Cannabis : les tests salivaires pourront-ils vraiment être mis en place dans les lycées ?

Cette mesure visant à prévenir la consommation de drogue chez les lycéens était au programme de Valérie Pécresse, élue à la tête de la région Ile-de-France. 

Valérie Pécresse à Paris, le soir de sa victoire au second tour des élections régionales en Ile-de-France, le 13 décembre 2015. 
Valérie Pécresse à Paris, le soir de sa victoire au second tour des élections régionales en Ile-de-France, le 13 décembre 2015.  (MIGUEL MEDINA / AFP)

C'était la mesure phare de son programme, en tout cas l'une de celles qui ont fait le plus de bruit. En dévoilant son programme pour les élections régionales en Île-de-France fin octobre, Valérie Pécresse, tête de liste Les Républicains, a annoncé son intention de contrôler la consommation de drogue dans les lycées de la région. Comment ? En imposant un test salivaire aux élèves pour détecter l'usage de cannabis.

"La consommation de drogue a pour conséquence la démotivation, le décrochage et l’échec scolaire. Lutter contre l’usage de la drogue chez les mineurs, c’est ma responsabilité de candidate", explique-t-elle au Parisien dans une interview du 5 novembre. Nouvellement élue à la tête de la région, Valérie Pécresse peut-elle réellement mettre ces contrôles en place ? 

Un projet soutenu à droite depuis plusieurs années

En soumettant le projet aux proviseurs des 470 lycées franciliens, qui devront ensuite faire voter la mesure en conseil d'administration, la députée des Yvelines espère mettre en place une mesure défendue par des élus de droite à plusieurs reprises dans le passé : Le Parisien rappelle en effet qu'en 2012, Jean-François Copé, alors en pleine course à la présidence de l'UMP, avait plaidé pour de tels contrôles. En 2014, Eric Ciotti s'était lui aussi exprimé en faveur du dépistage, et avait déposé une proposition de loi pour le rendre obligatoire pour les lycéens, une fois par an. Le Figaro rappelle que Vincent Peillon, à l'époque ministre de l'Education nationale, avait à cet égard parlé d'un "problème d'addiction très lourd en France"

Et pour cause, le constat dressé par les professionnels du secteur est clair. Dans son rapport national sur les drogues 2015, l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) établit que l'entrée au lycée "correspond à l’une des plus importantes phases d’initiation au cannabis. Les premières expérimentations sont observées dès la classe de quatrième, mais les niveaux progressent rapidement par la suite, avec un doublement des niveaux en troisième puis de nouveau en seconde". Et, toujours d'après l'OFDT, près de la moitié des lycéens français (49%) dit avoir déjà fumé du cannabis. 

"Rien dans la loi ne permet ce type de dépistage"

Mais cette mesure, qui existe déjà sous d'autres formes dans des pays voisins de la France, pourrait peiner à trouver sa voie jusqu'aux lycées. Pour Laurence Mayer, avocate spécialiste du droit de la famille contactée par francetv info, ce projet est "du jamais-vu". Valérie Pécresse a en effet l'intention de "décourager" les élèves se refusant à passer le test en les déclarant directement "positifs". "Je trouve ça choquant. Refuser de se soumettre au test, c'est jouir de son droit à disposer de son propre corps, comme dans le cas d'un test de paternité", affirme l'avocate.

Pour Me Mayer, ce n'est de toute façon pas possible, "en l'état actuel de la législation" : "Sans l'autorisation des parents, je ne vois pas comment on peut imposer ce test. Il faudrait une loi qui rende ce test obligatoire, et que cette loi ne soit pas discriminatoire." Interrogée par Le Parisien, l'avocate de l’association La Voix de l’enfant, Isabelle Thieuleux, fait le même constat : "Même si cette proposition se situait dans une optique de soins, il devrait y avoir un accord des parents ou des représentants légaux  des enfants. Actuellement, rien dans la loi ne permet ce type de dépistage sur des mineurs. Cela paraît aujourd’hui difficilement applicable." 

Des fédérations de parents d'élèves dubitatives

Pour ce qui est de l'accord des parents, ce n'est pas gagné non plus. Interrogé par francetv info, Hervé-Jean Le Niger, vice-président national de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), estime que "ce n'est pas avec la répression qu'on arrivera à éradiquer les addictions. La meilleure des approches, c'est de détecter les addictions avec l'aide des médecins scolaires, des infirmiers et des services sociaux."

Du côté de la Peep, l'autre fédération de parents d'élèves, le discours est le même. Valéry Marty, sa présidente, confie à francetv info avoir "un peu de mal à comprendre l'objectif" de l'initiative, puisque "des actions de responsabilisation des jeunes existent déjà dans tous les lycées d'Ile-de-France", en plus des réseaux d'accueil pour jeunes consommateurs. 

"La région n'est pas le supérieur des proviseurs"

Valérie Pécresse n'a pour l'instant pas précisé qui, des associations agréées ou de la médecine scolaire – deux options envisagées pendant la campagne –, pratiquerait les tests salivaires. Christine Cordoliani, médecin du rectorat de Versailles, affirme à cet égard n'avoir "pas encore reçu de demande". Interrogée sur la mise en place du dispositif, elle reste dubitative : "La région n'est pas le supérieur hiérarchique des proviseurs, elle ne détient que les bâtiments." 

Confirmant l'idée selon laquelle la loi pourrait être un obstacle au projet de Valérie Pécresse, Christine Cordoliani explique "qu'on ne peut pas obliger quelqu'un à donner sa salive", puisqu'il n'existe dans la loi française que peu d'obligations de soins. Le projet de la nouvelle présidente de la région Ile-de-France pourrait bien partir en fumée.