Trois questions sur la pénurie de médicaments dans les pharmacies

Les ruptures d'approvisionnement explosent en 2015, selon "Le Parisien". 

Un client paie ses médicaments dans une pharmacie.
Un client paie ses médicaments dans une pharmacie. (CHASSENET / AFP)

Faut-il s'inquiéter ? Non, car il n'y a pas de risque sanitaire majeur. Mais la sonnette d'alarme est néanmoins tirée : les ruptures d'approvisionnement de médicaments ont été multipliées par dix en sept ans, selon l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Et, selon Le Parisien du lundi 10 août, les officines sont nettement plus alarmistes. 

Le quotidien cite un pharmacien de Clamart, Issam Bouha, affirmant que, depuis mai, "300 médicaments s'affichent en rupture de stock sur les listings des fournisseurs". Celui-ci a mis en demeure son fournisseur et plusieurs laboratoires de régler le problème. Dans le même temps, il a adressé une alerte à l'ANSM. 

Retour sur un phénomène qui angoisse un nombre croissant de patients.

Quels médicaments sont concernés ?

Parmi les produits portés manquants, Le Parisien liste l'Inspra, l'Exforge et le Rasilez, qui soignent l'hypertension, l'immunosuppresseur Enbrel, certains médicaments rares (contre la maladie de Parkinson, par exemple) ou encore des vaccins tels qu'Infanrix et Priorix.

Des difficultés d'approvisionnement pour des vaccins pédiatriques sont aussi régulièrement signalées. Le Haut Conseil de la santé publique estime, dans un rapport datant de février 2015 (lien vers PDF), que les "tensions d’approvisionnement" et "ruptures de stock" pourraient "subsister sur toute l’année 2015". Or les enfants doivent obligatoirement être vaccinés contre la diphtérie, le tétanos et la polio. Face à la pénurie, expliquait Europe 1 en mars, "il ne reste plus sur le marché qu'une seule solution : un cocktail de six vaccins injectés en même temps (diphtérie, tétanos, polio, coqueluche, haemophilus influenzae B, hépatite B)."

Quelles sont les causes ?

L'ANSM explique que ces ruptures de stock peuvent avoir de nombreuses causes : manque de matière première, production insuffisante d'une usine, hausse de la demande mondiale, lots rejetés pour un défaut de fabrication… Mais, le pharmacien Issam Bouha en est persuadé, ces pénuries proviendraient d'un "dysfonctionnement organisé". Les laboratoires, explique Le Parisien, pratiqueraient en effet le "contingentement" : ils limiteraient volontairement le nombre de boîtes mises à disposition des grossistes pour les empêcher de vendre leurs médicaments à l'étranger.

Concernant les vaccins, Le Monde insiste plutôt sur les besoins croissants dans le monde. "Sanofi, selon le journal, évoque une forte demande mondiale, et des difficultés dans la production des vaccins 'qui se fait à flux tendu'. Le laboratoire GSK parle lui d’un changement de calendrier vaccinal de plusieurs pays, qui a fait grimper la demande sur ces vaccins."

Quelles peuvent être les solutions ?

Le projet de loi de santé de Marisol Touraine qui a été voté en avril à l'Assemblée et qui sera discuté en septembre au Sénat prévoit de mieux encadrer la disponibilité des médicaments en France, souligne Le Parisien. Ministère de la Santé et ANSM vont établir une liste de "médicaments d'intérêt thérapeutique majeur", médicaments dont l'absence sur le marché pourrait être gravement préjudiciable au patient.

Y figureront les anticancéreux, les anesthésiques généraux, les antirétroviraux et les antibiotiques. Les laboratoires devront constituer des stocks pour limiter autant que possible les ruptures d'approvisionnement. Mais cette mesure ne concerne que les maladies graves.

Pour les autres, il existe "des alternatives", affirme dans Le Parisien Dominique Debourges, responsable du pôle contrôle du marché à l'ANSM. Soit en important des médicaments de l'étranger soit en les remplaçant par des produits similaires.