Joséphine Baker : "Le fait que pour l'éternité elle repose au Panthéon aura une valeur d'exemple", se réjouit son fils, Brian Bouillon-Baker

Ma mère "a été espionne pour les Forces françaises libres", rappelle Brian Bouillon-Baker, l'un de ses fils. Il publie le livre "Joséphine Baker, l'universelle", aux éditions du Rocher.

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Radio France
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Le comédien Brian Bouillon Baker est l'un des fils de Joséphine Baker . (DANIEL FOURA? / MAXPPP)

L'entrée au Panthéon de Joséphine Baker mardi 29 novembre "aura une valeur d'exemple pour les générations futures et les jeunes", se réjouit sur franceinco son fils Brian Bouillon-Baker qui publie le livre Joséphine Baker, l'universelle, aux éditions du Rocher. Pour lui, cette entrée au Panthéon "c'est un grand jour, un jour mémorable". Joséphine Baker est la première femme noire à entrer dans ce temple de la République ; c'est la sixième en tout, elle a été résistante et a reçu la Croix de la Résistance, la Croix de guerre et la Croix de Lorraine. Ma mère "a pris des risques car elle a été agent de liaison, espionne pour les Forces françaises libres" et "elle a fait passer plein de messages dans ses partitions en prenant le risque d'être arrêtée et fusillée", a détaillé Brian Bouillon-Baker. Selon lui, "on peut dire maintenant que cette histoire d'amour très belle devient éternelle avec son entrée au Panthéon".

franceinfo : Joséphine Baker symbole de l'antiracisme, résistante, artiste de music-hall qui devient un symbole de la France. C'est un grand jour pour vous, pour votre famille ?

Brian Bouillon-Baker : C'est un grand jour, un jour mémorable, un jour de joie et s'il y a des pleurs ce seront des larmes de joie. Ma mère qui s'est toujours engagée pour des causes humanistes était une idéaliste. Le fait que pour l'éternité, elle repose au Panthéon aura une valeur d'exemple pour les générations futures et les jeunes. C'est un symbole fort pour les jeunes qui ne la connaissent pas bien, car elle a toujours combattu toutes les formes de racisme. Aujourd'hui, elle combattrait l'intégrisme et le communautarisme. Évidemment le sexisme et l'homophobie et l'antisémitisme et le terrorisme. Elle dirait que tout cela vient d'un manque d'éducation ou d'une éducation mal orientée par les parents vers le rejet de l'autre et la haine de l'autre.

Elle insistait pour qu'on prononce son nom à la française et non à l'américaine, pourquoi ?

Pour elle, la France n'était pas son pays d'adoption mais son pays tout court. "Maintenant que je vis en France et que je suis Française", c'est ce qu'elle disait. Elle avait la France au fond du cœur. C'était un coup de foudre entre la France, Paris et ma mère. Et on peut dire maintenant que cette histoire d'amour très belle devient éternelle avec son entrée au Panthéon.

Elle incarne les valeurs de cette République de cette France. C'est une Française naturalisée qui toute sa vie s'est battue contre le racisme ?

Si on prend la devise de la République. Liberté, ça a été une femme libérée, et non pas féministe. Égalité, elle a toujours voulu la justice. Elle s'est engagée pour plein de causes. Fraternité, son idéal était un celui d'une fraternité universelle. C'était une énergie, voyager, s'engager, faire des conférences, chanter et puis elle s'occupait de douze enfants, ce n'était pas évident. Surtout qu'il n'y avait plus de papa parce que mon père s'est séparé d'avec ma mère quand nous étions petits, même si on le revoyait de temps à autres. Ils n'ont d'ailleurs jamais divorcé. Elle devait jouer le rôle de la maman et du papa. Elle le faisait avec conviction et fermeté. Une maman aimante et protectrice. C'était aussi l'éducation d'avant 1968.

C'est un livre très touchant, très amusant que vous publiez sur votre mère car vous racontez Joséphine Baker avec vos yeux d'enfant ?

Avec les yeux de l'enfant et ceux de l'adolescent. Je raconte tout ce qu'on a vécu avec ma mère et avec mes frères et sœurs. La tribu arc-en-ciel c'était une colonie de vacances. On voyageait et on est allés à Cuba et on a été reçus par Fidel Castro qui est arrivé en hélicoptère avec tous ses gardes du corps, son équipe de sécurité. Je me suis retrouvé sur ses genoux. Il me laisse lui toucher la barbe. Je lui ai demandé de goûter son cigare, il me dit que je suis trop petit. Il m'a dit 'plus tard quand tu seras grand et si tu veux vivre à Cuba, tu seras colonel dans l'armée cubaine'.

Sa force de caractère, le fait que ce soit une femme qui ne se laissait pas dicter sa façon de vivre. Ça peut encore inspirer la jeunesse aujourd'hui ?

Ma mère avait une énergie, du courage. Elle n'avait peur de rien. Elle a provoqué des scandales parce que dans certains endroits chics de New York on refusait de la servir ou ses amis noirs ou métis. Elle défendait avec Martin Luther King, la cause des droits civiques. Elle a d'ailleurs pris la parole lors de la marche de Washington [28 août 1963] à l'issue de laquelle le pasteur a prononcé le fameux discours "I have a dream".

Dans votre livre, vous dites qu'elle n'aurait jamais osé réclamer une entrée au Panthéon...

Elle n'aurait jamais osé le réclamer. Elle aurait probablement protesté. C'est ce que j'ai dit au président de la République lorsqu'il m'a posé cette question. Elle aurait dit sûrement qu'il y a des gens plus méritants qu'elle et qui ont pris plus de risques. Et pourtant, elle aussi a pris des risques car elle a été agent de liaison, espionne pour les Forces françaises libres. Après on lui a demandé de rentrer dans l'armée de l'air où elle finit officier. Elle a fait passer plein de messages dans ses partitions en prenant le risque d'être arrêtée et fusillée.

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