Les (lents) débuts de la 4G en France

SFR est officiellement le premier à avoir lancé ce jeudi son offre commerciale en 4G... à Lyon uniquement. Orange l'a en fait précédé d'une semaine, mais l'offre n'est pour l'instant ouverte qu'aux entreprises. Les deux autres réseaux, Bouygues et Free, n'ont pas avancé de date. Par précaution ? Problèmes de fréquences, d'antennes-relais, de téléphones, de forfaits : rien n'est encore réglé au pays de la 4G.

(Arnd Wiegmann Reuters)

Et si la belle idée capotait ? Et si les 3,6 milliards d'euros déboursés par les quatre opérateurs de mobile français s'étaient évanouis dans la nature ? Un scénario cauchemardesque auxquels Orange, SFR, Bouygues et Free ne veulent pas croire. Reste que l'on est encore bien loin du très haut débit mobile pour tous.

Sur le papier, la 4G - la 4e génération de la téléphonie mobile - a de quoi faire rêver. Un débit théorique de 100 à 150 Mb/s, c'est cinq fois plus que ce que l'on peut espérer chez soi, ou à peu près ce que promet la fibre optique.
C'est après que le bât blesse : le réseau est encore balbutiant, les téléphones mobiles ne sont pas vraiment compatibles, les fréquences, payées à prix d'or, ne seraient pas les meilleures. Quant aux quelques tarifs qui sont sortis, ils sont très élevés.

Un réseau très incomplet

"La révolution 4G est en marche" , annonce fièrement Bouygues Telecom sur son site consacré... aux entreprises. "La 4G c'est dès maintenant" , s'enthousiasme Orange ; dès maintenant à Lille, Lyon, Nantes et Marseille seulement... et pour les entreprises uniquement. SFR promet de son côté la 4G pour tous (le site n'est pas actualisé, mais le lancement commercial a eu lieu ce jeudi)... à Lyon uniquement. Quant à Free Mobile, il se fait pour le moins discret sur le sujet : rien ne figure sur son site.

Car pour l'instant les opérateurs n'en sont qu'aux prémices. Seul SFR a, donc, lancé commercialement la 4G ce jeudi. A Lyon uniquement ; Montpellier devrait suivre le 18 décembre, avant Lille, Marseille, Strasbourg et Toulouse au premier semestre 2013. Orange promet la 4G pour le grand public en février 2013, à Marseille, Lyon, Lille et Nantes. Les deux autres ne s'avancent pas encore.

Car les opérateurs en sont encore à poser des antennes-relais un peu partout ou à modifier les installations existantes - et à se heurter à l'hostilité d'une partie de population qui s'érige contre les ondes omniprésentes. Paris a ainsi voté une charte qui oblige les opérateurs à ne pas dépasser certains seuils, bien inférieurs à la loi.

Alors qu'Orange et SFR disposent ainsi de 35.000 antennes 3G pour couvrir 98% du territoire, il n'y aurait aujourd'hui que 622 antennes 4G en France, tous opérateurs confondus, selon le site Antennes mobiles. Pas de quoi s'emballer.

Des fréquences cher payées... et pas satisfaisantes

Il faut dire que les opérateurs se sont déjà saigné les veines pour s'offrir, aux enchères, les licences 4G (qui ont tout de même rapporté 3,6 milliards d'euros à l'Etat). Les voilà donc autorisés à se servir de deux bandes de fréquences, les 2.600 Mhz puis les 800 MHz. Au final, Orange possède 30% du réseau, SFR et Bouygues 35%, et Free Mobile 20%. Ne manquent plus que les antennes-relais.

A moins que... L'été dernier, Bouygues a sorti de son chapeau cette idée, pas farfelue, de se resservir de la gamme des 1.800 MHz, qui sert pour la 2G. Les antennes-relais sont là, ne manque plus que le feu vert de l'Arcep. L'Autorité des télécoms a lancé une consultation publique.
Tollé des autres opérateurs, qui dénoncent une décision qui pourrait "fausser dangereusement la concurrence sur le marché" , selon les mots du patron d'Orange, Stéphane Richard. Car cette fréquence n'a pas été achetée, elle. L'Arcep rendra sa décision - conjointement avec les ministères du Redressement productif et de l'Economie numérique - début 2013.

Des téléphones pas forcément compatibles

On a beaucoup parlé de l'arrivée sur le marché de l'iPhone 5. Et de sa compatibilité toute limitée : le téléphone a été conçu pour fonctionner sur la 4G américaine, et pas la française. A moins que l'Arcep n'accède à la demande de Bouygues : l'iPhone fonctionne parfaitement sur 1.800 MHz.

Quoi qu'il en soit, la 4G passera par de nouveaux terminaux - téléphones, tablettes, clés... Il va falloir renouveler le parc à des tarifs forcément élevés. Les fabricants se frottent les mains, les consommateurs un peu moins.

Des forfaits plus chers ?

Elevé également, le prix forfait ? La commercialisation de la 4G n'en est qu'à ses débuts. Les opérateurs n'ont pas encore levé le voile sur leur politique commerciale. Tout juste apprend-on de SFR que les tarifs seront alignés sur ceux de leur réseau "Dual carrier", soit entre 50 et 90 euros, en fontion de la "data", les données internet consommées.

Mais le président de la Fédération française des télécoms, qui regroupe les opérateurs sauf Free, a formellement demandé un relèvement des tarifs. "Je ne serai pas choqué par l'idée que la 4G soit vendue plus cher" , disait Pierre Louette au Figaro fin octobre. "Il est important de mettre des bornes à l'univers de la gratuité perçue : nos investissements et nos innovations ont une vraie valeur qu'il faut savoir maintenant monétiser." Pas sûr que le discours passe franchement très bien...

En attendant que les opérateurs dévoilent leurs prix, il est sans doute urgent d'attendre.