Méconnaissance de la Shoah chez les jeunes : "Ce qui a considérablement baissé, c'est la transmission familiale"

L'école reste le principal vecteur de cette transmission historique, mais la transmission familiale a considérablement baissé selon le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT.

Frédéric Potier, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l\'antisémitisme et la haine anti-LGBT, à Romans-sur-Isère, le 29 août 2018.
Frédéric Potier, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT, à Romans-sur-Isère, le 29 août 2018. (ST?PHANE MARC / MAXPPP)

Selon un sondage Ifop pour franceinfo, 30% des 18-35 ans ne savent pas qu'un génocide des juifs a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale. Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), a exprimé jeudi 20 décembre sur franceinfo la nécessité de "retravailler sur la transmission de l'Histoire" à l'école, notamment grâce aux outils numériques. "Nous manquons peut-être aujourd'hui de témoins directs" a-t-il analysé.

franceinfo : Comment expliquer ces chiffres ?

Frédéric Potier : Tout d'abord, on a souhaité faire cette enquête avec la Fondation Jean-Jaurès pour avoir confirmation d'une impression. Il y avait un sondage fait par la chaîne américaine CNN qui faisait état d'une méconnaissance d'environ 20% des jeunes de la Shoah. Grâce à cette étude, on a confirmation qu'il y a un problème de connaissance du génocide des juifs. Ce qui est intéressant dans cette étude, c'est la façon dont se transmettent l'histoire et la mémoire de la Shoah et donc du génocide des juifs. Ce que montre cette enquête, c'est que l'école reste le principal vecteur de cette transmission historique. Mais ce qui a considérablement baissé, c'est la transmission familiale. C'est là où on a une évolution : à mesure que les générations les plus anciennes s'éloignent et décèdent, nous manquons peut-être aujourd'hui de témoins directs. Ce qui est capital aujourd'hui, c'est de retravailler sur la transmission de l'Histoire.

Pour vous, l'enseignement à l'école n'est pas en cause ?

On est un des rares pays d'Europe à avoir un enseignement obligatoire de l'histoire du génocide des juifs. Ce dont il faut s'assurer, c'est la qualité de l'enseignement et la façon dont ces informations sont transmises. Un travail est en cours avec la Fondation Jean-Jaurès et le Mémorial de la Shoah pour faire en sorte que non seulement on puisse transmettre cette histoire par des films et des livres, mais qu'on fasse appel, davantage que par le passé, à la déconstruction des mécanismes sociaux et politiques. Dit autrement, créer un choc par des films ou une visite mémorielle c'est bien, mais ça ne suffit pas à transmettre ce qu'a été la Shoah et surtout à lutter contre l'antisémitisme.

Trouvez-vous que la qualité de l'enseignement peut parfois laisser à désirer ?

Parfois, les enseignants peuvent être amenés à rencontrer des difficultés, des cas de contestations d'enseignements, mais aussi parfois, des difficultés à bien expliquer ces mécanismes. C'est vrai que c'est un sujet délicat. Il faut donc former les enseignants, leur apporter des outils notamment numériques, que l'on construit avec l'Éducation nationale. Il ne faut pas les laisser seuls avec ces difficultés, il faut les aider à transmettre cette période sensible de notre Histoire.

Les autres génocides sont-ils mieux connus que la Shoah ?

Ils sont moins connus. On a testé deux autres génocides dans l'Histoire récente, celui du génocide arménien et l'histoire du génocide au Rwanda. Il y a encore des progrès à faire mais c'est de plus en plus pris en compte. Aujourd'hui, lorsque l'enseignement de la Shoah est fait, c'est l'histoire des génocides qui est abordée. C'est extrêmement important : il ne s'agit pas de comparer pour comparer, mais de comparer pour trouver des mécanismes psychologiques, sociaux, politiques communs et pour singulariser et mettre en avant une idéologie, un contexte social, une tension économique... C'est tout ce travail-là qu'il faut faire. Je crois qu'aujourd'hui, grâce à ce sondage, nous sommes un peu plus éclairés sur la façon dont on doit s'y prendre.