Grève des sages-femmes : "Laissez-nous prendre en charge les femmes comme il se doit !", plaide un syndicat

Selon l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes, sur un peu moins de 500 maternités en France, environ 150 étaient grévistes à 100% pendant le weekend du 25-26 septembre.

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Radio France
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Une sage-femme à la maternité de la clinique de Saint-Grégoire (Ille-de-Vilaine). Photo d'illustration.  (LIONEL LE SAUX / MAXPPP)

"Laissez-nous prendre les femmes en charge comme il se doit !", a appelé sur franceinfo Camille Dumortier, la présidente de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes, alors qu’un mouvement de grève national lancé par plusieurs organisations a été très suivi ce week-end, dans les hôpitaux et chez les libérales.

franceinfo : La grève a-t-elle été très suivie ce week-end ?

Camille Dumortier : Enormément de maternités ont suivi cette grève. Sur un peu moins de 500 maternités en France, on en a relevé 150 qui étaient grévistes à 100%. Le mouvement était aussi particulièrement suivi chez les libérales. On sait qu’au moins 60% des cabinets libéraux sont fermés. Ce qui signifiait qu’il n’y a pas eu de sorties précoces de maternité, puisque pas de sages-femmes libérales pour prendre en charge les patientes dans les 24 heures. Les femmes qui venaient accoucher ce week-end ont accouché dans les conditions dans lesquelles nous sommes obligées de travailler très régulièrement, avec des gardes où l’on passe notre temps à courir d'une patiente à l'autre, où on cherche des lits et où on n'arrive pas à faire notre travail correctement. En fait, c’est notre quotidien. Par contre, dans certains établissements, le respect du droit de grève et des modalités d’assignation ou de réquisition a été plus ou moins partiels. Donc, il y a des cliniques qui ont dû fermer. Il y a des établissements qui se sont retrouvés en difficulté. Les sages-femmes, quel que soit leur mode d'exercice : salariées du public, du privé, libérales, étudiantes… On est toutes à bout. On le dit depuis tellement longtemps, et encore une fois, je pense qu’on ne nous prend pas au sérieux. Sauf que là, c’est un cri de détresse de l’ensemble de la profession : laissez-nous prendre les femmes en charge comme il se doit !

Que réclamez-vous aujourd’hui, sachant que vous avez obtenu une revalorisation de salaire d’environ 180 euros net par mois, dans le cadre du Ségur de la santé ?

Comme tous les autres personnels soignants de l'hôpital, on a obtenu cette revalorisation. Ce qu'il faut savoir c’est qu’une sage-femme bac +5, qui a fait la première année commune aux études de santé, commence à 1 600 euros par mois. Tout cela contribue à un manque d'attractivité de notre profession. Ce qui fait qu'on n'a plus suffisamment de sages-femmes dans les établissements. On n'a pas suffisamment de sages-femmes en libéral pour prendre en charge des patientes comme il se doit. Cette revalorisation pourrait convenir à quelqu’un qui, au départ, gagne correctement sa vie. Mais pour nous, ça ne suffira pas. Et de toute façon, le problème est bien plus profond que ça. On ne nous donne pas les effectifs, on n’a pas les moyens de faire de la recherche.

Vous faites déjà des suivis gynécologiques complets ou des poses de stérilet. Est-ce que vous aimeriez pouvoir aller plus loin avec par exemple des prescriptions de médicaments plus importantes ?

On peut déjà prescrire des médicaments, mais on a un problème avec la liste de prescriptions qui ne va pas aussi vite que la science. On voudrait simplement pouvoir prescrire ce qui est nécessaire à notre "art". Pour être un peu schématique, si un nouveau stérilet sort et qu'il n'est pas dans cette liste, on n'a pas le droit de l'utiliser. On peut prescrire des antibiotiques pendant la grossesse, dans une période où il faut être particulièrement vigilant, mais on n’a pas le droit hors de la grossesse : c’est complètement illogique ! Et puis il faut rediscuter de la formation, il faudrait une sixième année. Depuis 2001, les études de sage-femme, c'est en cinq ans. En 2009, il y a eu le suivi gynécologique qui a été rajouté à nos compétences et en 2016, l’IVG médicamenteuse. Donc, on se retrouve avec des études de plus en plus compactes, de plus en plus denses. Avant la crise sanitaire, 70% des étudiantes sages-femmes étaient en burn-out. Beaucoup de collègues reprennent leurs études ou se réorientent, après avoir travaillé un ou deux ans. On nous dit souvent qu’on fait le plus beau métier du monde ; ça le serait si on nous donnait les moyens de l’exercer.

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