"Cela a fait rire toute la salle" : ces Français victimes de glottophobie, la discrimination par l'accent

Les accents de certains Français sont souvent moqués. Une proposition de loi pour lutter contre la glottophobie est examinée mercredi à l'Assemblée nationale.

Article rédigé par
Mathilde Vinceneux - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 1 min.
Illustration d'un discours dans une salle de réunion. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

C'est un entretien d'embauche qui lui est resté en travers de la gorge. Loan, 21 ans, a été pointée du doigt devant une vingtaine de personnes à cause de son accent franc-comtois. "J’ai commencé à me présenter et le formateur m'a repris sur ma façon de dire le mot 'août' et sur d'autres mots, ce qui a fait rire toute la salle, raconte la jeune femme. Je m'étais dit que forcément, je n'allais pas être prise puisque c'était pour un entretien en tant que commercial, ça n'allait pas du tout le faire pour ce métier."

Selon un sondage Ifop paru en janvier 2020, 16% des Français disent avoir été victimes de glottophobie, c'est-à-dire la discrimination par l'accent. Une discrimination qui doit être reconnue comme les autres et donc punie par loi selon le député de l'Hérault Christophe Euzet, du groupe Agir ensemble de la majorité présidentielle. Il travaille depuis plus d'un an et demi sur une proposition de loi qui est examinée mercredi 18 novembre par la commission des lois de l'Assemblée nationale.  

"Une centralisation linguistique"

Quand l'accent devient trop gênant, certains finissent par complexer comme Félicie, fleuriste dans le Pas-de-Calais. Son accent est souvent moqué. "Au final, en fait, on est labellisé Nord-Pas de Calais et du coup j'essaye systématiquement de l'atténuer ou de le cacher", explique-t-elle.

Le problème est loin d'être nouveau explique Médéric Gasquet-Cyrus, linguiste et maître de conférence à l'université d'Aix Marseille : "Il y a une centralisation linguistique. C’est l’idée qu'il n'y aurait qu'une seule bonne façon de parler, celle de la capitale ou en tout cas de l'élite qui travaille dans la capitale, ce ne sont pas forcément les Parisiens."

Tout ce qui est considéré comme satellite ou périphérique est considéré comme moins sérieux, moins légitime.

Médéric Gasquet-Cyrus, linguiste

à franceinfo

Cette discrimination dépasse l'hexagone, puisque l'on se moque aussi de l'accent des francophones de Belgique, de Suisse ou du Canada.

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