Une féministe dénonce la "chasse aux sorcières" en France contre "les sages-femmes" qui pratiquent "l'accouchement à domicile"

Les demandes d'accouchement à domicile ont été multipliés par dix dans certaines régions françaises depuis le début de la pandémie. Invitée de franceinfo, Marie-Hélène Lahaye,  auteur du blog "Marie accouche-là", estime que les pouvoirs publics répriment aujourd'hui la pratique.

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Radio France
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Un rassemblement du Comité de defense de l'accouchement à domicile à Paris en 2014. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Marie-Hélène Lahaye, féministe, auteur du blog "Marie accouche-là" et du livre "accouchement, les femmes méritent mieux" (éditions Michalon, 2018), a dénoncé vendredi 3 août sur franceinfo la "chasse aux sorcières" en France depuis quelques années contre les sages-femmes qui pratiquaient "l'accouchement à domicile violemment réprimé par les pouvoirs en place". Durant la pandémie, les demandes d'accouchement à domicile ont été multipliées par dix dans certaines régions. Les mesures sanitaires dans les hôpitaux ont poussé certaines futures mamans à faire ce choix qui "n'est pas plus dangereux qu'un accouchement à l'hôpital lorsque la grossesse est à bas risque", affirme-t-elle.

franceinfo : La pandémie a fait évoluer les pratiques de l'accouchement ?

Marie-Hélène Lahaye : Le confinement surtout a mis en évidence une aggravation des violences obstétricales qui ont été dénoncées depuis plusieurs années, et on a constaté une aggravation des conditions d'accouchement dans les hôpitaux et par ailleurs, un mouvement féministe, un mouvement de femmes qui ne rêvent plus autant à la médicalisation de leur accouchement comme c'était le cas avant.

Ces deux facteurs cumulatifs font qu'aujourd'hui, beaucoup plus de femmes qu'avant encore souhaitent accoucher à domicile. Par ailleurs, la science montre qu'il n'y a pas plus de risques d'accoucher à domicile pour les grossesses à bas risque lorsqu'elles sont accompagnées de sages-femmes et qu'il y a, à proximité, un hôpital en cas de nécessité de transfert.

Est-ce une forme de militantisme ?

Il y a un militantisme par rapport aux conditions de l'accouchement. Ce n'est pas par militantisme qu'elles vont accoucher. C'est vraiment un souhait d'intimité, un souhait de se réapproprier cet événement, un souhait d'être respectée dans ses choix, dans son corps. De vivre cet évènement très particulier qu'est l'accouchement de la façon la meilleure qui soit pour elle. C'est plus un choix individuel, librement réfléchi et grâce à toute l'information qui est toujours disponible, de nombreuses femmes comprennent que c'est un choix qui est tout à fait légitime et tout à fait sécurisé, à condition qu'elles trouvent bien sûr une sage-femme pour les accompagner.

Il n'est pas toujours simple de trouver des sages-femmes ?

En France, il y a un manque de sages-femmes, parce que cette pratique de l'accouchement à domicile a été violemment réprimée par les pouvoirs en place.

"Il y a une chasse aux sorcières, qui a fait qu'en quelques années une grosse partie des sages-femmes qui accompagnaient les femmes à domicile ont quitté la profession pour des questions d'assurances professionnelles."

Marie-Hélène Lahaye, auteure

à franceinfo

C'est ça le véritable souci parce qu'il y a une demande de femmes. Il y a beaucoup de sages femmes qui seraient prêtes à reprendre ce travail ou à s'investir dans cette profession, à condition que ce soit dans de bonnes conditions, qu'elles aient accès à des assurances professionnelles, que le ministère de la Santé les soutienne et qu'il y ait la capacité pour elles de s'investir dans un réseau de professionnels.

Les gynécologues obstétriciens disent que l'accouchement à l'hôpital est plus sur. Cela vous fait bondir ?

C'est faux. Des études s'accumulent année après année sur un million de cas dans des pays équivalents à la France. On a montré que l'accouchement à domicile n'était pas plus dangereux qu'un accouchement à l'hôpital lorsque la grossesse est à bas risque.

"Il y a 90% des accouchements qui se passent très bien. Il y a que 10% des accouchements à risque, et dans ce cas, l'hôpital est tout à fait indiqué. Ce n'est pas du tout contesté."

Marie-Hélène Lahaye, auteure

franceinfo

Le but était de dire que l'accouchement se passe bien dans l'écrasante majorité des cas. Et en plus, contrairement au XVIIIe siècle aujourd'hui, les femmes ont accès à un hôpital. Quand il y a des complications, elles sont transférées.

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