ExoMars : la mission pourrait ne pas être lancée en 2020 en raison d'un problème de parachutes

Les essais successifs se sont tous soldés par des échecs. Les chercheurs sont donc engagés dans une course contre la montre alors que le départ de la mission est prévu pour dans un an.

Un prototype du robot Rosalind Franklin destiné à explorer Mars, lors d\'une présentation à Stevenage (Royaume-Uni), le 7 février 2019.
Un prototype du robot Rosalind Franklin destiné à explorer Mars, lors d'une présentation à Stevenage (Royaume-Uni), le 7 février 2019. (BEN STANSALL / AFP)

La mission ExoMars est confrontée à un problème persistant sur son système de parachutes, a reconnu l'Agence spatiale européenne (ESA), mercredi 13 août, ce qui pourrait l'empêcher de partir pour la planète rouge à l'été 2020. Préparée par l'Europe spatiale et la Russie, cette mission ambitieuse et délicate prévoit d'envoyer sur Mars un robot mobile européen pour forer le sol martien et tenter de trouver des signes de vie passée sur la planète rouge.

Un prototype du robot qui doit être déployé lors de la mission ExoMars, photographié le 7 février 2019 dans un centre de Stevenage, au nord de Londres (Royaume-Uni).
Un prototype du robot qui doit être déployé lors de la mission ExoMars, photographié le 7 février 2019 dans un centre de Stevenage, au nord de Londres (Royaume-Uni). (BEN STANSALL / AFP)

La Russie fournit le lanceur, le module de descente (avec des éléments européens dont les parachutes) et la plateforme d'atterrissage. C'est également une fusée russe Proton qui doit lancer la mission entre le 25 juillet et le 13 août 2020, pour un atterrissage prévu sur Mars en mars 2021. Mais une course contre la montre est aujourd'hui engagée pour tenir la fenêtre de lancement car l'indispensable système de parachutes n'est toujours pas au point. Cet équipement est crucial car la planète rouge possède une atmosphère très ténue et le système de freinage des atterrisseurs doit être très performant.

Plusieurs essais conclus par des échecs

Le module de descente doit entrer dans l'atmosphère de Mars à une vitesse d'environ 20 000 km/h. Après une décélération liée à la présence d'un bouclier thermique, deux grands parachutes seront successivement déployés.

Le module de descente doit entrer dans l\'atmosphère de Mars à une vitesse d\'environ 20 000 km/h. Après une décélération liée à la présence d\'un bouclier thermique, deux grands parachutes seront successivement déployés.
Le module de descente doit entrer dans l'atmosphère de Mars à une vitesse d'environ 20 000 km/h. Après une décélération liée à la présence d'un bouclier thermique, deux grands parachutes seront successivement déployés. (ESA)

Un essai réalisé début août sur le plus grand des quatre parachutes chargés de permettre l'arrivée en douceur du robot et du module d'atterrissage à la surface martienne a notamment échoué, explique l'ESA sur son site. Fin mai, déjà, un essai sur l'ensemble des quatre parachutes (deux principaux et deux petits qui servent à déployer les grands) s'était lui aussi soldé par un échec. Largués par un ballon stratosphérique à 29 km d'altitude au-dessus du nord de la Suède, les parachutes s'étaient déployés mais les voiles des deux parachutes principaux avaient subi des déchirures.

Après avoir retravaillé le design, les équipes de l'ESA ont testé à nouveau le 5 août le plus grand parachute, de 35 mètres de diamètre. Les premières étapes du déploiement se sont passées normalement mais la voile a subi des dégâts avant même l'ouverture du parachute. Et une ligne a cassé.

Une anomalie persistante

"Toute l'équipe est mobilisée pour gagner la course contre la montre", a déclaré à François Spoto, chef du programme ExoMars, à l'issue d'une réunion de travail. Les ingénieurs vont rechercher les causes de cette anomalie persistante sur le système de parachutes fabriqué par des entreprises italiennes, françaises et britanniques notamment.

Des techniciens au travail sur le robot Rosalind Franklin à Sevenage (Royaume-Uni), le 7 février 2019.
Des techniciens au travail sur le robot Rosalind Franklin à Sevenage (Royaume-Uni), le 7 février 2019. (BEN STANSALL / AFP)

"Il nous reste deux allumettes", relève de façon imagée le chef du programme. La première sera grattée lors du prochain essai qui doit être mené à haute altitude "en novembre ou décembre", au-dessus de l'Oregon (Etats-Unis). "Si cette allumette fait pschitt, nous n'aurons plus le temps" d'être prêts pour l'importante revue d'avril 2020 sur la mission ExoMars. Si cela se passe bien, il y aura une "deuxième allumette" à gratter, pour un autre essai en février. "Nous sommes condamnés à réussir les deux", résume François Spoto.

"Atterrir sur Mars est très difficile"

Jusqu'à présent, les Etats-Unis sont le seul pays à être parvenu à faire fonctionner avec succès des robots sur Mars. Les experts de l'ESA comptent d'ailleurs consulter leur collègues de la Nasa dans le cadre d'un atelier à l'automne.

En octobre 2016, dans le cadre du premier volet de la mission ExoMars, l'Europe avait échoué à faire atterrir un démonstrateur d'atterrissage nommé Schiaparelli. Après des informations contradictoires ayant induit en erreur le logiciel de bord, l'engin s'était écrasé à la surface après une chute libre à grande vitesse. En revanche, la sonde européenne TGO avait été placée en orbite avec succès.

"Aller sur Mars et en particulier atterrir sur Mars est très difficile", rappelle François Spoto. Et les fenêtres de lancement vers la planète rouge ne s'ouvrent que tous les deux ans, en raison des orbites de Mars et de la Terre. En cas d'échec, il faudra donc reporter la mission à 2022.