L'incontinence urinaire n'est pas une fatalité!

Le Pr François Haab, urologue, vient d'écrire au CSA pour dénoncer le message véhiculé par deux publicités pour des protections absorbantes destinées aux femmes.

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Une femme sur quatre souffre d'incontinence urinaire. Mais toutes n'osent pas consulter un médecin. Pourtant, il existe des solutions médicales pour traiter les fuites urinaires. Le port de protections absorbantes n'est pas la seule solution. Les explications du Pr François Haab, urologue à l'hôpital Diaconesses à Paris et conseiller UDI-Modem à la mairie de Paris.

  • Que reprochez-vous à ces publicités ?

Pr F. Haab : "Ces publicités m'énervent car elles laissent entendre que c'est physiologique de perdre ses urines. On prend l'analogie des menstruations. Après tout, les femmes utilisent des serviettes hygiéniques pour leurs menstruations. Si elles perdent leurs urines, c'est la même chose. Ne demandez pas avis à un médecin. Ça fait partie de la vie. Mettez une protection... C'est vraiment détestable ! Dans toutes les études, on se rend compte qu'un tiers des femmes qui souffrent de fuites urinaires ne consultent pas. Elles pensent qu'on ne peut rien faire. Ce que laissent dire ces publicités."  

  • On associe souvent l'incontinence urinaire au grand âge. Quels sont les autres facteurs de risque ?

Pr F. Haab : "L'incontinence urinaire, en particulier l'incontinence à l'effort qui est mentionnée dans ces publicités, concerne des femmes jeunes, des femmes sportives... L'incontinence urinaire n'est pas nécessairement liée au grand âge. Bien sûr, le risque augmente avec le vieillissement. Mais pas uniquement. Des femmes qui ont 25, 30, 40 ans sont aussi gênées."

  • Comment soigne-t-on l'incontinence urinaire ?

Pr F. Haab : "Il faut d'abord faire un diagnostic parce qu'il n'y a pas un mécanisme univoque qui explique les fuites urinaires. Ça peut être une incontinence d'effort, une hyperactivité de la vessie... Il faut demander conseil à son médecin pour qu'un diagnostic soit établi. À partir de là, des propositions thérapeutiques en découleront : de simples conseils, des modifications alimentaires sur les boissons, de la rééducation, parfois des médicaments et très rarement de la chirurgie."

  • Si on a des fuites urinaires, le réflexe est d'en parler à son médecin, et non simplement d'acheter des protections. Les médecins en parlent-ils assez souvent avec leurs patientes ?

Pr F. Haab : "On ne va pas forcément dépister l'incontinence urinaire. Mais, on va répondre à la demande d'une patiente. On reste sur un problème de qualité de vie. Mais, ce qui est certain, c'est que ce n'est pas normal à n'importe quel âge de perdre ses urines. C'est une pathologie donc on consulte. On ne gère pas ça dans son coin, en mettant une protection et en n'en parlant à personne."

  • Les fuites urinaires sont notamment liées à la grossesse. Fait-on assez de prévention auprès des femmes ?

Pr F. Haab : "Probablement, on ne prévient pas suffisamment car lorsque les symptômes sont installés, il est beaucoup plus difficile de les faire ensuite disparaître. Plus on pourra traiter précocement, plus les solutions seront simples. Si on attend plus longtemps, les solutions seront plus chirurgicales ou médicamenteuses et la rééducation sera moins efficace."

Entretien avec le Pr François Haab, chirurgien urologue
Entretien avec le Pr François Haab, chirurgien urologue