Sida : "Il y a un relâchement des pouvoirs publics" déplore l'ancien président d'Act Up

L'ancien président d'Act Up, Christophe Martet, rappelle sur franceinfo la nécessité de "se faire dépister, se faire traiter" car "quand vous êtes en couple avec un séropositif, il n'y a pas de transmission à partir du moment où elle est traitée".

Le préservatif rose géant posé sur l\'obélisque de la Concorde par Act Up à Paris, le 1er décembre 1993.
Le préservatif rose géant posé sur l'obélisque de la Concorde par Act Up à Paris, le 1er décembre 1993. (GERARD JULIEN / AFP)

Grand Prix du Festival de Cannes, le film "120 battements par minute" sort au cinéma mercredi 23 août. Il retrace le combat des militants d'Act Up dans les années 90, une période pendant laquelle le nombre de personnes atteintes du Sida n'a cessé d'augmenter.

Aujourd'hui, en France, il y a toujours 6 000 découvertes de séropositivité par an. "Il y a un relâchement des pouvoirs publics", a estimé mercredi sur franceinfo, Christophe Martet, ex-président d’Act Up de 1994 à 1996.

franceinfo : Pourquoi parlez-vous de relâchement ?

Christophe Martet : On fait beaucoup moins de campagne qu'avant. Il y a beaucoup moins de campagnes ciblées. Avant on avait la télé, on avait des campagnes pratiquement deux, trois fois par an. Aujourd'hui, c'est moins fréquent. C'est ce relâchement là que je voudrais dénoncer. La lassitude des méthodes de prévention, mais aussi le fait que le Sida ne fait plus peur. Le préservatif n'est plus toujours là. Quand on est un jeune gay, il faut faire le dépistage très régulièrement et se protéger.

Aujourd'hui, le vaccin est l'enjeu de la recherche. Vous y croyez ?

On continue de chercher un vaccin, c'est très compliqué. Mais il y a deux choses très importantes, c'est que les personnes séropositives en traitement efficace ne transmettent plus le virus. Donc quand vous êtes en couple avec un séropositif, il n'y a pas de transmission à partir du moment où elle est traitée. Donc, ce qu'il faut c'est se faire dépister, se faire traiter. Aujourd'hui, on sait qu'on peut mettre fin à cette épidémie rapidement si on prend ces mesures et notamment des mesures de prévention.

Qu'avez-vous pensé du film 120 battements par minute ?

C'est un film extrêmement émouvant, éprouvant aussi parce qu'on y voit des choses très, très dures, la mort, la maladie, mais aussi la vie. A l'époque, on était en vie, on avait peur de la mort et c'est peut-être pour ça qu'on était encore plus vivant.

C'est la première fois à l'époque que le Sida est incarné publiquement par les militants d'Act Up. En quoi était-ce important ?

Act Up voulait vraiment donner un visage à l'épidémie. C'était une épidémie cachée, c'était des personnes qui témoignaient à visage couvert, parfois il y avait de grands écrivains ou des intellectuels qui avaient parlé, mais les malades eux-mêmes ne se montraient pas. Act Up a donné un visage à cette maladie et a donné aux malades une place d'experts de cette maladie. Tout le monde était dans le monde bateau de difficulté. Les médecins n'avaient pas plus de pouvoir que nous et donc l'idée c'était vraiment de faire des malades des experts, des personnes combattantes.

A l'époque, les militants vont noter toutes les informations qu'ils obtiennent. Dans quel but ?

Tout était très codifié, noté parce qu'il fallait donner un compte-rendu de chaque réunion parce qu'on savait que l'association était fragile. Les gens tombaient comme des mouches. Il fallait que la relève puisse assurer la suite et le combat parce qu'on n'avait pas de temps à perdre.

Vous avez découvert votre séropositivité en 1995. Pour vous c'est dans l'ordre des choses parce que vous êtes gay. Pourquoi une telle réaction ?

Ça paraît bizarre de le dire comme ça, mais à l’époque il n'y avait pas de prévention, pas de capotes disponibles. C'est dans l'ordre des choses et ça ne m'a pas bouleversé parce qu'à l'époque l'épidémie était totalement cachée, niée et sous-estimée. On nous disait que dans quelques années il y aurait un vaccin et que ce serait résolu. On pensait que c'était un peu comme une hépatite. On pouvait être séropositif mais ce n'était pas si grave que ça.