Des élèves en retard à cause de la prière musulmane ? "Quelques cas isolés", selon le maire de Mulhouse

Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, à Mulhouse, "des dizaines d'enfants arrivent en retard à l'école parce qu'ils sont à la prière musulmane". Francetv info a voulu en savoir plus.

Selon le maire UMP de Mulhouse, Jean Rottner, certains enfants arrivent en retard le matin en classe à cause de la prière de leurs parents.
Selon le maire UMP de Mulhouse, Jean Rottner, certains enfants arrivent en retard le matin en classe à cause de la prière de leurs parents. (MAXPPP)

La prière du matin est-elle à l'origine d'une épidémie de retards en classe ? Lundi 2 février, au micro de BFMTV, la numéro 2 de l'UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet, évoque le témoignage de son "ami" Jean Rottner, maire de Mulhouse (Haut-Rhin). "Dans sa ville, il y a des dizaines d'enfants qui arrivent en retard à l'école parce qu'ils sont emmenés à la prière musulmane." Avant d'ajouter : "Ça le conduit où, l'enfant, d'aller à la prière et pas à l'école ?" et de suggérer le placement de l'enfant dans ces cas de figure.

Contacté par francetv info, Jean Rottner confirme les propos qui lui sont prêtés par NKM. "A certains moments de l'année, plusieurs parents font d'abord la prière du matin avant d'emmener les enfants à l'école, ce qui met des élèves en retard." Première nuance apportée aux déclarations de NKM, les enfants ne sont pas eux-mêmes à la prière. Et si le maire de Mulhouse évoque bien "plusieurs témoignages" d'enseignants et de directeurs, il refuse de parler de dizaines d'enfants, évoquant plutôt "quelques cas isolés".

"C'est la première fois que j'entends ça"

Le phénomène évoqué semble donc marginal. Contactés par francetv info, plusieurs syndicats d'enseignants et de parents d'élèves tombent d'ailleurs des nues. "C'est la première fois que j'entends ça", commente le président de la FCPE 68, Philippe Barillon. "Au niveau de mon syndicat [présent dans 8 ou 9 des 20 établissements de la ville], on n'a jamais eu de remontée de ce type. Il peut y avoir des problèmes de retard, oui, mais pas de manière systématique", ajoute Jean-Marie Koelblen, secrétaire départemental SNUipp-FSU.

André Gehenn, de l'Unsa Education 68, confirme toutefois un cas. "Après les attentats commis en France, le maire a convié des directeurs d'établissement. Une directrice a pris la parole pour évoquer le cas d'un père de famille. Ce dernier justifiait les retards de son fils en expliquant que la prière du matin était plus importante que l'école." Mais, tempère le syndicaliste, "cet indicateur montre surtout que les parents accordent de moins en moins d'importance à l'école", dans un territoire déjà marqué par l'absentéisme scolaire et les retards, liés selon lui à des éléments sociologiques. "Mulhouse est une ville essentiellement ouvrière, avec une forte vague d'immigration dans les années 1970. Il y a des quartiers sensibles."

Pourtant, Jean Rottner n'en démort pas. "Aujourd'hui, j'ai des parents dans cinq classes qui ont demandé des dérogations pour ne plus assister aux cours de l'école de la République et réclamer un enseignement à distance. Sans compter qu'entre la mi-juin et le début d'octobre, il y a jusqu'à 50% d'effectifs en moins parce que des enfants rentrent au pays." Cela prouve, selon lui, que l'école est de moins en moins prioritaire pour certaines familles.

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Mise à jour : Jean Rottner a répondu aux questions de L'Oeil du 20 heures. Il précise que dans sa ville cinq cas, et pas des dizaines, ont été signalés par des directeurs. "Ce ne sont pas les enfants qui sont emmenés au culte, bien sûr, ce sont les parents qui pratiquent leurs activités cultuelles", a-t-il assuré.