Un an de vie sur une comète : l'incroyable épopée de Philae et de Rosetta

Le 12 novembre 2014, le robot Philae, transporté par la sonde européenne Rosetta, réussissait l'exploit historique d'atterrir sur une comète. Francetv info revient sur une année d'aventures spatiales.

Modélisation du lancement du module Philae depuis la sonde européenne Rosetta, avant son atterrissage sur la comète Tchouri, en novembre 2014.
Modélisation du lancement du module Philae depuis la sonde européenne Rosetta, avant son atterrissage sur la comète Tchouri, en novembre 2014. (ESA)

Il y a pile un an, le robot scientifique Philae s'installait sur la surface de la comète Tchouri. A l'aide de ses 13 outils, l'appareil transporté à bord de la sonde Rosetta, lancée en 2004 par l'Agence spatiale européenne (ESA), avait pour vocation, entre autres, de nous aider à comprendre les origines de la vie sur Terre. Pendant ces 365 jours passés sur Tchouri, le robot de l'ESA a bénéficié d'un plan de communication de haut vol : une chaîne YouTube, des photos, un dessin animé, et même un fil Twitter ont fait de Philae un véritable robot-star. Francetv info revient sur les moments qui ont marqué la courte vie du robot européen et celle de la sonde Rosetta.

12 novembre 2014 : Philae atterrit... et rebondit

Le 12 novembre 2014, c'est enfin le moment tant attendu par les scientifiques européens. Rosetta s'approche de la comète et lâche son petit robot analyste, embarqué à son bord depuis plus de dix ans.

Après sept heures de descente, le module touche la surface de la comète, mais ne parvient pas à s'attacher au site d'atterrissage comme prévu et commence à rebondir. De loin, la sonde Rosetta suit tant bien que mal les vagabondages de Philae grâce aux images du module Osiris :

A bord de la sonde Rosetta, l\'appareil Osiris repère les divagations de Philae.
A bord de la sonde Rosetta, l'appareil Osiris repère les divagations de Philae. (ESA/Rosetta pour l'équipe OSIRIS)

Au bout de plusieurs heures d'attente, Philae arrive enfin à se stabiliser sur une pente très raide et peu ensoleillée. Mais il est seulement juché sur deux de ses trois pieds et l'ESA s'inquiète. Le module va-t-il réussir à déployer tous ses instruments de mesure, notamment son dispositif de forage censé analyser la composition du sol "tchourien" ? 

15 novembre 2014 : le robot s'endort

Finalement, plus de peur que de mal pour les scientifiques. Ils réussissent à déployer les dix instruments et à effectuer les mesures nécessaires dans un temps record. Le robot n'a pas plus de 60 heures de batteries avant de plonger, le 15 novembre 2014, dans un profond sommeil. Philae n'a plus qu'à attendre le prochain rayon de soleil. Ce qui laisse le temps aux équipes scientifiques d'analyser les premiers résultats que l'atterrisseur a eu le temps de transmettre.

Lors de son premier rebond, qui a soulevé un nuage de poussière, Philae a reniflé une série de composés volatils, dont plusieurs molécules organiques. De véritables "briques de la vie" pour les scientifiques. Philae a "permis de voir au millimètre près les grains à la surface" du noyau de la comète, se réjouit Nicolas Altobelli, scientifique à l'ESA.


VIDEO. Rosetta : Philae a recueilli les précieuses molécules organiques

Pendant ce temps, la sonde Rosetta continue ses mesures et prend de nombreuses photos. Notamment celle-ci, prise par l'appareil Osiris le 9 février 2015 :

Une photo de la comète prise le 9 février 2015. On peut apercevoir des nuages de gaz et de poussière s\'échappant de son noyau.
Une photo de la comète prise le 9 février 2015. On peut apercevoir des nuages de gaz et de poussière s'échappant de son noyau. (ESA/ ROSETTA)

13 juin 2015 : Philae se réveille en fanfare

L'ESA tente pendant plusieurs mois de renouer le contact entre les deux appareils. Mais ce n'est que le 13 juin 2015, sept mois après son atterrissage, que Philae se réveille à l'improviste et contacte finalement la sonde Rosetta.

Les premiers contacts sont timides et ne durent que quelques secondes, jusqu'au 9 juillet, lorsque les deux engins réussissent à communiquer leurs données avec la Terre pendant plus d'une vingtaine de minutes. Le module a, par exemple, réussi à identifier 14 éléments qui composent le gaz de la comète, dont 4 n'avaient jamais été identifiés en dehors de notre atmosphère.

A peine réveillé et déjà au centre de l'attention. Début juillet 2015, une controverse scientifique agite la blogosphère : Philae a-t-il trouvé des formes de vies sur la comète ? C'est ce que pensent avoir découvert deux chercheurs, qui affirment que des micro-organismes pourraient se cacher sous la surface de Tchouri. A peine annoncée, la thèse est rapidement réfutée par de nombreux spécialistes. Depuis, rien n'a permis de confirmer cette hypothèse plutôt farfelue. Mais elle a offert un peu de publicité au robot au cœur de l'été.

Septembre-octobre 2015 : les découvertes de Rosetta

Le 13 août, Tchouri atteint le point de son orbite le plus proche du Soleil. C'est le moment où la comète est la plus active, relâchant plus de gaz et de poussières que jamais.

Munie de ses 11 instruments de mesure, Rosetta est aux premières loges. Etant donné que Philae est à nouveau muet, la sonde travaille en solo dans l'espoir de rétablir, un jour, le contact. Rosetta fait alors une découverte majeure : la forme de la comète résulterait en fait de la collision de deux petites comètes.

Mais Rosetta a fait une découverte encore plus importante : du dioxygène moléculaire s'échappe du cœur de la comète Tchouri, ce qui confirmerait la présence d'oxygène lors de la création de l'univers.

Fin 2015 : l'espoir d'un dernier contact

Maintenant que le dégazage n'est plus aussi violent, l'ESA espère que Rosetta va se rapprocher de la comète, pour rétablir une nouvelle fois le contact avec Philae dans les prochaines semaines.

Car le robot n'a peut-être pas fini de nous surprendre. Ses instruments ont mis en évidence la présence d'un matériau organique carboné à la surface de la comète. "Il nous reste à poursuivre l'analyse de ce matériau. Comme il est très réfractaire [résistant], il faut le faire chauffer pour qu'il se fragmente et entre dans nos instruments", indique Jean-Pierre Bibring, responsable scientifique français de Philae.

Equipé de petits fours, le module pourrait réaliser ces expériences, mais il a besoin d'une communication stable avec la sonde Rosetta. "Il nous suffit d'avoir des contacts d'une dizaine de minutes par jour pour réaliser nos expériences, mais nous n'avons que jusqu'à fin janvier" pour tenter de faire travailler Philae avant que les températures baissent à nouveau, avertit le chercheur.

Philae pourra ensuite prendre sa retraite aux côtés de Rosetta, qui doit le rejoindre sur la comète en septembre 2016. Accompagnée de ses deux passagers, la comète repartira alors vers les confins de notre système solaire, jusqu'à perdre définitivement le contact avec la Terre. Mais même s'il ne reverra jamais notre planète, Philae restera le premier robot de l'histoire à avoir foulé le sol d'une comète en mouvement dans l'espace.

Petits et grands pourront toujours se consoler grâce au dessin animé qui raconte, en anglais, la vie sur la comète Tchouri pour les deux modules :