François Forget : l'objectif Mars en 2030 "commence à prendre une tournure réaliste"

Barack Obama a détaillé son plan de conquête de la planète Mars. Pour le planétologue François Forget, si "cela fait cinquante ans que l'on annonce que l'on va envoyer des hommes sur Mars, la donne est en train de changer".

Barack Obama à Chicago le 9 octobre 2016
Barack Obama à Chicago le 9 octobre 2016 (JIM WATSON / AFP)

Barack Obama prévoit de conquérir la planète Mars d'ici la fin de la décennie 2030. Le président américain a détaillé son plan de conquête dans une tribune publiée mardi 11, octobre sur le site de la chaîne de télévision CNN. "Cela commence à prendre une tournure réaliste", a réagi ce mercredi 12 octobre sur franceinfo François Forget, planétologue et directeur de recherche au CNRS.

franceinfo : Aller sur Mars en 2030, cela vous paraît réalisable ?

François Forget : Oui, même si je comprends le scepticisme ambiant. Cela fait cinquante ans que l'on annonce que l'on va envoyer des hommes sur Mars d'ici vingt ans. Mais la donne est en train de changer. Avec l'arrêt de la navette spatiale américaine, on dispose maintenant de tout un budget pour vraiment développer la suite et cette mission vers Mars. Et puis l'autre aspect qui a changé, ce sont ces compagnies privées qui prennent des initiatives et qui secouent un peu le cocotier en proposant des solutions moins chères que prévues. L'environnement est donc vraiment différent, et cela commence à prendre une tournure réaliste.

Barack Obama va très loin en évoquant pour le séjour sur Mars... Réaliste ?

C'est l'objectif. Si on va sur Mars, autant y rester au moins un an pour pouvoir ensuite rentrer sur Terre dans les conditions les plus favorables. Donc c'est un projet extrêmement ambitieux, quoi qu'il arrive. Alors est-ce que, derrière, il y a ce que l'on pourrait appeler 'la colonisation', ça c'est vraiment une autre étape qui, je crois, est très difficile.

A-t-on aujourd'hui la capacité, les connaissances scientifiques pour rester un an et demi sur Mars ?

Techniquement, on a tous les éléments, ce n'est pas comme voyager dans le temps ou aller vers les autres étoiles. Par contre, il y a beaucoup de travail à faire, et plusieurs étapes difficiles. D'abord construire un vaisseau spatial suffisamment grand et confortable pour aller vers Mars puisque le voyage dure 6 mois. Ensuite, si l'on veut se poser sur Mars, il faut descendre dans l'atmosphère, ce qui est extrêmement difficile. Et puis il faut redécoller de Mars, il faut revenir, il faut vivre sur Mars dans un environnement où il y a beaucoup de poussière, il faut pour les astronautes résister aux radiations. Donc, il y a beaucoup de problèmes. Cela veut dire beaucoup de travail pour les ingénieurs, donc un coût très élevé.

La France et l'Europe ont-elles leur place dans cette conquête de Mars ?

La France et l'Europe sont déjà très impliquées dans l'exploration martienne actuelle scientifique. On est impliqués sur toutes les missions. Dès la semaine prochaine, notamment le 19 octobre, l'Europe va poser un petit engin sur Mars, et va également mettre en orbite un satellite d'observation. Par ailleurs, l'ESA, l'agence spatiale européenne, a une politique pour pouvoir envoyer des astronautes [sur Mars, ndlr] en partenariat avec la NASA. Par exemple, cette future petite capsule, qui remplace Apollo et que l'on appelle Orion. Pour l'instant, le module de service, c'est-à-dire ce qui est juste derrière la capsule et qui permet aux astronautes de vivre, est fourni par l'Europe. Il est développé en grande partie aux Mureaux dans les Yvelines. 

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Et la Lune, on oublie ?

Barack Obama avait dit une phrase 'Franchement, on y a déjà été !'. Alors est-ce que l'on oublie totalement, ce n'est pas sûr. (...) En Europe, le directeur de l'Agence spatiale européenne propose, par exemple, un partenariat avec toutes les agences spatiales du monde pour faire un village pour les astronautes sur la Lune. Cela reste quand même dans les cartons. Après, aux États-Unis, la priorité est clairement mise sur Mars.