Santé : quatre questions sur la grève des ambulanciers entamée mardi matin

Peu visible pour les patients, le mouvement est cependant très suivi par les ambulanciers.

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Les entreprises d'ambulance protestent contre une nouvelle loi et le "retard" pris dans l'application d'une réforme de leurs gardes. (MAXPPP)

Une grève "silencieuse", mais suivie. La plupart des ambulanciers français sont en grève des urgences, mardi 12 octobre. Ce mouvement répond à un appel lancé par deux fédérations d'entreprises d'ambulances, la Chambre nationale des services d'ambulances (CNSA) et la Fédération nationale de la mobilité sanitaire (FNMS). Elles réclament l'entrée en vigueur d'une réforme de leurs gardes, négociée depuis plusieurs mois et jugée indispensable, alors qu'une proposition de loi sur la "valorisation des sapeurs-pompiers", en passe d'être adoptée, fait craindre aux ambulanciers des "risques majeurs" et des pertes de financement. Explications.

1Pourquoi les ambulanciers font-ils grève ?

A l'origine de la grève, il y a deux événements. D'abord, l'article 3 de la loi proposée par le député LREM Fabien Matras, qui a été adoptée le 7 octobre dernier. Les deux organisations d'ambulanciers s'inquiètent de la possibilité de "missionner directement un équipage pompier (...) alors que l'organisation des urgences prévoit de solliciter en priorité les ambulanciers", offrant ainsi "un financement sans limites" aux premiers, au détriment des seconds.

Dans le même temps, les deux fédérations déplorent un "retard" dans la mise en œuvre de l'accord sur l'organisation et les tarifs des gardes ambulancières. Le ministre de la Santé n'a toujours pas signé de décret alors que cette réforme a été signée fin 2020 avec l'Assurance maladie, après plus de trois ans de tractations. Elle s'avère d'autant plus nécessaire depuis le vote de la loi Matras, selon les ambulanciers. "Maintenant que cette loi est passée, sortons notre réforme de façon à pouvoir la contrôler", réclame Thierry Schifano, président de la FNMS, contacté par franceinfo.

Il critique le "côté pervers de l'article 3", estimant que "l'agence régionale de santé (ARS) paiera l'activité des sapeurs-pompiers alors que ce n'est pas leur mission". "Pour donner un exemple, si un pompier part en intervention aujourd'hui, il peut rentrer en disant que c'était une carence ambulancière, c'est-à-dire qu'aucune ambulance n'était disponible. Le tout sans que les ambulances aient été appelées", illustre Dominique Hunault, président de la CNSA, également contacté par franceinfo.

Les ambulanciers craignent aussi qu'une telle organisation nuise à la santé du patient en cas d'urgence. "En tant que professionnels, nous suivons une filière de soins, c'est-à-dire qu'on va faire en sorte d'emmener le patient dans le bon service, le bon hôpital, pour qu'il ait les soins les plus adaptés, détaille Dominique Hunault. Les services de secours, eux, travaillent d'une autre façon. Ils procèdent à des évacuations, ils vont au plus près et au plus rapide, sans se soucier de la filière de soins."

2Quelles sont les conséquences pour les patients ?

Pour les patients, cette grève est "indolore", assurent les deux patrons de fédérations. En fait, les ambulanciers se sont déclarés en grève auprès des urgences hospitalières, ce qui signifie que pour faire appel à leurs services, les préfectures doivent les réquisitionner. "Il y a deux cas de figure, énumère Dominique Hunault. Nous avons pris contact avec les Samu pour tout organiser. Dans une grande majorité des cas, les ARS, par le biais des préfectures, réquisitionnent les ambulanciers. Dans d'autres cas, il n'y a pas de réquisition, mais chacun prend ses responsabilités. S'il y a une urgence vitale, nous serons présents et nous n'abandonnerons pas nos patients."

Cette stratégie ne fait pas l'unanimité dans la profession. La Fédération nationale des techniciens ambulanciers urgentistes (FNTAU) fait savoir à l'AFP qu'elle "n'appelle pas à rejoindre ce mouvement". Elle redoute que les pompiers puissent "se servir de l'absence des ambulanciers sur le terrain pour les montrer du doigts et entacher leur image".

3Qu'espèrent les ambulanciers à l'issue de cette grève ?

Les représentants des deux fédérations espèrent "que le ministre tienne l'engagement qu'il a fait devant les ambulanciers lors de notre congrès, et qu'il publie ce décret immédiatement, conformément à toutes les discussions qui ont été mises en place depuis des mois", souligne Dominique Hunault.

Même si la grève est "silencieuse", Dominique Hunault et Thierry Schifano ont bon espoir qu'elle montre "le poids de la profession". "Depuis ce matin, ce sont des milliers d'ambulances qui sont réquisitionnées. Cette nuit, les gendarmeries ont tourné dans tous les territoires pour déposer des ordres de réquisition aux sociétés d'ambulances", assure le président de la CNSA. "Cela nécessite une organisation plus compliquée et cela devrait servir de message à nos ministères de tutelle. A partir du moment où on nous réquisitionne, c'est qu'on a besoin de nous", tranche-t-il.

4Combien de temps la grève va-t-elle durer ?

Pour l'instant, les deux fédérations, qui ont déposé "un préavis de grève reconductible", ne savent pas combien de temps la grève va durer. "Cela va dépendre de la vitesse à laquelle on va nous répondre. Mais vu l'engagement sur le terrain, cela va être assez rapide", espère, optimiste, Dominique Hunault. Selon la CNSA, 70% des entreprises ont suivi le mouvement dans l'Hexagone. Du côté de la FNMS, on estime que le mouvement a été suivi dans 70 départements. "Un bon signal", selon Thierry Schifano.

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