Pays-Bas : la société de chemin de fer va indemniser les proches de Juifs déportés

La compagnie de chemin de fer avait poursuivi ses activités au service des occupants nazis après 1940, gagnant l'équivalent de millions d'euros en transportant des familles juives vers le camp de concentration de Westerbork, au nord-est du pays. 

Une photo d\'Otto Frank et de ses deux filles, Anne et Margot, déportés pendant la Seconde Guerre mondiale, présentée à New York (Etats-Unis), le 14 février 2007. 
Une photo d'Otto Frank et de ses deux filles, Anne et Margot, déportés pendant la Seconde Guerre mondiale, présentée à New York (Etats-Unis), le 14 février 2007.  (STAN HONDA / AFP)

Une décision inédite aux Pays-Bas. Pour la première fois, la compagnie de chemin de fer nationale du pays, Nederlandse Spoorwegen (NS), va indemniser les proches de Juifs déportés vers les camps de concentration nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, a annoncé l'entreprise, mardi 27 novembre. 

Cette annonce survient après des discussions entre le dirigeant de la société, Roger van Boxtel, et Salo Muller, l'ancien physiothérapeute de l'équipe de football d'Amsterdam Ajax, qui a perdu ses deux parents pendant la guerre. Salo Muller milite depuis 2017 pour cette indemnisation. La NS a transporté ses parents en train depuis Amsterdam vers le camp de transit de Westerbork (Pays-Bas). Depuis cet endroit, ils ont ensuite été envoyés vers le camp d'extermination d'Auschwitz, en Pologne.

La NS a donc décidé de "mettre en place une commission" afin de "déterminer comment la NS, pour des raisons morales, peut verser des indemnités individuelles", a annoncé la société dans un communiqué.

"Un passé que nous ne pouvons ignorer"

Comme bon nombre d'autres entreprises néerlandaises, la compagnie de chemin de fer a poursuivi ses activités au service des occupants nazis après l'invasion du pays par l'Allemagne, en mai 1940. Elle a gagné l'équivalent de millions d'euros en transportant des familles juives vers Westerbork, selon la chaîne de télévision nationale NOS. 

"La NS a obéi aux ordres des Allemands de mettre des trains à leur disposition. Les Allemands ont payé pour cela, et la NS devait s'assurer que les trains soient à l'heure", a expliqué à la NOS Dirk Mulder, du Centre pour la Mémoire de Westerbork. Au total, quelque 107 000 des 140 000 Juifs habitant aux Pays-Bas ont été acheminés à Westerbork, avant d'être envoyés vers des camps de la mort comme Auschwitz, Sobibor et Bergen-Belsen. Anne Frank, adolescente juive connue pour son journal intime, a notamment été emmenée à Westerbork au début du mois d'août 1944, après avoir été dénoncée puis arrêtée par la Gestapo.

L'entreprise s'est officiellement excusée en 2005 pour ses actes, mais aucune indemnité n'avait été versée jusqu'à maintenant. "C'était une période sombre de l'histoire de notre pays et aussi de notre compagnie. C'est un passé que nous ne pouvons ignorer", a indiqué la NS.