"Il n'y a pas de lien entre autisme et vaccination"

La visite d'un ancien médecin anti-vaccins au Parlement européen suscite l'ire de l'Association française pour l'information scientifique, qui dénonce un dangereux lobbying.

La communauté scientifique est très remontée contre l'opération anti-vaccination qui se profile au Parlement européen le 9 février prochain. Ce jour là, la députée écologiste Michèle Rivasi accueille un des chantres du mouvement anti-vaccin : Andrew Wakefield, un ancien chirurgien britannique radié de l'Ordre des Médecins après avoir publié une étude truquée où il rendait le vaccin ROR - contre la rougeole, les oreillons et la rubéole - responsable de certains cas d'autisme. Des travaux reconnus depuis comme une fraude scientifique.

Pour en parler, Liliane Grangeot-Keros, secrétaire perpétuelle adjointe de l'Académie nationale de pharmacie, était l'invitée du Magazine de santé ce lundi 6 février 2017.
 

  • On sait que le lien entre autisme et vaccination a été totalement invalidé. Comment expliquer que, malgré les démentis, cette fausse alerte continue de marquer les esprits ?

Liliane Grangeot-Keros, secrétaire perpétuelle adjointe de l'Académie nationale de pharmacie : "Les vaccins ont toujours fait l'objet de controverses. Mais là, la situation est gravissime. Je dirais même que c'est un scandale. De très nombreuses études ont démontré qu'il n'y avait pas plus de cas d'autisme chez ceux qui avaient été vaccinés que ceux qui ne l'avaient pas été. C'est clair, il n'y a pas de lien entre l'autisme et la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole."

  • Cette polémique anti-vaccin est-elle une spécificité française ?

Liliane Grangeot-Keros : "La vaccination a toujours fait l'objet de très nombreuses controverses. L'autisme, c'était surtout en Angleterre. Bizarrement ça n'avait pas franchi les frontières. En France, la polémique concernait le vaccin contre l'hépatite B. On a parlé de risques de développer la sclérose en plaques. Idem pour les suspicions concernant le vaccin contre le cancer du col de l'utérus. C'est très français. Quand on interroge nos collègues, notamment américains, ils nous répondent : « mais qu'est-ce que c'est que ces polémiques en France ? ». Chez eux, à de rares exceptions près, ces débats n'existent pas."

  • D'autant plus que ces polémiques sont relayées par des individus qui ont le titre de professeur, qui mobilisent des milliers de personnes via des pétitions, et qui s'expriment régulièrement dans la presse et à la télévision…

Liliane Grangeot-Keros : "C'est bien le problème. Quand ces faux messages sont relayés par des personnalités qui ont pignon sur rue, nos concitoyens ne savent plus qui croire. C'est évident. Je pense qu'on ne met pas assez en avant les bénéfices de la vaccination. En 2013 par exemple, l’Organisation Mondiale de la Santé disait qu’il y avait 400 décès par jour liés à la rougeole. Je vous assure que s'il y avait eu un seul décès lié au vaccin ROR, qui comprend la vaccination contre la rougeole, et cela aurait fait la une des journaux. Il faut quand même évaluer le bénéfice-risque et bien évidemment, le bénéfice est très supérieur au risque."