Mais que fait Thomas Pesquet dans l'espace, à part photographier la Terre ?

L'astronaute français publie plusieurs fois par jour ses clichés de la planète, au point que certains se demandent en quoi consiste réellement son travail dans la Station spatiale internationale.

Le spationaute Thomas Pesquet prend une photo depuis un hublot de la Station spatiale internationale, le 28 décembre 2016.
Le spationaute Thomas Pesquet prend une photo depuis un hublot de la Station spatiale internationale, le 28 décembre 2016. (PICASA / AFP)

A en croire ses comptes sur les réseaux sociaux, ce n'est pas Thomas Pesquet qui est parti dans l'espace, c'est le photographe Yann-Arthus Bertrand. Depuis son arrivée à bord de la Station spatiale internationale (ISS) en novembre 2016, le spationaute français inonde Twitter, Facebook et Instagram de clichés de la Terre vue du ciel, au point que des internautes de franceinfo se demandent ce qu'il fabrique vraiment là-haut…

Cette impression va sûrement changer, vendredi 13 janvier, date de la toute première sortie dans l'espace de Thomas Pesquet, pour installer de nouvelles batteries sur la station spatiale. D'ici là, voici comment le Français occupe ses longues journées.

D'abord, le Français ne twitte pas tant que ça

Impossible d'estimer le temps passé à prendre des photos (avec toutes les difficultés imposées par l'impesanteur) et à les trier pour choisir lesquelles partager avec ses abonnés. "Les week-ends, on a le temps de photographier la planète et on s’aide pour cela d’un logiciel de navigation", explique simplement l'astronaute sur FacebookMais compter les messages sur Twitter de Thomas Pesquet est facile : 88 tweets publiés entre le 1er et le 9 janvier 2017. Et sur les 30 derniers jours, selon Twitter Counter, Thomas Pesquet a twitté en moyenne sept fois par jour. C'est plus que Donald Trump (6 tweets en moyenne), par exemple, mais beaucoup moins que notre blogueur historien Padre Pio, très actif sur le réseau, avec 57 tweets par jour.

De l'équipage actuel de la Station spatiale internationale, Thomas Pesquet est de loin le plus connecté à ses plus de 240 000 abonnés sur Twitter. Les Américains Shane Kimbrough et Peggy Whitson publient rarement plus d'une photo par jour, quand les trois cosmonautes russes présents à bord n'ont pas de compte sur le réseau social.

C’est trop bien pour le garder pour soi !Thomas Pesquetà franceinfo

Thomas Pesquet affirme que c'est "d'abord, égoïstement, pour se sentir connecté" qu'il consacre autant d'énergie aux réseaux sociaux, avant d'être une manière d'expliquer pourquoi il a été envoyé dans l'espace. "La recherche qu’on fait ici, c’est pour que ce soit utile. Donc, je trouve important de l’expliquer, d’en parler aux gens", expliquait-il sur franceinfo en décembre.

Son emploi du temps est même bien chargé

Le planning de Thomas Pesquet est par ailleurs bien rempli, comme l'expliquent le Centre national d'études spatiales et l'astronaute sur son blog. Et sa journée-type ressemble à celle d'un ingénieur-infirmier-garagiste-plombier-cobaye. Sans compter l'entraînement indispensable à la première sortie spatiale qui attend Thomas Pesquet. "L'entretien et la préparation des combinaisons demandent beaucoup de travail, sans compter le reste des préparatifs : révision de la chorégraphie et des gestes qu'il faudra effectuer à l'extérieur, organisation des instruments et équipements à manipuler le jour J, etc." explique-t-il.

• Entre 6 heures et 6h30, le réveil sonne. Thomas Pesquet a environ une heure pour sortir de son sac de couchage, faire sa toilette, prendre son petit-déjeuner et "s’imprégner du programme de la journée envoyé par le centre de contrôle dans la nuit". En dormant sur son lieu de travail, au moins, le spationaute ne perd pas de temps dans les transports et sa journée peut vite démarrer.

• A 7h30, la conférence avec la Terre débute. Il s'agit d'un "moment d’échange entre les astronautes et les équipes au sol à propos du planning de la journée et d’éventuelles questions". Un peu comme la conférence de rédaction de franceinfo, qui démarre en principe à 9h15.

• Jusqu'à midi, c'est le temps de la recherche scientifique. Cela occupe environ 50% du temps de Thomas Pesquet dans l'ISS. L'astronaute peut donc passer sa matinée dans le laboratoire Columbus, à effectuer des expériences, toutes listées sur son blog – dont certains articles sont rédigés par le personnel du Cnes –, semaine après semaine. Prises de sang, études de micro-organismes, culture de lentilles... Tous ces travaux servent aussi bien au développement de l'exploration spatiale (pour les missions habitées vers Mars, par exemple) mais aussi à améliorer la vie sur Terre.

• Vers 12 heures, il s'accorde une pause déjeuner. "Chacun attrape l’équivalent spatial d’un sandwich, pour se replonger ensuite dans ses activités", raconte Thomas Pesquet.

• A 13 heures, c'est le moment d'entretenir l'ISS. Si l’astronaute a consacré sa matinée à la science, il passe l’après-midi à la maintenance et la logistique. Trois jours après son arrivée, Thomas Pesquet a dû passer presque une journée entière à réparer des toilettes tombées en panne. Six personnes vivent dans cette grande maison spatiale, 24h/24, alors même quand tout fonctionne, il faut régulièrement inspecter les installations de la station (eaux usées, évacuations des fumées, rangement des différents espaces, etc.).

