Pourquoi la nouvelle fusée Falcon 9 de SpaceX pourrait révolutionner l'industrie spatiale

Cette fusée de nouvelle génération transportera le tout premier satellite de communication en orbite haute du Bangladesh. Elle est présentée comme plus puissante et plus facile à réutiliser que sa petite sœur Falcon 9.

Une fusée Falcon 9 décolle de Cap Canaveral (Floride), le 18 avril 2018.
Une fusée Falcon 9 décolle de Cap Canaveral (Floride), le 18 avril 2018. (JULIAN LEEK / CROWDSPARK / AFP)

Une fusée réutilisable. L'entreprise d'Elon Musk, SpaceX, doit procéder, vendredi 11 mai au soir (entre 20h14 et 22h21 GMT), à Cap Canaveral (Floride), au tir de sa fusée Falcon 9 Block 5, qui avait été reporté la veille. S'il atteint ses objectifs, ce lancement, qui représente une avancée technologique, mais aussi économique, pourrait révolutionner l'industrie spatiale. Franceinfo vous explique pourquoi.

Parce que son premier étage est prévu pour être réutilisable "100 fois"

Le 6 février, SpaceX lançait dans l'espace son Falcon Heavy, une fusée capable de transporter 54 tonnes en orbite basse et décrite à ce titre par Elon Musk comme "la plus puissante du monde". Trois mois plus tard, l'entreprise spécialisée dans le vol spatial procède à un tir bien plus révolutionnaire encore.

Selon Elon Musk, le premier étage de cette fusée composée de plusieurs éléments pourrait, à terme, redécoller une centaine de fois. Pour y parvenir, cela nécessiterait tout de même une opération de maintenance tous les dix vols, prévient-on chez SpaceX.

Cette nouvelle version du Falcon 9 a été baptisée "Bloc 5". Pour son vol inaugural, elle embarque le premier satellite de communication en orbite haute du Bangladesh, relate Sciences et Avenir.

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Ce premier étage du lanceur atteint plus de 40 mètres de haut, pour 3,5 mètres de diamètre, précise Le Figaro. C'est une sorte d'énorme réservoir en forme de cylindre, comprenant à sa base neuf moteurs (d'où le 9 de "Falcon 9").

Grâce à de nouveaux matériaux, la fusée pourrait même repartir dans les deux jours. Jusqu'à présent, les ingénieurs de SpaceX devaient plancher plusieurs mois pour reconditionner le premier étage après l'atterrissage. Pour l'heure, celui-ci n'a été réutilisé qu'une seule fois. Mais tout pourrait bientôt changer.

Parce que d'autres parties de la fusée pourraient aussi être recyclées

L'objectif final de la société américaine est de pouvoir réutiliser un maximum d'éléments des fusées. Pour y parvenir, la récupération des éléments – dans le meilleur état possible – est essentiel. Le 6 février, SpaceX avait ainsi réussi à faire atterrir deux des trois éléments de son lanceur Falcon Heavy, huit minutes après son décollage, précise Le Monde (article payant). Mais pour le moment, seul le premier étage semble réutilisable rapidement.

Lui-même sceptique sur son annonce, Elon Musk a par ailleurs indiqué mi-avril, dans une série de tweets, que son entreprise visait désormais à récupérer le deuxième étage de ses fusées. S'ils y parvenaient, les ingénieurs de SpaceX permettraient à leur entreprise de réaliser de nouvelles économies conséquentes.

Parce que les coûts, déjà divisés de moitié, pourraient encore baisser

Depuis le premier lancement réussi d'un satellite en 2009, SpaceX n'a cessé de progresser. Mais ces progrès ont un coût. Rien que pour cette nouvelle technologie, l'entreprise aurait investi au moins un milliard de dollars. En bon chef d'entreprise, Elon Musk vise avant tout à rester le plus compétitif possible.

Rien qu'en réutilisant le premier étage de son lanceur, SpaceX peut réduire ses coûts de moitié, avance Le Figaro. Et cela ne rassure pas la concurrence, qui doit déjà faire face à un redoutable rival. Selon un rapport de l'agence fédérale américaine de l'aviation (FAA), le prix d'un lancement atteint en moyenne 92 millions de dollars (environ 77 millions d'euros), contre 61,2 millions de dollars (51,1 millions d'euros) pour SpaceX avec son Falcon 9.

Les tarifs de l'entreprise pour un lancement par kilo envoyé dans l'espace varient entre 4 700 et 12 600 dollars (entre 3 900 et 10 500 euros), précise Le Monde. A titre de comparaison, Arianespace, avec son lanceur Ariane 5, propose des prix compris entre 8 300 et 18 700 dollars (entre 6 900 et 15 600 euros). Arianespace, qui mise beaucoup sur sa future Ariane 6 (prévue pour 2020), ne pourra pas réutiliser ses lanceurs.

La concurrence s'annonce donc rude, d'autant que SpaceX peut déjà compter sur des contrats juteux avec la Nasa et que d'autres acteurs du secteur paraissent tout aussi ambitieux. C'est le cas des Russes avec leur lanceur Angara, censé remplacer la fusée Proton, note Challenges. Mais c'est aussi et surtout le cas d'un autre Américain, Blue Origin, fort des moyens illimités de son propriétaire Jeff Bezos, le patron d'Amazon. Après avoir déjà révolutionné deux autres industries avec PayPal (paiements en ligne) et Tesla (voitures électriques haut de gamme), Elon Musk poursuit sur sa lancée.