VIDEO. Fusée Falcon Heavy de SpaceX : "Si ça marche, c'est une révolution"

Nicolas Chateauneuf, journaliste spécialiste des questions scientifiques à la rédaction de France 2, analyse les principaux enjeux du premier lancement du nouveau bébé d'Elon Musk.

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Benoît ZagdounFrance Télévisions

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C'est le grand jour pour Falcon Heavy. La nouvelle fusée de la firme américaine SpaceX doit passer le test ultime de son premier lancement, mardi 6 février, sur le mythique pas de tir de Cap Canaveral en Floride. Avec son nouvel engin, Elon Musk, le fantasque milliardaire, rêve ni plus ni moins de révolutionner le transport spatial. Pour franceinfo, Nicolas Chateauneuf, journaliste spécialiste des questions scientifiques à la rédaction de France 2, analyse les principaux enjeux de cette grande première.

"Le concept est assez révolutionnaire. L'idée, c'est d'avoir une fusée lourde qui soit pratiquement intégralement réutilisable", explique-t-il. Falcon Heavy est composée de trois fusées Falcon 9 assemblées. "Le défi technologique, c'est de faire fonctionner ensemble les 27 moteurs qui composent cet assemblage." Ensuite, comme SpaceX est parvenu à le faire avec sa Falcon 9, il entend ramener sur Terre les deux boosters et le tronçon central de la Falcon Heavy. A ce jour, "on ne sait pas si ça marche", mais "si ça marche, c'est une révolution", juge Nicolas Chateauneuf.

"Potentiellement une menace" pour Ariane

A cela s'ajoute une dimension géostratégique non négligeable. Si SpaceX gagne son pari, la Nasa pourra se passer de l'aide des Russes et de leur vaisseau Soyouz pour envoyer des hommes dans l'espace. L'entreprise a déjà décroché un contrat de 1,6 milliard de dollars avec l'agence spatiale américaine pour approvisionner la Station spatiale internationale.

"Ça veut dire potentiellement une menace existentielle pour Arianespace, puisqu'Arianespace est aujourd'hui l'un des principaux opérateurs commerciaux dans le monde pour lancer des satellites", souligne Nicolas Chateauneuf. Les Européens vont peut-être devoir concevoir à leur tour un lanceur réutilisable, estime-t-il, alors qu'ils planchent déjà sur Ariane 6, une fusée plus lourde que la vieillissante Ariane 5.

"Une étape" vers Mars

Autre avantage concurrentiel de taille, la Falcon Heavy pourra mettre jusqu'à 63,8 tonnes en orbite terrestre basse, soit près de trois fois la charge que peut emporter un Falcon 9. Mais sa puissance est surpassée dans l'histoire par la fusée Saturne V de la Nasa qui emmena des astronautes des missions Apollo vers la Lune.

Si le rêve d'Elon Musk est bel et bien de coloniser la planète rouge, sa Falcon Heavy ne se dirigera toutefois pas directement vers Mars. Sa destination est l'espace lointain, à une distance à peu près équivalente de celle de Mars par rapport au Soleil. "C'est une étape", fait observer Nicolas Chateauneuf. "Si la Falcon Heavy décolle, il faudra construire d'autres fusées pour ensuite aller plus loin, vers Mars."

La fusée Falcon Heavy de SpaceX sur le pas de tir de Cap Canaveral en Floride (Etats-Unis) le 6 février 2018 avant son premier lancement.
La fusée Falcon Heavy de SpaceX sur le pas de tir de Cap Canaveral en Floride (Etats-Unis) le 6 février 2018 avant son premier lancement. (JIM WATSON / AFP)