Space Heavy : à quoi ressemble le projet spatial le plus fou d'Elon Musk ?

SpaceX s'apprête à lancer sa fusée Falcon Heavy, décrite comme "la plus puissante du monde" par son PDG un brin mégalomane. L'engin préfigure les missions capables de transporter des équipages sur la Lune et peut-être sur Mars.

La fusée Falcon Heavy, à Cap Canaveral, en Floride (Etats-Unis), lundi 5 février 2018. 
La fusée Falcon Heavy, à Cap Canaveral, en Floride (Etats-Unis), lundi 5 février 2018.  (JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Deux scénarios : soit la fusée va s'élancer dans le ciel dans un spectaculaire nuage de fumée, soit elle explosera en mille morceaux sur le pas de tir. Mardi 6 février à 19h30 Elon Musk, l'entrepreneur américain derrière la société SpaceX, a promis du grand spectacle. A Cap Canaveral, en Floride, l'entreprise va procéder au premier tir de sa fusée Falcon Heavy, décrite comme "la plus puissante du monde". 

Fidèle à son image d'entrepreneur fantasque, l'homme qui a d'ores et déjà révolutionné la conquête spatiale a choisi d'installer à bord de cette fusée la voiture produite par l'une de ses autres entreprises, Tesla, au volant duquel est installé un mannequin vêtu du scaphandre spatial développé par SpaceX. Bref, une prouesse scientifique aux airs de performance artistique, censée préfigurer les missions capables de transporter des équipages sur la Lune et peut-être sur Mars.

Franceinfo vous raconte les détails de ce projet aussi dingue que son créateur. 

Une puissance au lancement équivalente à dix-huit Boeing 747

Elon Musk concède lui-même avoir été "naïf" quant à la réalisation de cette fusée Falcon Heavy. Il avait l'ambition de l'envoyer dans l'espace dès 2013, rappelle Mashable. Mais face à de nombreuses contraintes techniques, l'entrepreneur pressé a dû se résoudre à prendre son temps. Car Falcon Heavy, comme son nom l'indique ("heavy" signifie "lourd" en anglais), n'opère pas à la même échelle que les lanceurs Falcon 9 régulièrement tirés par SpaceX et utilisés notamment par la Nasa pour ravitailler la Station spatiale internationale. 

Falcon Heavy, qui mesure 70 mètres de haut sur 12 mètres de large, est constituée de trois fusées Falcon 9 assemblées frontalement. Elle sera propulsée par 27 moteurs Merlin qui "génèrent plus de 5 millions de livres (2 500 tonnes) de poussée au décollage, ou l'équivalent de 18 Boeing 747", explique SpaceX. L'entreprise indique également que Falcon Heavy "peut lancer deux fois plus de charge utile" que la plus puissante fusée en opération existante, la Delta IV Heavy, "à un tiers du prix" (soit un tiers de 350 millions de dollars, selon le montant indiqué par United Launch Alliance, qui opère les Delta IV) 

Un triple atterrissage

Comme l'entreprise spatiale le fait de manière routinière pour ses tirs de Falcon 9, elle va tenter de faire revenir se poser en douceur chacun des trois premiers étages de cette super-fusée pour pouvoir les réutiliser, et ainsi réaliser une importante économie.

"Après la séparation des trois lanceurs, les deux qui composent les parties latérales reviendront à la zone d'atterrissage (LZ-1 et LZ-2), à Cap Canaveral", a annoncé SpaceX dans un communiqué. "Quant au centre de Falcon Heavy, il tentera d'atterrir sur la plateforme mobile Of Course I Still Love You", située dans l'océan Atlantique, poursuit ce document cité par Scientific American. L'entreprise est parvenue à faire atterrir 21 fois les lanceurs de Falcon 9 et espère bien faire de même avec Falcon Heavy, dans ce qui serait alors son premier triple atterrissage. Selon des représentants de SpaceX, les habitants du centre de la Floride pourraient même entendre le bruit produit par ses fusées à l'atterrissage. 

Une voiture envoyée dans l'espace

Pour ce qui est du contenu de sa capsule, Falcon Heavy pourra mettre jusqu'à 63,8 tonnes en orbite terrestre basse, soit près de trois fois la charge que peut emporter Falcon 9. Pourtant, pour ce premier test, Elon Musk a choisi une cargaison un peu spéciale. "Le chargement sera mon roadster Tesla rouge cerise, pendant que sera jouée Space Oddity [de David Bowie]. La destination est l'orbite de Mars. S'il n'y pas d'explosion pendant l'ascension, [la voiture] sera dans l'espace pendant un milliard d'années."

Avec ce tweet, posté le 2 décembre 2017, Elon Musk a dévoilé cette étrange ambition d'envoyer une voiture de sa conception flotter à travers la galaxie. Car l'Américain aime jouer, et à toujours dit qu'il voulait envoyer quelque chose "d'amusant" dans l'espace à l'occasion de ce premier lancement, rappelle Mashable. Toujours pour s'amuser, il avait d'ailleurs juré à The Verge que ce plan farfelu et mégalomaniaque était une blague, avant de prouver le contraire.  

Envoyer une voiture dans l'espace est surtout une prise de risque minimum en cas d'échec du tir. Et s'il réussit, la prouesse n'en sera que plus étonnante encore : en plus d'avoir révolutionné la conquête de l'espace, il sera le premier homme à avoir mis en orbite (dans une capsule, certes) un mannequin en tenue d'astronaute, au volant d'une voiture électrique dans l'immensité de l'espace, pendant que résonne Space Oddity dans l'autoradio.

Mars dans le viseur

En guise de bande-son, Elon Musk aurait aussi bien pu choisir Life On Mars. Car la planète rouge est bien sûr la destination qui fait rêver l'entrepreneur. "Falcon Heavy a été conçu dès le départ pour transporter des humains dans l'espace et retrouver la possibilité d'envoyer des équipages vers la Lune ou vers Mars", a souligné SpaceX dans un communiqué. Mais Elon Musk a précisé lundi qu'un autre de ses projets, la fusée Big fucking rocket (BFR, littéralement "Putain de grosse fusée") serait en fait celle destinée à transporter des humains, tandis que Falcon Heavy serait consacrée aux équipements.

Pour ce premier vol, Elon Musk a choisi pour destination l'espace lointain, à une distance à peu près équivalente à celle de Mars. Une planète qu'il ambitionne de coloniser.

En attendant, Elon Musk est conscient que sa fusée risque de mal fonctionner. Falcon Heavy n'a en effet subi pour l'instant que des tests statiques qui consistent à allumer les moteurs de la fusée ancrée au sol. Vers Mars, mais aussi vers l'infini et au-delà.