Une boule à facettes en orbite autour de la Terre ? Les astronomes ne trouvent pas cette idée lumineuse

Le projet Humanity Star n'a aucun intérêt scientifique. L'objectif est simplement de générer de puissants flashs en réfléchissant les rayons du Soleil.

Le fondateur de Rocket Lab, Peter Beck, pose à côté de sa boule à facettes.
Le fondateur de Rocket Lab, Peter Beck, pose à côté de sa boule à facettes. (ROCKET LAB)

Depuis quelques jours, une boule à facettes tourne autour de notre planète. Humanity Star – c'est son nom – a été mise en orbite par la société aérospatiale privée Rocket Lab et devrait rester environ neuf mois dans notre ciel. Lancée dimanche 21 janvier depuis un pas de tir situé à Mahia (Nouvelle-Zélande), cette boule à facettes dépourvue de toute fonction scientifique a pour but de "nous rappeler à tous notre place fragile dans l'univers", explique Peter Beck, le fondateur de Rocket Lab.

"Quel que soit l'endroit du monde où vous vous trouvez, riche ou pauvre, en guerre ou en paix, chacun pourra voir Humanity Star briller et clignoter dans la nuit", se félicite encore Peter Beck. En orbite à une altitude de 300 à 500 km, cette boule d'environ un mètre de diamètre, munie de 65 facettes, réfléchit la lumière du Soleil, générant de puissants flashs lumineux visibles depuis la Terre depuis les zones au-dessus desquelles elle passe.

Une source de pollution lumineuse supplémentaire

Mais cette initiative philosophico-artistico-marketing n'est pas du goût de tout le monde, notamment chez les astrophysiciens, relève le journal britannique The Guardian (en anglais). Pourquoi envoyer dans l'espace un tel objet alors que l'observation du ciel est déjà affectée par de multiples sources de pollution lumineuse ?

Humanity Star ne posera pas un gros problème en soi, convient Richard Easther, astrophysicien à l'université d'Auckland, qui redoute surtout une possible "banalisation à une plus grande échelle". D'autres scientifiques se sont montrés beaucoup plus critiques. Mike Brown, astronome au California Institute of Technology, a dénoncé un "graffiti spatial intentionnel".

"La plupart d'entre nous ne trouverait pas cela mignon si je collais une grosse lumière stroboscopique sur un ours polaire, ou si j'affichais le slogan de ma société dans les hautes régions de l'Everest", critique aussi Caleb Scharf, le directeur du département d'astrobiologie à l'université de Columbia, dans une tribune à la revue Scientific American.

Pour les curieux qui souhaiteraient quand même tenter d'observer cette boule à facettes décriée, il est possible de suivre sa trajectoire en direct sur le site de Humanity Star. A Paris, il faudra attendre le 25 février pour espérer l'apercevoir. La boule à facettes brillera alors pendant environ 2 minutes et 30 secondes dans le ciel.