VIDEO. Un Ehpad tout neuf reste vide... et ça coûte cher !

Les Ehpad, ces maisons de retraite médicalisées, font la Une de l’actualité. “Colère” face au manque de moyens, “Cri d’alarme” des personnels soignants : la santé des Ehpad se dégrade. Pourtant, à l’Oeil du 20h on en a trouvé un tout neuf ... qui reste désespérément vide depuis des mois.

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Le nouvel Ehpad de Quévert, dans les Côtes-d’Armor, a de quoi faire des envieux : 20 millions d’euros dépensés, 150 chambres individuelles, trois unités dédiées aux malades d’Alzheimer. Mais aussi… un parking vide. L’établissement est opérationnel depuis septembre dernier mais n'a toujours pas ouvert ses portes.

Pas vraiment ce qui était annoncé au début des travaux, en 2015. “Nous aurons le plaisir de nous retrouver à l’occasion de l’inauguration en juin 2017”, déclarait alors Didier Lechien, le maire (UDI) de Dinan. Aux dernières nouvelles, l’ouverture est repoussée au 9 avril prochain, soit dix mois de retard sur la date initiale.

Devant les grilles de l'Ehpad vide, nous croisons pourtant un employé. “Je viens faire mon boulot, l’entretien extérieur : passer le Karscher, laver les balcons, faire le nettoyage…" nous explique-t-il au volant de sa camionnette.

Des milliers d'euros par mois pour un Ehpad fermé

Eh oui : l’Ehpad a beau être fermé, il coûte cher à l’hôpital de Dinan, qui gère l’établissement. En plus du nettoyage, il faut payer : la vidéosurveillance (1000 €/mois), l’entretien des canalisations (pour éviter la propagation de la légionellose), le gardiennage... L’Ehpad est même chauffé, pour éviter l’humidité !

En tout, 4 000 € par mois d’après la direction… dix fois plus selon les syndicats. "C’est scandaleux, s'indigne Christian Bougis, délégué FO du CHU de Dinan. En fin de compte, c’est de l’argent public, alors que le bâtiment est construit. Ça été très mal perçu par les personnels, les familles et les résidants.”

Une nouvelle norme à l'origine du retard

Alors, pourquoi ce retard ? Il serait lié à une nouvelle norme comptable publiée l’an passé, qui change les règles de financement des Ehpad. Résultat : l’établissement s’est retrouvé avec un déficit de 400 000 €, à quelques semaines de l’inauguration.

“Il valait mieux qu’on prenne un peu de temps pour rediscuter le plan de financement, assure Arnaud Guyader, le futur directeur de l'Ehpad de Quévert. On a préféré cela, plutôt que de se dire : “on y va, on rentre dans l’Ehpad", alors que tous nos résidents ne sont pas à la rue ! Ils sont aux Malorines, ils s’y trouvent très bien !”

"On est l'un sur l'autre, y'a pas moyen !"

Ça, ça reste à voir… Les Malorines, c’est le nom d'un autre Ehpad du secteur, vieux de 40 ans, où 120 retraités séjournent, en attendant leur transfert dans l’établissement tout neuf. L’un d’eux nous décrit son quotidien. “On est deux dans la même chambre, on est l’un sur l’autre, y’a pas moyen ! raconte Roger Lepère, 92 ans. Je n'ai pas une chambre pour moi, tandis que dans le nouvel Ehpad ça va changer.

D’ailleurs le prix aussi va changer. Les résidents payaient 59 € par jour : ce sera désormais 65 dans le nouvel Ehpad. Enfin, le jour où il ouvrira...

L\'ouverture de l\'Ehpad de Quévert en juin 2017 ? Un lointain souvenir.
L'ouverture de l'Ehpad de Quévert en juin 2017 ? Un lointain souvenir. (DR)