Espace : quatre questions sur le projet de base lunaire lancé par la Chine et la Russie

Cette collaboration place les deux nations en bonne position pour l'exploration de la face cachée de l'astre naturel de la Terre.

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Vue de la Lune dans le ciel au-dessus de la ville de Mandalay, dans le centre de la Birmanie, le 10 juin 2019. (YE AUNG THU / AFP)

L'homme sera-t-il bientôt de retour sur la Lune ? Si de nombreux pays ne cachent pas leur ambition lunaire, comme les Etats-Unis, le Japon, les Émirats arabes unis ou encore le Luxembourg qui unissent leurs compétences, la Chine et la Russie ont officiellement annoncé travailler ensemble à la construction d'une station lunaire scientifique internationale, placée à la surface de la Lune ou en orbite, le 9 mars. 

Quelles sont les ambitions scientifiques de ce projet ? Comment se place-t-il dans la course internationale vers le satellite naturel de la Terre ? Franceinfo vous dévoile la face cachée de cette station lunaire sino-russe en quatre questions. 

1Quelles seront les missions de cette base scientifique lunaire ?

Elle doit nous en apprendre davantage sur cet astre et sa face cachée peu explorée. "D'ici l'horizon 2030, cette base doit abriter un ensemble de missions robotisées pour explorer tout autour du pôle Sud de la Lune", détaille Jessica Flahaut, géologue lunaire au Centre de recherches pétrographiques et géochimiques (CRPG) de Nancy, qui fait partie de l'équipe française en discussion avec la Chine depuis quelques années sur ce projet. "Des tests d'extraction de roches, similaires à celles que nous avons sur la Terre, doivent être effectués pour construire en partie cette base", dévoile-t-elle.

"Il y a encore plein de surprises à découvrir sur la Lune, qui est un enregistrement de tout ce qui s'est passé autour de nous. Elle peut nous informer sur la création du système solaire ou comprendre l'origine de l'eau sur la Terre."

Jessica Flahaut, géologue lunaire

à franceinfo

Des recherches porteront aussi sur l'extraction de l'oxygène et de l'hydrogène présents dans l'eau située au pôle Sud. Ces deux éléments chimiques permettent de fabriquer le carburant nécessaire aux fusées. "Ce qui ferait de la Lune un point de ravitaillement pour aller sur Mars ou explorer d'autres systèmes", décrit la géologue lunaire. "D'autant que cela serait beaucoup moins cher d’envoyer des fusées depuis la Lune." Mais c'est une ambition à "très très long terme"

2Est-ce que cette station sera habitée ?

Ce n'est pas pour tout de suite. Il faudra attendre les années "2035-2045", selon la scientifique, pour assurer une présence humaine, ponctuelle, sur la Lune. "Une collaboration entre les robots lunaires et les humains sera envisageable en envoyant occasionnellement des astronautes dans les laboratoires de la base spatiale", espère la géologue. 

"L'idée n'est pas de coloniser la Lune, mais de ramener des échantillons clés de la face cachée de la Lune."

Jessica Flahaut

à franceinfo

Une perspective intéressante pour la communauté scientifique car, sur place, les robots ne peuvent pas aller partout, contrairement aux hommes. "Les missions humaines Apollo ont permis de rapporter 380 kilogrammes de roche, contrairement aux trois missions robotisées Luna, qui ont ramené 300 grammes en totalité", précise-t-elle. 

3Est-ce un accord historique ?

Oui et non. "Ce n'est pas la première fois que les deux pays collaborent", indique Jessica Flahaut. Mais un projet d'une telle ampleur entre les deux nations est une première. "La Chine a un très beau programme spatial, ouvert à l'international, et cette collaboration est prometteuse", anticipe la scientifique. 

En unissant leurs expériences, leurs équipements et leurs technologies, l’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA) et le groupe public russe pour les activités spatiales Roscosmos ambitionnent de créer une station internationale de recherche scientifique lunaire, tel que stipulé dans leur accord récemment signé. 

Les deux centres spatiaux visent également la création d'un centre de données commun pour l'exploration de la Lune et de l'espace lointain. Une opportunité prometteuse, selon Jessica Flahaut. La géologue estime en effet que l'accès à leurs futures informations, voire à des échantillons lunaires, est "très intéressant" pour l'ensemble de la communauté scientifique internationale.

4Quels sont les autres projets lunaires des deux pays ?

La Chine "a depuis quelques années un programme très dense sur la Lune avec des missions tous les deux ou trois ans, relève la scientifique. La mission Chang'e 4 a réalisé une première mondiale en se posant sur la face cachée de la Lune en janvier 2019." La Chine est devenue le troisième pays, après les Etats-Unis et la Russie, à ramener des échantillons lunaires avec Chang'e 5 en décembre 2020. Par ailleurs, la Chine prévoit d'envoyer des astronautes sur la Lune d'ici à 2030. En cas de succès, la Chine deviendrait le deuxième pays, après les États-Unis, à poser un astronaute sur la Lune.

Pour ce qui est de la Russie, pionnière dans la conquête spatiale à l'époque soviétique, elle peine à suivre depuis quelques années. Moscou a toutefois prévu trois missions Luna sur l'astre lunaire au cours des cinq prochaines années, principalement destinées à des opérations de prospection minière. "Luna 27 vise le pôle Sud pour essayer de comprendre la présence de glace sur la Lune", précise Jessica Flahaut.

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