Congé paternité : quinze bougies, des avancées, mais encore des inégalités

Inscrit dans la loi du 10 août 2001, le congé paternité souffle ce jeudi sur ses quinze bougies. Si sept pères sur dix y ont recours, le type de poste, la précarité du contrat de travail et le bon-vouloir de l'employeur sont encore des sources d’inégalités pour les jeunes papas.

(Pierre, premier père à prendre son congé de paternité, pose, le 31 décembre 2001 à l'Institut mutualiste Montsouris à Paris, en compagnie de Virginie et de son fils Evan, au côté de la ministre de la Famille Ségolène Royal © AFP)

Le congé paternité donne la possibilité aux jeunes papas de cesser leur activité professionnelle, au même titre que le congé maternité. Sa durée est de onze jours, dix-huit pour une naissance multiple. Tous les papas ne peuvent, dans les faits, profiter de cette avancée sociale : au premier rang des facteurs excluant, la relative précarité du contrat de travail, le type d’emploi et… la bonne volonté de l’employeur. 

Un droit difficile à faire valoir pour certains 

Gérald est éducateur spécialisé. Papa depuis quelques mois, il a bénéficié de la  totalité de son congé de paternité. Pour s'occuper de son enfant déjà, mais aussi pour suppléer sa compagne au niveau des tâches quotidiennes. Son employeur l'a accepté sans problème, Gérald l'avait prévenu dans les temps et son équipe s'est organisée en conséquence. "Nous avons des plannings annuels , explique-t-il. En janvier, j’ai donc pu expliquer mon cas et cela a été intégré directement sur les plannings. J’ai pris trois jours à la naissance en mai. Puis onze jours pour partir l’été et passer du temps. "

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Quatorze jours en tout, si l'on cumule les trois du congé de naissance et les onze du congé paternité. Mourad, responsable de l'action culturelle d'une salle de spectacle, a préféré, lui, n'en prendre qu'une dizaine. Deux semaines d'absence au bureau auraient mis son travail en danger.

"Nous avions une résidence d’artistes qui tombait sur le créneau de la naissance , se souvient Mourad J’ai donc laissé mes collègues s’en occuper. Mais la dernière ligne droite supposait que je sois là, puisque je m’occupais du dossier depuis le début. J’ai donc laissé de côté les trois jours qui me restaient, pour prendre en tout onze jours sur les quatorze, ce qui est finalement très bien !"  

Romain a dû faire une croix sur son congé paternité 

Romain, lui, est papa depuis le mois de décembre. A l'époque, il travaillait avec son père dans une entreprise de chauffage sanitaire. Et comme ils n'étaient que deux à tenir la maison, il a dû faire une croix sur son congé paternité : "Mon père était invalide, je me suis donc retrouvé tout seul pour travailler. J’étais donc obligé de ne pas les prendre. Ma femme voulait, mais sans personne sur le chantier, je ne pouvais pas les prendre. Donc je ne les ai pas pris…

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Sept pères sur dix font valoir leur droit au congé paternité

Le congé paternité est donc un droit à étudier au cas par cas. Ainsi, si, en moyenne, sept pères sur dix ont recours à ce type de congé. 95% d'entre eux le prennent en totalité. Les études montrent que le poste exercé par le père est déterminant. Dans la fonction publique, où le salaire est intégralement pris en charge, la moyenne monte à neuf papas sur 10. Dans le privé, où le salarié touche une indemnité de 83 € par jour, elle se maintient à 8 sur 10 pour les CDI. Par contre seule, la moitié des précaires et des CDD font valoir ce droit. En CDI, les pères ont  recours plus facilement au congé paternité, près de 80% le font, alors que seulement un père sur deux en contrat court se permet d'utiliser ces onze jours. La mesure, combinée au congé de naissance, apparaît cependant, au moins dans sa réalité chiffrée, comme une vraie réussite puisque 77% des papas en profitent. 

Le père doit devenir un parent et non un accompagnateur 

Et du côté des sociologues, cette mesure est appréciée, mais quelque peu nuancée. Pour François de Singly, sociologue spécialiste des familles à l'université de Paris Descartes, cette loi est une avancée, qui se confirme d'années en années. Cette mesure permet d'investir le papa dans le schéma familial. 

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"Symboliquement, cette mesure marque dans la loi qu’il est important que les pères soient des parents comme les mères. Tout ce qui va dans le sens d’une égalité homme-femme est en la matière une avancée à saluer ", se réjouit-il. 

Seuls 7% des pères prennent leur congé à la fin du congé maternité 

Un progrès dans l'éducation donc, et pour en profiter pleinement François de Singly conseille de prendre le congé paternité à la fin du congé maternité, c'est-à-dire au bout des quatre mois comme 7% des pères le font déjà. Pour lui, ça permettrait au papa de se retrouver seul avec son enfant.

 

"La moitié du temps qu’une femme passe avec son enfant, elle le passe hors de la présence de son compagnon. En revanche, trois quart du temps que le père passe avec son enfant est en compagnie de la mère. Une des fragilités de ce modèle est que l’homme est en réalité davantage un accompagnateur de la mère avec son enfant. Il doit maintenant assumer son rôle de père et devenir un parent à part entière et non un complément de l’autre parent ", conseille le chercheur.

 

Un conseil très peu suivi pour l'instant par les jeunes pères. Trop pressé sans doute : quasiment un sur deux prend son congé paternité dans la semaine qui suit l'arrivée du nouveau-né.