Manipulateurs radio en grève : "nous voulons être considérés comme des soignants"

VIDEO – Les "manip’ radio" du CHU de Clermont-Ferrand, qui se considèrent comme les "oubliés de la santé", chantent leurs revendications pour que le gouvernement les reconnaissent aussi comme des soignants.

Manipulateurs radio en grève : \"nous voulons être considérés comme des soignants\"
Manipulateurs radio en grève : "nous voulons être considérés comme des soignants" (Crédits Photo : Capture écran Youtube ©MG Capture  )

"Comment le gouvernement, peut-il nous oublier, nous les « manip’ radio », qui faisons tourner l’hosto ?" C’est le cri d’alerte chanté par les manipulateurs en radiologie en grève au CHU Clermont-Ferrand. Parmi eux, Mylène Rigaud, "manip’ radio" depuis sept ans et autrice du texte de la chanson "Pas de radio, Pas d’hosto" dont le clip a été mis en ligne le 25 novembre.
Entre deux nuits de travail, Mylène a rédigé ce texte. Elle l’a ensuite fait lire à ses collègues et face à leur engouement, Maxime Grassi, manipulateur radio au service des urgences et vidéaste amateur, a proposé d’en faire un clip vidéo. "C’est notre premier mouvement corporatiste depuis que le métier existe et on voulait donc faire quelque chose de marquant" nous confie Mylène Rigaud.

"Jusqu’à 25 scanners par nuit"

Le mouvement a en effet démarré à Nice en septembre et s’est rapidement propagé à l’échelle nationale : "à l’AP-HP, à l’AP-HM, au CHU de Bordeaux, de Nantes, dans certaines structures privées…" cite Mylène Rigaud, et le CHU de Clermont-Ferrand, où les "manip’ radio" sont en grève depuis le 21 novembre. "Mais comme nous sommes assignés pour assurer la prise en charge des patients, aucune répercussion n’est visible sur les soins" précise-t-elle.

Car comme tout autre personnel hospitalier, les "manip’ radio" sont "confrontés à l’explosion des activités des urgences" témoigne Mylène Rigaud. "Nous pouvons réaliser jusqu’à 25 scanners par nuit et nous sommes confrontés à la fatigue de tous : le personnel, les médecins, les patients" poursuit-elle.

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"On ne pense pas à nous, on ne nous connaît pas"

A l’origine de la montée du mécontentement : un manque de considération et de reconnaissance de la part du gouvernement. "Notre activité est directement liée au service des urgences et pourtant, nous n’avons pas eu la prime accordée par le gouvernement au personnel des urgences" révèle Mylène Rigaud.
"On ne pense pas du tout à nous, on ne nous connaît pas" déplore-t-elle, estimant que les institutions les considèrent plutôt comme des "techniciens" que comme des soignants.

Perfusions, réanimation, radiothérapie…

Mais dans les faits, les "manip’ radio" prennent en charge "des patients anxieux, en souffrance, fatigués, parfois traumatisés ou alcoolisés" et "même si le côté technique est important, le relationnel est primordial dans notre métier" rappelle-t-elle. "Nous pratiquons des perfusions, nous sommes formés à la réanimation et au massage cardiaque et habilités à prendre en charge des patients polypathologiques" liste Mylène Rigaud. En somme, sans eux, pas de scanner, pas d’IRM, pas de radios, pas d’injection de produits de médecine nucléaire, pas de radiothérapie contre le cancer et pas de radiologie interventionnelle et vasculaire en chirurgie micro-invasive.

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Augmenter les salaires et les embauches

Autant de compétences qui justifient la première revendication des "manip’ radio" : être reconnus comme des soignants et, à ce titre, avoir accès aux primes proposées par le gouvernement et à une revalorisation salariale.
Autre requête : "obtenir plus d’embauches", ce qui permettrait aux manipulateurs en radiologie de "bénéficier de plus de temps pour les patients et pour les tâches annexes comme la gestion d’archivages d’images, les commandes de matériel ou la formation des élèves" énumère Mylène Rigaud. Car actuellement, "on a l’impression d’un travail à la chaîne" témoigne-t-elle. "Il faut accroître notre activité d’imagerie pour faire rentrer de l’argent dans l’hôpital, sans quoi on nous menace de ne pas nous donner de mensualité de remplacement pour nos congés" s’insurge la soignante.

"Un mouvement à nous"

Pour obtenir gain de cause, les "manip’ radio" restent mobilisés. "Chacun va se joindre au mouvement hospitalier car on défend l’hôpital public comme tout personnel soignant" nous assure-t-elle. "Mais à chaque fois qu’on se joint à un mouvement national, on est oublié, donc on veut notre mouvement à nous et nous organiserons pour cela une journée au mois de janvier 2020."

Pour le moment, la vidéo constitue un premier succès : "Plus de 100.000 vues pour une vidéo clermontoise sur les oubliés de la santé, nous sommes fiers !" conclut Mylène Rigaud.