Méfiance des Français sur les vaccins : "L'idée avérée ou un peu fantasmée d'une collusion" entre les labos pharmaceutiques et l'État

Selon une enquête mondiale de l’institut de sondage Gallup pour l’ONG britannique Wellcome publiée mercredi, la France est le pays le plus sceptique face aux vaccins. Lucie Guimier, docteur en géopolitique, y voit une conséquence du rapport des Français à l'Etat.

Un médecin vaccine un enfant à Quimper, le 3 octobre 2017.
Un médecin vaccine un enfant à Quimper, le 3 octobre 2017. (FRED TANNEAU / AFP)

La France est le pays le plus sceptique face aux vaccins parmi les 144 étudiés par une enquête mondiale de l’institut de sondage Gallup pour l’ONG britannique Wellcome publiée mercredi. Lucie Guimier, docteur en géopolitique, auteur d’une thèse sur les enjeux géopolitiques du refus vaccinal, l'explique mercredi 19 juin sur franceinfo par "l'idée avérée ou un peu fantasmée d'une collusion entre les laboratoires pharmaceutiques et l'État et aussi l'idée très prégnante qu'il vaut mieux laisser faire la nature". "Je pense que c'est lié à notre histoire, à notre rapport à l'État qui est assez paradoxal en France", dit-elle.

franceinfo : Qui sont les Français les plus sceptiques ?

Lucie Guimier : Je ne sais pas si on peut parler de fossé générationnel. Si les jeunes sont plus sceptiques, on peut peut-être mettre cela sur leur utilisation des réseaux sociaux et le fait qu'on y trouve beaucoup plus d'informations que dans les médias traditionnels. Ce qui est important de noter, c'est qu'avant, les antivaccins venaient plutôt de milieux favorisés. On a constaté une évolution, une sorte d'inversement de la situation. Aujourd'hui, on sait que ce ne sont pas forcément les personnes les plus cultivées qui se méfient des vaccins, mais que certaines vivent dans une grande précarité. Ce sont beaucoup les réseaux sociaux qui ont fait évoluer cette sociologie des antivaccins. Si on reste au niveau de la France, on sait qu'on se vaccine moins bien dans le sud que dans le nord du pays et qu'on trouve beaucoup plus de médecins antivaccins dans le sud que dans le nord.

Quels sont les motifs de ce refus ?

Les trois principaux arguments, c'est l'idée avérée ou un peu fantasmée d'une collusion entre les laboratoires pharmaceutiques et l'État et aussi l'idée très prégnante qu'il vaut mieux laisser faire la nature avec cette méfiance vis-à-vis d'un vaccin artificiel. Ce qui revient très souvent, c'est la peur des effets secondaires et de la toxicité des vaccins. Je pense que c'est lié à notre histoire, à notre rapport à l'État qui est assez paradoxal en France. À la fois on en attend beaucoup et, à la fois, on est très critiques vis-à-vis des autorités politiques.

La sensibilisation est-elle une réponse efficace ?

Oui. C'est ce qu'est en train de faire le maire de New York actuellement. On peut dire que c'est une campagne de promotion assez réussie de la vaccination puisqu'on a eu récemmement une importante épidémie de rougeole dans la communauté juive-orthodoxe liée à des propagandes anti-vaccinales auprès de cette communauté. Les communautés religieuses peuvent être assez perméables à certains discours antivaccins. En France, on a eu des cas d'épidémie de rougeole dans une communauté religieuse qui s'appelle la Fraternité Saint-Pie X qui est traditionnaliste et assez fermée. C'est très difficile de prévoir où on en sera dans un an. Ce qu'on peut dire aujourd'hui c'est que, par exemple, l'extension de l'obligation vaccinale qui était si décriée à son lancement, a eu un impact positif auprès des personnes les plus indécises. Pas auprès des antivaccins qui eux ne vaccineront jamais parce qu'ils sont convaincus que les vaccins sont dangereux, mais on peut convaincre les personnes indécises et parler du bien-fondé scientifique de la vaccination. On a noté une amélioration non négligeable des couvertures vaccinales.