Pourquoi le lancement de la fusée Falcon 9 de SpaceX est-il un enjeu de taille ?

La société américaine va tenter une première : faire atterrir le premier étage de sa fusée sur une plateforme dans l'Atlantique. 

La fusée Falcon 9 de SpaceX sur sa base de lancement, à Cap Canaveral (Floride, Etats-Unis), le 5 janvier 2015. 
La fusée Falcon 9 de SpaceX sur sa base de lancement, à Cap Canaveral (Floride, Etats-Unis), le 5 janvier 2015.  ( SCOTT AUDETTE / REUTERS )

Ce lancement pourrait changer la face de l'exploration spatiale. Le décollage de la fusée Falcon 9, initialement prévu mardi 6 janvier depuis Cap Canaveral (Floride, Etats-Unis) et reporté à vendredi matin en raison d'un problème technique, est à suivre avec attention. Cette société américaine va tenter une première : faire atterrir le premier étage de sa fusée sur une plateforme dans l'Atlantique, juste après avoir lancé sa capsule Dragon pour une mission de ravitaillement de la Station spatiale internationale (ISS). Francetv info vous explique les enjeux de cette mission. 

Atterrir sur une plateforme flottante, un défi technique

SpaceX travaille depuis deux ans au développement de technologies permettant de récupérer le premier étage de son lanceur, un élément qui s'abîme habituellement en mer, après que celui-ci s'est détaché du deuxième étage auquel est attachée la capsule Dragon.

La société américaine privée est déjà parvenue à deux reprises l'an dernier à faire redescendre le premier étage pour un amerrissage en douceur. Mais comme l'explique le site Business Insider, le lanceur s'est renversé sur le côté en haute mer, étant ainsi irrémédiablement endommagé. 

Réussir un atterrissage précis sur une plateforme flottante non amarrée dans l'océan est "beaucoup plus difficile", expliquait récemment Elon Musk, le fondateur et patron de SpaceX, estimant les chances de succès à "50% au mieux".

"Contrôler le premier étage de Falcon, qui mesure l'équivalent d'un immeuble de 14 étages avançant à 2 092 km par seconde, revient à essayer de maîtriser un manche à balai posé sur la paume de la main en pleine tempête", soulignait la firme californienne en décembre.

Elon Musk a tweeté une photo de la plateforme d'atterrissage, de la taille d'un terrain de football. Flottant à 322 km au nord-est de Cap Canaveral, elle mesure exactement 91m de long sur 170m de large. 

SpaceX va tenter un atterissage d'une précision de dix mètres. Pour ce faire, après la séparation du deuxième étage, soit environ trois minutes après le décollage, le premier étage rallumera ses moteurs en rétropropulsion à trois reprises, lors de son retour dans l'atmosphère, pour freiner sa descente d'une centaine de kilomètres. Cette descente sera guidée par des trackers GPS et des ailerons hypersoniques conçus pour l'occasion.

Réutiliser le lanceur d'une fusée, une révolution

Cet essai sera le premier d'une série visant à mettre au point un premier étage de Falcon 9 entièrement réutilisable. L'objectif de ces expérimentations : parvenir un jour à le poser à proximité du site de lancement, précise la société, qui envisage aussi de récupérer le second étage à plus long terme. Les coûts seraient ainsi réduits de manière drastique.

"Notre objectif est d'effectuer le plus de lancements possibles tout en réduisant les coûts, (...) ce qui aurait un impact énorme sur le secteur du lancement", a expliqué Hans Koenigsmann, le directeur de la mission à SpaceX.

Une révolution économique qui permettrait, à terme, une révolution tout court dans l'exploration spatiale. "Construire une fusée réutilisable est une étape extrêmement importante dans le projet d'envoyer une mission habitée vers Mars. Elle pourrait utiliser la fusée pour atterrir, et plus important, la réutiliser pour quitter Mars et revenir sur Terre", analyse Business Insider. 

Du matériel scientifique important à destination de l'ISS

Cette mission, prometteuse donc sur le plan expérimental, doit également permettre d'acheminer du matériel important vers l'ISS. Il s'agit de la cinquième mission de ravitaillement de la station effectuée par SpaceX pour le compte de la Nasa, sur les douze prévues dans le cadre d'un contrat de 1,6 milliard de dollars. 

La capsule Dragon, dont l'amarrage à l'ISS est prévu jeudi, transporte 2,2 tonnes de fret : des provisions pour les six membres d'équipage, une caméra IMAX, des pièces de rechange, ainsi que des matériels et équipements d'expériences scientifiques. Parmi lesquels un instrument pour mesurer la distribution des nuages dans l'atmosphère. 

Pour répondre à toutes les questions suscitées par cette mission hors norme, Elon Musk a animé un chat avec les internautes sur le réseau social américain Reddit (en anglais).