. Les Noirs sont la cible de stéréotypes culturels négatifs quant à leurs capacités intellectuelles.

Des stéréotypes sexistes pénalisent les femmes dans les sciences aux Etats-Unis, selon une étude publiée, le 15 janvier 2015, dans la revue américaine \"Science\".
Des stéréotypes sexistes pénalisent les femmes dans les sciences aux Etats-Unis, selon une étude publiée, le 15 janvier 2015, dans la revue américaine "Science". (SIGRID OLSSON / ALTOPRESS / AFP)

Les stéréotypes ont la peau dure. Celui selon lequel les hommes sont plus brillants intellectuellement pénalise les femmes aux Etats-Unis, notamment dans les sciences. C'est la conclusion d'une enquête nationale menée auprès d'étudiants en thèse de doctorat, publiée jeudi 15 janvier dans la revue américaine Science (en anglais).

Cette recherche a été menée aux Etats-Unis auprès de plus de 1 800 étudiants de troisième cycle et des chercheurs venant d'obtenir leur doctorat dans trente disciplines. Les auteurs de l'étude leur ont notamment demandé quelles étaient les qualités requises pour y réussir.

Les chercheurs se sont concentrés sur la culture de différents champs académiques en présumant que les préjugés inconscients d'infériorité intellectuelle des femmes pourraient aider à expliquer pourquoi celles-ci sont sous-représentées dans la physique ou même la philosophie.

La culture populaire véhicule des clichés

"Pensez combien il est difficile, même dans la culture populaire, d'imaginer une femme qui serait le génial inspecteur Sherlock Holmes, le Dr House de la série télévisée ou le héros du film Will Hunting, un jeune génie sans formation scolaire", a souligné Sarah-Jane Leslie, professeure de philosophie à l'université de Princeton, principal coauteur de cette recherche. "Les modèles de femmes intellectuellement accomplies sont comme le personnage d'Hermione Granger, héroïne de la saga Harry Potter, qui est décrite comme quelqu'un qui est appliquée et étudie très dur", a-t-elle poursuivi.

"Les résultats de notre recherche confortent l'hypothèse selon laquelle il s'agit de préjugés inconscients enracinés dans des stéréotypes sur l'homme et la femme dans notre société", a jugé Andrei Cimpian, professeur de psychologie à l'université d'Illinois, l'autre coauteur.

Ainsi, il est possible que "les membres d'une discipline académique qui recherchent des qualités intellectuelles exceptionnelles ne puissent pas les voir dans leurs étudiants ou collègues femmes", a-t-il dit. De quelles disciplines s'agit-il ? Les mathématiques, la technologie, l'ingénierie mais aussi la philosophie et certaines sciences sociales comme l'économie.

Les Noirs victimes de préjugés sur leurs capacités

Les auteurs de l'étude ont également constaté que ce même mécanisme de préjugés pénalise les Noirs américains, qui sont moins représentés que les Blancs dans ces champs académiques à haut niveau. Comme les femmes, les Noirs sont la cible de stéréotypes culturels négatifs quant à leurs capacités intellectuelles qui paraissent les décourager.

"Nous ne disons pas dans notre étude que le fait de rechercher ou de valoriser le talent intellectuel est une mauvaise chose ou que les femmes sont moins brillantes que les hommes", souligne Andrei Cimpian.

Et de préciser : "Notre recherche suggère que le fait de transmettre aux étudiants l'idée que l'excellence intellectuelle est requise pour réussir pourrait avoir des effets différents sur les hommes et les femmes cherchant à faire carrière dans ces disciplines."