Les souris de laboratoire n'aiment pas l'odeur des chercheurs hommes

Selon une étude publiée dans les revues "Nature" et "Science", le rapport à la douleur des rongeurs est émoussé par leur stress ressenti à proximité de chercheurs de sexe masculin. 

Les rongeurs sont particulièrement sensibles à l\'odeur de la sueur, et les hommes sécrètent davantage de phéromones sous leurs aisselles que les femmes.
Les rongeurs sont particulièrement sensibles à l'odeur de la sueur, et les hommes sécrètent davantage de phéromones sous leurs aisselles que les femmes. (ADAM GAULT / OJO IMAGES RF / GETTY IMAGES)

Des souris et des hommes. Le titre du livre de Steinbeck pourrait résumer à lui seul l'histoire de la science : la plupart des expériences sont menées en laboratoire sur des rongeurs par des scientifiques de sexe masculin. Or, une étude vient mettre de l'eau dans le gaz dans cette belle histoire. Publiée dans les revues Nature et Science (liens en anglais), lundi 28 avril, elle révèle que les souris sont stressées par l'odeur des chercheurs hommes et que ce stress émousse leur rapport à la douleur. Un pavé dans la mare de la recherche biologique et médicale.

Une équipe de scientifiques de l'université McGill à Montréal (Canada) a injecté dans les pattes des rongeurs un agent inflammatoire puis mesuré leur douleur en utilisant l'échelle de "la grimace de la souris", qui examine les expressions faciales. Résultat, la douleur a diminué de 36% lorsque cette expérience était menée par des hommes. Le taux de l'hormone du stress, la corticostérone, et la température du corps ont en revanche augmenté. 

La sueur en cause 

Le rapport est logique, explique le site The Verge (en anglais), qui relaie l'étude : le stress entraîne un effet analgésique. Les rongeurs sont particulièrement sensibles à l'odeur de la sueur, or les hommes sécrètent davantage de phéromones sous leurs aisselles que les femmes. Selon les chercheurs canadiens, cette réaction des souris se vérifie également avec d'autres animaux mâles. 

Rien de très surprenant, selon Jeffrey Mogil, qui a conduit l'étude : "Si vous sentez un mâle solitaire à proximité, il y a des chances qu'il soit là pour chasser ou défendre son territoire. Or, si vous avez mal, vous faites preuve de faiblesse." 

Faut-il, dès lors, remettre en cause tous les résultats d'expériences menées par des hommes ? Et notamment ceux des expériences comportementales ? Non, répond Jeffrey Mogil. Des solutions simples existent. Il a par exemple été observé que la présence de femmes dans la pièce contrecarrait la réaction de stress. L'effet induit par la présence de "mâles" diminue également au fil du temps. "L'expérimentateur pourrait ainsi passer du temps dans la salle avec les animaux avant de commencer les essais", suggère le scientifique. Sinon, "il faut virer tous les chercheurs hommes ou les faire chaperonner par des femmes", plaisante-t-il. Plus sérieusement, il suggère que le sexe des personnes ayant mené l'expérience soit au moins mentionné dans les résultats.