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Les aventures de la tête (ou pas) d'Henri IV en trois actes

Une étude sur l'ADN affirme que l'authentification de la tête momifiée du souverain réalisée en 2010 est erronée. Retour un des mystères de l'histoire de France.

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Reconstruction du visage d'Henri IV à partir de la tête momifiée qui lui a été attribuée en 2010, présentée le 12 février 2013 à Paris.  (LOIC VENANCE / AFP)

La tête d'Henri IV ne serait finalement pas... la tête d'Henri IV. Une nouvelle analyse génétique, publiée mercredi 9 octobre, remet en cause l'authenticité de la tête momifiée attribuée au roi de France. Cette étude consultable dans la revue European Journal of Human Genetics repose sur l'analyse ADN de trois représentants vivants de la maison Bourbon. Ils ont pour ancêtre commun Louis XIII, le fils d'Henri IV. Retour sur les extraordinaires pérégrinations de cet organe royal. 

Acte 1 : la réapparition de la tête

Probablement séparée du corps d'Henri IV en octobre 1793, lorsque les révolutionnaires profanent les caveaux des rois et reines de France, la tête réapparaît à l'hôtel Drouot en 1919, lors d'une vente aux enchères. Sur son blog Objectif Sciences, le journaliste de France 2 Nicolas Chateauneuf détaille son incroyable parcours.

"On suppose que les descendants d'Alexandre Lenoir, auteur présumé du vol de la tête et grand collectionneur de reliques, l'ont conservée jusqu'au début du XXe siècle", écrit-il, tout en rapportant que le crâne est acheté 3 francs de l'époque par un brocanteur de Montmartre, Joseph Bourdais. "En 2008, Stéphane Gabet et Pierre Belet retrouvent la trace de cette tête dans le pavillon d'un retraité de 84 ans qui la gardait en secret depuis 1955. Ils la confient à Philippe Charlier, qui constitue une équipe de spécialistes", rapporte encore Nicolas Chateauneuf.

Présentation, le 12 février 2012 à Paris, de la tête momifiée attribuée depuis 2010 à Henri IV.  (BELLET-GABET / AFP)

Acte 2 : son authentification

En décembre 2010, l'équipe de 19 chercheurs français dirigée par le Pr Philippe Charlier annonce avoir authentifié le crâne d'Henri IV. Leurs conclusions, publiées par le British Medical Journalse fondent sur les caractéristiques connues du visage du roi de France de 1589 à 1610, qui avait une tache sombre sur le nez, portait une boucle d'oreille à l'oreille droite et avait une cicatrice aux lèvres datant d'une tentative d'assassinat en 1594.

En tous points, le crâne correspond au moulage conservé à la bibliothèque Sainte-Geneviève et réalisé juste après le décès du souverain. Selon les informations parues à l'époqueHenri IV avait demandé à être embaumé "selon la mode italienne", qui consistait à ne pas ouvrir le crâne et permettait une conservation dans le meilleur état de la tête.

Deux ans plus tard, Philippe Charlier et ses équipiers réussissent à retrouver un peu d'ADN au fond de la gorge de la tête momifiée. Il est comparé à celui de Louis XVI. "Le verdict est sans appel: la tête et le sang proviennent bien de deux personnes de la même lignée", rappelle Nicolas Chateauneuf. 

Acte 3 : l'ADN remis en cause

Finalement, l'équipe du généticien belge Jean-Jacques Cassiman et de l'historien français Philippe Delorme remet en cause cette conclusion. Selon une nouvelle étude basée sur l'ADN des Bourbon, publiée dans la revue European Journal of Human Genetics, le sang utilisé pour la comparaison n'était celui de Louis XVI. De ce fait, la tête d'Henri IV ne serait finalement pas la tête d'Henri IV.

En effet, Jean-Jacques Cassiman, directeur du service de génétique humaine de l'université de Louvain (Belgique), a comparé la signature génétique de la relique avec des prélèvements ADN réalisés sur trois descendants vivants de la maison de Bourbon : Sixte-Henri, né en 1940, et Axel, né en 1968, de Bourbon-Parme, ainsi que Jean Henri d'Orléans-Bragance, né en 1954. 

Elle a établi que ces trois Bourbon "ont le même chromosome Y (transmis en ligne masculine)". Mais ce chromosome Y, qualifié par Philippe Delorme de "chromosome authentique des Bourbons", n'a pas été retrouvé dans le profil génétique des deux reliques attribuées à Louis XVI et Henri IV. Par ailleurs, une seconde comparaison portant cette fois sur l'ADN mitochondrial (transmis par la lignée féminine) a aussi montré qu'il n'était pas possible que l'ADN de la tête momifiée provienne d'Henri IV.

De son côté, le professeur Philippe Charlier a répliqué par communiqué qu'indépendamment du profil génétique, "23 arguments morphologiques ont été apportés", permettant, selon lui, "une identification de la tête comme appartenant à Henri IV au-delà de tout doute raisonnable".

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