"Je suis d'une génération qui a eu sa vie sexuelle avant l'arrivée du sida" : Jean-Louis a appris sa séropositivité à 52 ans

Jean-Louis Lecouffe explique n'avoir jamais mis de préservatif, n'ayant pas conscience d'un "risque".

Jean-Louis Lecouffe a appris sa séropositivité à 52 ans.
Jean-Louis Lecouffe a appris sa séropositivité à 52 ans. (SOLENNE LE HEN / FRANCE-INFO)

Le sida continue de frapper, avec 6 000 nouvelles personnes qui découvrent leur contamination chaque année en France. Parmi elles, 20% concernent les plus de 50 ans, soit 1 200 contaminations, selon une enquête de Santé publique France. 

Jean-Louis Lecouffe a découvert sa séropositivité à 52 ans. Cet homme a eu deux vies : la première, avec une femme et quatre enfants, un poste de haut cadre. Et une seconde vie a commencé après son divorce. À 50 ans débute pour lui une vie homosexuelle.

Pas de "dimension de risque"

"Je cherchais des relations sexuelles rapidement vu mon âge, l'horloge biologique est en train de tourner, il faut se dépêcher de vivre,  témoigne-t-il. J'avais des relations qui n'étaient pas protégées. Je suis d'une génération qui a eu sa vie sexuelle avant l'arrivée du sida. Je n'avais pas du tout cette dimension de risque. Pour moi la vie sexuelle, c'était d'abord du plaisir, de l'épanouissement. Je n'ai jamais mis de préservatif de ma vie, jamais."

Et à 52 ans, il apprend par hasard qu'il est porteur du VIH, à l'occasion d'un test sanguin exigé par sa banque pour une simple demande de prêt. "J'ai reçu un premier accueil dans un hôpital où on m'a dit 'à votre âge, vous auriez quand même pu faire attention', raconte Jean-Louis Lecouffe. Vu mon âge, j'étais mal perçu parce que je n'étais plus un adolescent, et donc ma prise de risque était perçue comme un truc de jeune."

Quand vous avez 50 ans et quatre enfants, vous avez l'image de quelqu'un qui doit être extrêmement responsable. Et du jour où vous découvrez que vous êtes séropositif, cette image-là s'effondreJean-Louis Lecouffeà franceinfo

Le fait qu'il soit séropositif a changé le regard des autres sur lui, estime-t-il. "J'avais un revenu assez confortable. Et du jour au lendemain, vous changez de catégorie sociale, et vous êtes le séropositif avec une série d'étiquettes. Et là, j'ai été énormément aidé par les associations et les groupes de parole, parce que j'ai vu que je n'étais pas seul."

Désormais,  Jean-Louis Lecouffe veut témoigner de son parcours pour, dit-il, trouver un sens à sa vie, à sa maladie. Aujourd'hui sexagénaire, il a choisi de militer, de venir en aide à des réfugiés et à des séropositifs précaires, via l'association Basiliade, créée en 1993.

Le reportage de Solenne Le Hen
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