• De 17 heures à 19 heures, l'entraînement est obligatoire. Pour étudier et lutter contre les conséquences de l'impesanteur sur le corps humain, les astronautes sont obligés de faire du sport quotidiennement.

• A 19 heures, l'équipage établit un dernier contact avec la Terre. La "conférence de clôture" permet de "s’assurer que tout est en ordre et que le programme de chacun a bien été bouclé".

• Le soir et le week-end, c'est quartier libre. Les astronautes peuvent alors se consacrer à des activités individuelles (rédaction de blog, détente, correspondance avec leurs proches) ou passer du temps ensemble, à regarder des films par exemple, ou à se prendre en photo dans la Cupola, avec vue sur la Terre. Mais à 22h30, Thomas Pesquet retourne dans son sac de couchage pour dormir.

Communiquer fait partie de sa mission

Cela fait partie de son travail. Thomas Pesquet, 38 ans, a été choisi non seulement pour ses compétences d'ingénieur aérospatial, sa passion pour le ciel, mais aussi pour ses qualités humaines et sa pédagogie. Comme l'a dit François Hollande, il est le "meilleur ambassadeur de France dans l'espace". Il sait très bien "vendre l’aventure spatiale européenne", racontait d'ailleurs à RTL le spationaute Jean-François Clervoy, qui faisait partie du jury qui l'a recruté pour l'Agence spatiale européenne (ESA).

Il n'est pas le premier dans ce cas. Avant lui, le Canadien Chris Hadfield s'était fait remarquer en reprenant David Bowie à la guitare et en tournant des vidéos pédagogiques toujours ponctuées d'humour depuis l'ISS. D'autres, plus discrets, ont également beaucoup contribué à rendre cette longue mission spatiale habitée un peu plus fascinante. L'Américaine Karen Nyberg vous a appris comment se laver les cheveux en apesanteur, et l'Italienne Samantha Cristoforetti vous a expliqué comment utiliser les toilettes de l'ISS.

Depuis quelques années, "l'immensité hostile de l'espace semble s'être transformée en un lieu à la cool où les sondes spatiales sont douées de la parole et les astronautes posent comme des playboys", raconte ainsi Slate. Ce n'est pas un hasard si même les robots ont des jolis petits noms comme Curiosity ou Philae et s'adressent au grand public comme des jeunes gens pleins d'humour. "En soulevant un intérêt général pour l'exploration spatiale, la Nasa, l'ESA ou le Cnes veulent convaincre les gouvernements de leur accorder suffisamment de fonds en ces périodes de rigueur budgétaire", poursuit Slate. Les sommes en jeu sont en effet colossales : en 2016, le budget de l'ESA s'est élevé à 5,2 milliards d'euros et celui de la Nasa était quatre fois supérieur avec environ 18,5 milliards de dollars, dont quatre milliards consacrés à l'exploration spatiale.

Et puis, il travaille pour le futur de l'humanité

Depuis les premiers programmes spatiaux, les missions habitées soulèvent des critiques. Dans la communauté scientifique, quelques voix s'y opposent même clairement, les jugeant inutiles et dangereuses. 

L'ancien ministre de la Recherche, Claude Allègre, dans une tribune publiée par L'Express en 2003, après l'accident de la navette américaine Columbia, estimait par exemple que "les vols habités sont désormais plus des aventures de prestige – toujours dangereuses – que des expériences scientifiques ou techniques nécessaires"L'ancien spationaute Patrick Baudry se "désole" en particulier des missions à bord de l'ISS. "Voir qu'en 2016, on envoie encore des astronautes tourner autour de la Terre, me rend triste. J'aurais préféré que Thomas aille au moins sur la Lune pour une mission spatiale réellement intéressante", déclarait-il en novembre à La Dépêche.

Mais les arguments en faveur des missions habitées, au-delà de la Station spatiale internationale, ne manquent pas. Dans un débat publié sur le site Freakonomics (en anglais), des spécialistes de l'exploration spatiale, dont beaucoup d'anciens de la Nasa, en font une liste non-exhaustive : "pouvoir envisager un jour d'établir une civilisation humaine sur une autre planète", "inciter les enfants à embrasser des carrières scientifiques", "organiser une coopération internationale pacifique", "répondre à des questions comme 'sommes-nous seuls dans l'univers ?'".

Dans le cas des Etats-Unis, un argument bien plus terre-à-terre est même avancé : "Pour chaque dollar dépensé dans l'exploration spatiale, l'économie américaine en reçoit huit." Les droits sur les brevets de la Nasa tombent directement dans la poche du Trésor américain, pas dans celles de l'Agence spatiale américaine. D'autres arguments sont toutefois plus philosophiques. "L'exploration est intrinsèque à notre nature. C'est la compétition entre l'homme et la nature, mêlée au désir primaire de conquête. Cela nourrit la curiosité, l'inspiration et la créativité", estime Joan Vernikos, ancienne directrice de la division Sciences de la vie de la Nasa. Et si les coûts se calculent en dollars et en euros, parfois en vies humaines, l'ensemble des bénéfices pour l'humanité sont souvent difficiles à quantifier, surtout à court terme.