13h15, France 2

VIDEO. "Les minorités qui sont traitées injustement, ça m'a toujours bouleversé", dit le docteur des oubliés à Roubaix

Dans cette ville du Nord, où près de la moitié des habitants vit sous le seuil de pauvreté, on l’appelle le docteur des Roms, des exclus, des oubliés… Christophe Lamarre, qui n’aurait pas dû naître, est bien plus qu’un simple médecin généraliste. L’exclusion lui est "insupportable"… Extrait du magazine "13h15 le samedi" du 28 avril.

Le docteur Christophe Lamarre, 52 ans, soigne, écoute et accompagne ses patients dans leurs démarches de santé depuis vingt-cinq ans. A Roubaix, dans le Nord, où près de la moitié des habitants vit sous le seuil de pauvreté, celui qu’on appelle le docteur des Roms, des exclus, des oubliés… est beaucoup plus qu’un simple médecin généraliste. Bien sûr, des destins comme le sien sont rarement le fruit du hasard. Et tous les jours, ses patients le renvoient à sa propre histoire.

"Je me suis moi-même senti exclu pendant longtemps, sans savoir pourquoi, confie-t-il au magazine "13h15 le samedi". Ma mère avait quinze ans quand je suis né. Une partie de la famille et la société ne voulaient pas que je naisse. J’ai échappé de très peu à l’avortement dans une clinique en Hollande. En fait, je suis né alors que je n’aurais pas dû naître. J’étais un problème." L’exclusion des autres lui est "insupportable" dit-il avant de préciser : "Les minorités traitées injustement, ça m’a toujours bouleversé."

"Mon corps n’a pas tenu. Il a lâché au bout de quinze ans" 

Christophe Lamarre revient sur l’exclusion des Roms de Roubaix en 2013 : "Cela m’a rendu fou. Après avoir essayé de voir ce qu’on pouvait faire, j’ai dit : 'Non, pas les gosses malades !' On fout pas des gosses malades dans la rue en France, quoi ! On fout pas un gosse malade de neuf ans, tétraplégique, et qui pèse sept kilos, sur le trottoir au mois d’octobre… Si ce gamin était resté dans la rue, il serait mort. J’ai amené quatre familles dans mon ancien cabinet médical dont j’avais la clé. Je leur ai demandé de ne rien dire aux autres, car je ne pouvais pas les prendre tous. Le dimanche soir, ils ont tous débarqué dans mon bâtiment après s’être appelés. il y avait deux cents personnes."

Son envie de sauver tout le monde n’est-elle pas un peu pathologique ? "Oui, oui… Elle l’a été et l’est moins. Ça reste quand même un peu problématique. Mon corps n’a pas tenu. Il a lâché au bout de quinze ans et j’aurais pu y laisser ma peau. Faire dix ans d’études de médecine, exercer quinze ans et mourir parce qu’on a manqué de discernement, forcément, on est obligé de se dire qu’on a raté son coup…" Le docteur Lamarre a déjà fait deux burn-out. Et à chaque fois, ce sont ses patients qui ont appelé le Samu pour lui, dans son cabinet.

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