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Une école pour apprendre à créer des jeux vidéo

REPORTAGE | Le secteur est porteur. En France, 5.000 personnes travaillent directement dans l'industrie vidéo ludique à fabriquer les jeux qui feront rêver des dizaines de millions de personnes. Le chiffre d'affaires de cette industrie est important : 60 milliards d'euros en 2012 dans le monde. Et si, pendant longtemps, les concepteurs de jeux ont d'abord été de jeunes surdoués enfermés dans leurs garages, ce n'est désormais plus le cas. Plusieurs écoles existent en France. Visite de l'une d'elles, Supinfogame, à Valenciennes dans le Nord.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
  (Baptiste Schweitzer Radio France)

Les locaux sont exigus, installés dans un
bâtiment de la Chambre de commerce et d'industrie dans une zone commerciale à
proximité de Valenciennes. Supinfogame, école de jeux vidéo fondée en 2001 côtoie
des BTS et des formations continues délivrées par la CCI. "Mais on va
bientôt déménager pour des locaux plus grands"
, souligne d'emblée Laure
Casalini, la directrice de l'école.

Les élèves sont dispersés dans plusieurs salles
en fonction de leur spécialisation. L'école dure cinq ans, cinq années durant
lesquelles ils vont apprendre la programmation, le "Game Art" - le graphisme -
ou le "Game Design" - la conception d'univers, de mécanisme et de
scénario de jeux.

Un univers
riche

Derrière la porte, Marine dessine des "robots
aliens
" en fonction du cahier des charges (en anglais) que lui a donné son
voisin. Un exercice qui marie la technique et l'imagination. "Le mien doit
identifier s'il y a de la vie sur une planète. J'ai fait un robot reptilien.
Mais au début, on avait tous tendance à dessiner des robots humanoïdes"
,
raconte la jeune fille d'à peine 20 ans.

C'est d'ailleurs l'une des rares dans cette
école où la majorité des élèves sont encore des garçons. Beaucoup d'entre elles
se retrouvent dans la section graphisme de l'école. Marion rêvait de travailler
dans le cinéma d'animation. "Ce que je préfère finalement c'est qu'il y a le
côté interactif dans le jeux vidéo. L'univers est également beaucoup plus
développé. C'est moins rigide et imposé que dans le cinéma d'animation"
,
raconte-t-elle. Les techniques entre les deux univers sont similaires.

Thibaut, lui, essaye tant bien que mal de programmer : "On doit apprendre la programmation par nous-mêmes cette année. On n'a jamais
fait ça alors je galère ",  sourit-il. À ses côtés Tristan est dans le
même pétrin. "
On tâtonne. J'avais fait un peu de programmation en partant en
stage au Japon. Là-bas, les élèves savent tous programmer. Ils sont quasiment
bilingues en programmation " explique-t-il. Le chemin est encore long
pour eux qui se verraient bien, à la sortie d'école, travailler dans une
entreprise triple A. Comprenez, l'un des grands studios de jeux vidéo qui sortent les
blockbusters aux budgets très conséquents.

D'anciens geek repentis  

Dans
la salle d'à côté, des premières années en Game Design travaillent sur des
exercices pratiques. Ils doivent, en groupe, fabriquer un jeu. Mais pas
question de toucher à un ordinateur. Cette année, ils feront un jeu...de société.
Frustrant parfois pour eux, mais nécessaire détaille Pascal Bernard, leur
professeur en Game Design classique. "Ils
apprennent à manipuler des prototypes. C'est très important. On les ancre dans
le réel avant qu'ils ne passent au virtuel; Il faut qu'ils comprennent bien les
mécanismes de jeu
", raconte l'enseignant. 

La plupart des élèves ont un sérieux passé de gamer et ont
pour certains développé des jeux chez eux, quand ils étaient ados. Mais tous le
disent aussi, s'ils continuent à jouer, pour se tenir à la page, ils y passent
beaucoup moins de temps et regardent les dernières productions avec un œil
aguerri. "J'essaye de voir par
exemple, comment les graphismes ont été mis au service de l'histoire, quels éléments
ont été utilisés. Je m'intéresse aussi au scénario et comment le scénariste
veut faire vivre une histoire à travers un gameplay"
, raconte Théophile qui
tente de modéliser sa chambre à coucher avec un logiciel 3D pour la transformer
en univers apocalyptique. 

Rester toujours curieux  

Cette curiosité est encouragée par la directrice. "Il faut qu'ils aient conscience qu'ils vont travailler dans une industrie
mutante, en constante évolution. Il faut donc qu'ils cherchent tout le temps à
innover, à ne jamais se satisfaire de l'existant",
raconte-t-elle.

Ces
derniers mois, les élèves ont été incités à se pencher sur les modes de jeux
qui ont le vent en poupe. Ils travaillent ainsi sur les jeux en ligne mais
aussi les Free to play. Ces jeux gratuits, notamment sur smartphone, qui
génèrent des revenus à travers des micro-paiements que le joueur est incité à
faire pour progresser plus rapidement.

PC,
Smartphones, consoles. Les élèves vont toucher à tous les supports durant leur
scolarité. "On essaye d'avoir les kits de développement pour les XBox One et
PS4 [les consoles nouvelles génération] mais c'est compliqué quand on est une
école"
. Ces kits, indispensables, sont vendus parfois plusieurs milliers
d'euros par les constructeurs et permettent de développer les jeux. C'est
important qu'ils s'y essayent. "Ces nouvelles consoles vont offrir un
réalisme graphique encore plus grand. Un photoréalisme qui pardonnera encore
moins les erreurs"
, explique Laure Casalini.

De bons débouchés...au prix d'un sérieux
écrémage
  

À la fin de leur cursus, la quasi-totalité des élèves va trouver un poste dans l'industrie
du jeu, à condition d'avoir fait ses preuves. En effet, l'école pratique un
sérieux écrémage à la fin du premier cycle de trois ans. Les moins bons sont
incités à changer de voie, ce qui peut paraître dur quand on sait que la
scolarité coûte 7.000 euros par an.  Ils
ne devront pas hésiter non plus à partir à l'étranger, en Europe et en Asie
notamment ou la "touche française" est appréciée.

C'est notamment en cinquième année que les
étudiants vont pouvoir se faire remarquer. Car, en un an, ils vont devoir
créer un jeu. Par équipe, organisée comme un véritable petit studio avec chef
de projet, programmateur, dessinateur ; ils vont créer un univers, des
mécanismes. Cette année, certains ont opté pour un FPS (jeu de tir à la
première personne) dans le monde du Japon médiéval, d'autres pour un jeu plus
onirique au style graphique bien particulier.

Les années précédentes, certains ont reçu des
prix prestigieux. "On a des élèves qui ont reçu un prix des mains d'Alexei
Pajitnov, le créateur de Tetris
", lance fièrement la directrice de
l'école. Dans l'univers du jeu, c'est comme si Alfred Hitchcock félicitait de
jeunes étudiants en cinéma. Plus qu'une récompense, une forme d'adoubement. 

A DECOUVRIR > FranceInfo.fr consacre une semaine spéciale au jeu vidéo à l'occasion de la sortie de la Xbox One et de la PS4. Notre dossier : Jeu vidéo : une nouvelle ère

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