Sida : "Il y a un fort manque d'engagement politique" dans la lutte contre le VIH dans le monde, dénonce la directrice générale du Sidaction

Le rapport annuel de l'Onusida pointe un frein dans la lutte contre le virus dans le monde depuis trois ans.

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Radio France
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Un rassemblement pour la lutte contre le Sida en décembre 2021, à Paris.  (FIORA GARENZI / HANS LUCAS)

"C'est une première depuis 2010", a expliqué ce vendredi 29 juillet sur franceinfo Florence Thune, la directrice générale du Sidaction. Elle s'inquiéte d'une "baisse de 6% des financements internationaux" dans la lutte contre le virus depuis une dizaine d'années.

franceinfo : La pandémie de Covid-19 a-t-elle eu un effet dévastateur sur la lutte contre le sida ?

Florence Thune : Oui, effectivement. L'Onusida a confirmé dans ses dernières données publiées ce jeudi que la lutte contre le sida a fortement pâti de la crise sanitaire. Avant la crise sanitaire, déjà, les indicateurs n'étaient pas bons sur le nombre de nouvelles infections ou le nombre de décès. Malheureusement, ça se confirme avec ces dernières données pour 2021. Nous avons eu une baisse des dépistages en 2020 et 2021 et nous ne l'avons pas rattrapée. Les personnes ne sont pas allées se faire dépister tout simplement parce que les structures de dépistage étaient fermées pendant les confinements ou bien parce que la communication autour de la pandémie a complètement effacé les campagnes de prévention sur le VIH. Cela a eu des effets dévastateurs dans de nombreux pays avec, on le voit aujourd'hui, un nombre de nouvelles infections qui baisse à peine par rapport à 2020. C'est vraiment une première depuis 2010. Nous avons encore 1,5 millions de nouvelles infections en 2021 et le nombre de décès stagne. Donc, c'est vraiment inquiétant.

La guerre en Ukraine peut-elle avoir un impact sur la lutte contre le VIH dans le monde ?

Tout à fait. Nous sommes très inquiets par rapport à ce qu'il se passe en Ukraine. On le voit, toutes les structures de santé sont touchées. Pour les personnes, leur priorité, c'est de fuir et de se mettre à l'abri et certainement pas d'aller faire un dépistage. Les personnes qui sont déjà sous traitement voient leur traitement interrompu. Les conflits sont une vraie menace pour ce type de situation. Et puis, nous sommes très inquiets aussi quand nous voyons que, globalement, dans l'ensemble des pays du monde comme aux États-Unis, nous voyons des lois qui criminalisent de plus en plus des personnes déjà très discriminées, les consommateurs de drogues, les homosexuels ou les travailleuses du sexe. Toutes ces lois empêchent les personnes d'aller vers les soins, d'aller vers la prévention. Nous sommes aussi très inquiets car nous avons une baisse des financements au niveau international depuis plusieurs années. L'Onusida note une baisse de 6% des financements par rapport à 2010. Il y a un fort manque d'engagement politique.

La recherche continue-t-elle malgré tout d'avancer ?

La recherche continue heureusement de progresser, même si elle a été ralentie en 2020 parce qu'elle s'est beaucoup concentrée sur le Covid-19. Il y a désormais des traitements préventifs qui sont révolutionnaires, qui permettent d'empêcher la transmission, mais qui sont insuffisamment diffusés dans le monde, même en France. Bien sûr, le préservatif est toujours à utiliser. Concernant un éventuel vaccin, nous avons appris à être très prudents depuis 40 ans dans la lutte contre le VIH. Effectivement, le vaccin à ARN messager est une des pistes puisque plusieurs essais vaccinaux sont en cours en France et dans le monde. Un essai a été lancé mais nous restons très prudents car les premiers résultats de la phase une n'arriveront que dans quelques temps.

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